La chanson du commerçant de Puylaurens : tout va très bien, surtout depuis qu’on entend les camions

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La mairie rassure : le village n’est pas impraticable. Les habitants peuvent donc continuer à vivre normalement, entre deux semi-remorques.

PUYLAURENS – Il faut rendre à César ce qui appartient à César : Puylaurens n’est pas impraticable.

On peut toujours traverser le village.

On peut toujours y habiter.

On peut toujours y faire ses courses.

On peut même, paraît-il, y dormir.

Certes, depuis la fermeture de la déviation, plusieurs centaines de véhicules, dont de nombreux poids lourds, ont retrouvé le chemin du centre-ville. Mais qu’on se rassure : la situation est temporaire.

Une notion particulièrement intéressante dans le Tarn, où certains habitants ont appris à considérer comme « temporaire » tout ce qui dure suffisamment longtemps pour devenir une habitude.

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Le petit-déjeuner avec chauffeur routier

À Puylaurens, le progrès est désormais partout.

Le matin, inutile de régler son réveil : le premier semi-remorque s’en charge.

Vers 4 heures, un sympathique ronronnement diesel vient vous rappeler que la France travaille.

À 6 heures, le second passage permet de vérifier que le précédent n’était pas un rêve.

À 8 heures, les enfants partent à l’école accompagnés par un cortège de poids lourds.

À midi, les commerçants peuvent admirer les camions depuis leur vitrine.

Et le soir, les habitants retrouvent leur berceuse traditionnelle : frein moteur, changement de rapport et petite vibration dans les murs.

Finalement, pourquoi aller au Futuroscope quand on peut habiter Puylaurens ?

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Une nouvelle forme de tourisme industriel

Le Sidobre Enchaîné propose d’ailleurs de professionnaliser immédiatement le concept.

Le « Puylaurens Truck Experience », première attraction touristique immersive du Tarn.

Au programme :

Petit-déjeuner au rond-point avec vue panoramique sur les semi-remorques ;

Visite guidée des différents types de poids lourds ;

Atelier « reconnaître un camion au bruit sans le voir » ;

Découverte olfactive des particules fines et du diesel ;

Sieste sonore avec ambiance « livraison express » ;

Et, pour les plus courageux, nuit immersive dans une maison donnant sur l’avenue de Castres.

Le tout avec certificat officiel : « J’ai dormi huit heures malgré 300 camions et je suis encore vivant. »

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Et puis surtout, ne soyons pas alarmistes

La mairie l’a expliqué : le village n’est pas impraticable.

C’est important.

Parce qu’un village impraticable, ce serait quand même beaucoup plus embêtant.

Un village dans lequel on peut encore circuler entre deux poids lourds, s’arrêter devant un passage piéton et respirer entre deux accélérations reste donc, selon toute vraisemblance, parfaitement fonctionnel.

Et puis tout cela ne durera pas.

L’A69 arrive.

Enfin.

Après trente ans de promesses, de cartes, de réunions, d’études, de débats, de recours, de chantiers, de déviations, de contre-déviations et de calendriers, elle arrive.

Alors forcément, à Puylaurens, on y croit encore.

Parce qu’après avoir attendu aussi longtemps, on finit par développer une compétence particulière : savoir croire aux lendemains qui roulent.

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Le grand soir de la libération

Un jour prochain, le dernier camion quittera enfin l’avenue de Castres.

Le village retrouvera son silence.

Les fenêtres pourront être ouvertes.

Les murs cesseront de vibrer.

Les habitants redécouvriront le chant des oiseaux.

Et tout le monde pourra enfin constater les formidables retombées promises par l’autoroute.

Depuis trente ans qu’on nous explique que Puylaurens va décoller, il serait quand même dommage que le village reste au sol.

Alors oui, je veux y croire.

Je veux croire aux emplois.

Aux entreprises.

À l’attractivité.

Au développement.

À la grande renaissance du Sud Tarn.

Je veux croire que l’A69 tiendra toutes ses promesses.

Parce qu’après trente ans de discours, il serait franchement inconvenant de demander des preuves maintenant.

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En attendant, tout va bien

Et puis soyons honnêtes : ça va.

Je prends mon petit-déjeuner avec un semi-remorque.

Je respire l’odeur du diesel toute la journée.

Je regarde les poids lourds défiler devant ma fenêtre.

Le soir, un camion me chante une douce berceuse.

La nuit, il klaxonne probablement pour vérifier que je dors toujours.

Bref, la vie est belle à Puylaurens.

Et surtout, elle est temporaire.

C’est ce qui rend tout cela tellement rassurant.

Car dans quelques semaines, l’A69 sera ouverte.

Et alors, enfin, nous pourrons tourner la page.

Après trente ans d’attente.

Après trente ans de promesses.

Après trente ans à nous expliquer que l’autoroute allait changer la vie de Puylaurens.

Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle change effectivement quelque chose.

Parce que sinon, il faudra trouver une autre explication au prochain camion.

Et, cette fois, il faudra peut-être inventer un nouveau mot.

Pas « temporaire ».

Pas « transition ».

Pas « accompagnement ».

Quelque chose de plus durable.

Peut-être : « Oh merde ».

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