CASTRES – Venise sur l’Agoût : deux barges, trois flammes et beaucoup de spectateurs

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Le Sidobre Enchaîné – Chronique d’une soirée où Venise semblait avoir raté la correspondance avec Castres

Vendredi soir, Castres avait rendez-vous avec Venise.

Enfin… une certaine idée de Venise.

Une Venise minimaliste.

Une Venise conceptuelle.

Une Venise où les gondoles semblent avoir été remplacées par deux barges scéniques, où les canaux auraient mystérieusement disparu et où les pigeons de la place Saint-Marc auraient été remplacés par quelques acrobates et manipulateurs de bâtons enflammés.

Reconnaissons-le immédiatement : les artistes, eux, n’y sont pour rien.

Ils ont fait ce qu’ils pouvaient avec ce qu’on leur avait donné.

Et même beaucoup.

Le problème, c’est qu’il fallait encore réussir à voir quelque chose.

—

Venise, mais avec une jauge visuelle très variable

La foule, elle, était bien là.

Et c’est probablement ce qui rend la soirée assez cocasse.

Après le succès populaire du concert de rentrée, les Castrais avaient visiblement pris goût aux grandes soirées municipales. On était donc venu nombreux.

Très nombreux.

Peut-être même avec cette petite excitation particulière du spectateur qui se dit :

« Ils ont fait le concert comme ça ? Alors là, ils vont nous sortir quelque chose de grand. »

Erreur de casting.

À mesure que la foule se tassait, le spectacle devenait surtout un exercice pratique de géométrie appliquée : comment regarder deux barges quand 3 000 personnes se trouvent entre vous et les deux barges ?

Réponse : on se déplace.

À droite.

À gauche.

On se hisse.

On contourne.

On cherche une trouée.

On demande à quelqu’un devant de baisser la tête.

On abandonne.

On raconte ensuite à ceux qui n’étaient pas là que, paraît-il, il y avait des acrobates.

—

Venise sans gondole : le concept était audacieux

Nous ne voudrions surtout pas tomber dans la facilité.

Après tout, Venise n’est pas uniquement constituée de gondoles.

Il y a aussi l’eau.

Enfin, normalement.

Et c’est peut-être là que le concept castrais devient particulièrement intéressant.

Parce qu’organiser une soirée « vénitienne » sur l’Agoût sans véritable déploiement scénique, avec deux barges essentiellement statiques, c’est finalement proposer une sorte de Venise hors-sol.

Ou plutôt : Venise, mais sans Venise.

On garde l’Agoût.

On ajoute quelques flammes.

On met deux barges.

Et on laisse le public faire fonctionner son imagination.

C’est moderne.

C’est écologique.

C’est même probablement très compatible avec les restrictions budgétaires.

—

Le public, grand oublié du spectacle

Le plus amusant, dans cette affaire, est peut-être que le spectacle semblait avoir été pensé pour être vu… à condition de ne pas être dans le public.

Depuis certains points privilégiés, on pouvait probablement apprécier la performance.

Pour une partie importante de la foule, en revanche, la soirée ressemblait davantage à une gigantesque réunion de personnes venues regarder d’autres personnes regarder quelque chose.

C’est un genre en soi.

Le spectacle participatif.

Le public ne regarde plus les artistes, il cherche les artistes.

Une expérience immersive, donc.

Très immersive.

—

Après Plastic Bertrand, fallait-il redescendre sur terre ?

Il faut dire que la municipalité avait placé la barre assez haut quelques jours auparavant.

Le concert de rentrée avait attiré une foule considérable.

Une grande scène.

Des écrans géants.

Des artistes.

Une programmation lisible.

Et surtout : le sentiment qu’il se passait quelque chose.

Alors forcément, après ça, les attentes étaient là.

Le Castrais moyen pouvait légitimement penser que la municipalité allait poursuivre sur sa lancée.

Et puis vendredi soir : « Mesdames et messieurs, bienvenue à Venise ! Voici nos deux barges. »

Silence dans la lagune.

—

Le mystérieux feuilleton Belinda Productions

Et pendant que les spectateurs cherchaient désespérément un angle de vue, une autre question flottait tranquillement sur l’Agoût : combien coûte exactement cette histoire ?

Probablement moins cher que ce qu’a pris Belinda Productions, en charge du concert de rentrée.

Le Sidobre Enchaîné aime les chiffres.

Surtout lorsqu’ils sont accompagnés de factures.

Parce qu’une chose est certaine : deux barges ne suffisent pas à établir le prix d’une Venise.

Et l’escapade vénitienne aura peut-être pâti de cette aura typique de l’ère Bugis, et ne transmettait sans doute pas assez l’esprit de rupture audacieuse façon Azema.

—

Et puis il y eut le feu d’artifice

Samedi, changement d’ambiance.

Le feu d’artifice tenait nettement mieux la route.

Et nous voilà rassurés.

Il faut dire qu’après l’annulation du feu d’artifice du 14 juillet pour cause de sécheresse et de conditions météorologiques, il restait peut-être quelques économies pyrotechniques à recycler.

L’économie circulaire, version municipale : on annule en juillet, on tire en septembre et tout le monde est content.

Nous ne prétendons évidemment pas que le budget du 14 juillet a mécaniquement été transféré sur celui du samedi.

Ce serait beaucoup trop simple.

Mais reconnaissons au calendrier une certaine ironie.

—

L’année prochaine, le Sidobre Enchaîné demande le programme

Pas les dépenses.

Pas encore.

Juste le programme.

Très précisément.

Par exemple :

20 h 30 : début du spectacle.

20 h 35 : acrobate visible depuis le quai.

20 h 42 : deuxième acrobate visible uniquement depuis le pont.

20 h 51 : manipulation de bâtons enflammés – prière de mesurer moins d’1,72 m.

21 h 03 : barge n°1 derrière la tête du spectateur situé devant vous.

21 h 17 : barge n°2 visible si vous êtes membre du conseil municipal.

21 h 30 : Venise. Normalement.

Parce que finalement, le véritable enseignement de cette rentrée festive est peut-être très simple : à Castres, les festivités se suivent et ne se ressemblent pas.

Et c’est très bien.

Nous demandons seulement au prochain programme de préciser une petite chose :

« Spectacle gratuit » : oui.

« Spectacle visible » : à confirmer.

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