Le Sidobre Enchaîné a rencontré Florian Azéma, maire de Castres et, depuis quelques jours, VRP bénévole du pouvoir d’achat mutualiste. Entretien fictif, évidemment. Enfin… presque.
— Le Sidobre Enchaîné : Monsieur le Maire, pourquoi une mutuelle communale ?
— Florian Azéma : Parce que se soigner ne devrait jamais être un choix dicté par son compte en banque.
— C’est beau. C’est nouveau ?
— Non. Mais c’est toujours mieux quand c’est moi qui le dis.
— On pourrait presque croire que le RN découvre la protection sociale.
— Nous découvrons surtout qu’il y a un ancrage à consolider parmi les pauvres, avant les présidentielles de 2027.
— Et que les retraités votent.
— Je n’ai pas dit ça.
— Et cette mutuelle, pourquoi elle ?
— Elle propose des tarifs accessibles.
— Vous en avez comparé combien ?
— Plusieurs.
— Lesquelles ?
— Plusieurs.
— C’est pratique, plusieurs.
— C’est aussi le principe d’une comparaison.
— Parlons justement de votre partenaire. La Mutuelle Just a été mise en demeure par l’ACPR en mars 2026 concernant des manquements dans le règlement de certaines prestations de santé.
— La mutuelle conteste cette analyse.
— Donc vous avez choisi une mutuelle qui venait d’être rappelée à l’ordre par son régulateur ?
— Nous avons choisi une mutuelle qui répond aux besoins des Castrais.
— Et le rappel à l’ordre du régulateur, il répond à quoi ?
— À une procédure.
— À des problèmes de remboursement, notamment.
— Nous faisons confiance à notre partenaire.
— Vous avez vérifié avant de lui faire confiance ?
— Bien sûr.
— Avant ou après la signature du partenariat ?
— Il faut bien avancer.
— C’est vrai. En matière de politique sociale, surtout : vérifier après avoir signé, c’est toujours plus dynamique.
— Vous êtes ironique.
— C’est mon métier.
— La Mutuelle Just travaille avec plus de 1 200 communes.
— Dont plusieurs municipalités RN.
— Mais pas seulement.
— Nous n’avons jamais dit le contraire.
— Donc ce n’est pas une « mutuelle RN ».
— Exactement.
— Mais c’est une mutuelle très présente dans des villes dirigées par le RN.
— Et alors ?
— Rien. C’est simplement amusant de voir le nouveau kit social du maire RN arriver à Castres avec les mêmes accessoires que partout ailleurs.
— Quel kit social ?
— Mutuelle communale.
— …
— Pouvoir d’achat.
— …
— Retraités.
— …
— Prévention.
— …
— Et photo avec les bénéficiaires.
— Vous insinuez que nous faisons de la communication ?
— Je constate que vous avez organisé une réunion publique, une signature officielle et un communiqué pour expliquer que vous avez trouvé une mutuelle.
— C’est une action concrète.
— Certes.
— Nous aidons les gens.
— Et ceux qui n’ont pas les moyens de payer une mutuelle, vous faites quoi ?
— Nous leur proposons une mutuelle moins chère.
— Et ceux qui n’arrivent même pas à payer celle-là ?
— …
— Ceux qui renoncent aux soins ? Ceux qui ne savent pas s’ils ont droit à la Complémentaire santé solidaire ? Ceux qui ne réclament pas leurs droits ? Ceux qui repoussent le dentiste ?
— La mutuelle communale répond à une partie de ces situations.
— Une partie.
— Oui.
— Donc il faudrait aussi travailler sur le reste.
— Nous y travaillons.
— Avec qui ?
— Avec les services municipaux.
— Le CCAS ?
— Notamment.
— L’accès aux droits ?
— Évidemment.
— L’accompagnement social ?
— Naturellement.
— La prévention ?
— Bien sûr.
— Très bien. Et tout cela existait avant la conférence de presse ?
— …
— Monsieur le Maire ?
— Je dois vous laisser.
— Vous avez un rendez-vous ?
— Très important.
— Avec qui ?
— Un électeur.
— Quel électeur ?
— Un électeur qui a besoin d’une mutuelle.
— Ah.
— Et il paraît qu’il a aussi besoin d’une poignée de main.
— Une dernière question. Pourquoi la Mutuelle Just, au final ?
— Mais quelle persistance ! Vous lui reprochez d’être une mutuelle low cost ?
— Non.
— Alors quoi ?
— De faire du low cost avec de la communication premium. Par ailleurs, combien coûte à la Ville cette opération ?
— Nous avons un partenariat.
— Donc vous êtes partenaire.
— Oui.
— Prescripteur ?
— Non.
— Ambassadeur ?
— Non.
— VRP ?
— Absolument pas.
— Pourtant vous êtes en train de vendre la mutuelle à toute une ville.
— Nous informons.
— Avec votre photo.
— C’est institutionnel.
— Avec votre slogan.
— C’est politique.
— Avec votre réunion publique.
— C’est démocratique.
— Avec votre partenaire commercial.
— C’est social.
— Avec une mutuelle qui vient d’être rappelée à l’ordre par son régulateur.
— C’est compliqué.
— Ah.
— Enfin une réponse honnête. Et si, plutôt que de chercher la mutuelle miracle, la mairie aidait davantage ceux qui n’arrivent même pas à s’offrir une complémentaire ?
— …
— Monsieur le Maire ?
— Je dois vraiment y aller.
— Évidemment.
— J’ai un rendez-vous urgent.
— Avec l’ACPR ?
— …
— Avec votre conseiller en communication ?
— …
— Ou avec les vieux pauvres du marché ?
— …
— Très bien. On ne vous retient pas.
— Merci.
— Et surtout, n’oubliez pas votre écharpe.
— Pourquoi ?
— Pour la prochaine poignée de main.
— …
— C’est toujours pratique, une écharpe, quand on veut donner un peu de patine sociale à une politique nationale.
—–
Le Sidobre Enchaîné rappelle que cet entretien est une fiction satirique. Les questions, réponses et répliques attribuées au personnage de Florian Azéma sont imaginaires. Les éléments factuels concernant la Mutuelle Just et l’ACPR doivent, eux, être distingués de cette mise en scène.


