DOURGNE – EOLIENNES : À Dourgne, même le conseil municipal ne peut pas arrêter les éoliennes

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Le maire contre son conseil : épisode 1 452 de la grande saga de l’aménagement du territoire

DOURGNE – À Dourgne, l’histoire des éoliennes n’est décidément pas terminée. Et manifestement, elle n’est pas près de l’être.

Le projet de huit machines de 125 mètres, plantées entre Dourgne et Massaguel, connaît pourtant quelques menus contretemps. Une association conteste leur implantation. La justice administrative demande des documents complémentaires. Le dossier doit être régularisé. Le conseil municipal de Massaguel a voté contre.

Mais rien de tout cela ne semble suffire à interrompre la grande marche du progrès.

À Massaguel, le conseil municipal a donc dit non.

Le maire, lui, dit plutôt oui.

Une situation administrative particulièrement pratique : quand le conseil municipal n’est pas d’accord avec le maire, il suffit apparemment de continuer jusqu’à ce que quelqu’un finisse par être d’accord.

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L’éolienne : parce qu’il fallait absolument produire quelque chose

Il faut reconnaître aux éoliennes une qualité remarquable : elles permettent de produire de l’électricité tout en produisant simultanément des dossiers administratifs, des recours, des réunions publiques, des expertises, des oppositions, des sursis à statuer et des débats sans fin.

Une forme d’énergie renouvelable, en somme.

Le projet de Dourgne-Massaguel est notamment contesté en raison de son implantation sur le secteur des sources du Sor, qui alimentent en eau potable une population importante.

Mais qu’importe !

Nous avons inventé un principe formidable : si l’on a besoin d’énergie, il faut produire davantage d’énergie.

Et si l’on a besoin d’eau, eh bien… nous verrons plus tard.

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Le vrai progrès, c’est peut-être celui qu’on ne construit pas

Il existe pourtant une technologie extraordinairement sophistiquée, parfaitement silencieuse, sans pales, sans béton, sans raccordement, sans opposition locale et qui fonctionne immédiatement.

Elle s’appelle ne pas gaspiller l’énergie que l’on produit déjà.

Double vitrage dans les bâtiments publics.
Chauffage correctement réglé.
Isolation.
Rénovation thermique.
Équipements moins énergivores.
Éclairage intelligent.
Bâtiments adaptés aux températures qui arrivent.

Bref, toutes ces choses terriblement ennuyeuses qui ne permettent pas d’inaugurer un grand ouvrage avec un joli panneau, un ruban et quelques élus devant les photographes.

Parce qu’il faut bien l’admettre : une fenêtre en double vitrage est beaucoup moins photogénique qu’une éolienne de 125 mètres.

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Toujours plus haut, toujours plus loin

Notre époque possède une étrange obsession.

Il faut produire davantage.
Construire davantage.
Artificialiser davantage.
Occuper davantage d’espace.

Et surtout, continuer à croire que la croissance est une sorte de permis général d’occupation du territoire.

Une forêt ? On peut y faire quelque chose.
Une montagne ? On peut y faire quelque chose.
Une vallée ? On peut y faire quelque chose.
Un espace naturel ? On peut sûrement y faire quelque chose.

Une source d’eau ? Ah, tiens, on peut peut-être aussi y faire quelque chose.

À force de considérer chaque parcelle du territoire comme une opportunité d’aménagement, nous finissons par oublier une idée pourtant assez simple : il existe des endroits où l’humain n’a pas besoin d’aller.

Et s’il veut y aller, qu’il y aille à pas feutrés, comme un invité, et non comme un conquistador.

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La grande leçon de Dourgne

Le dossier de Dourgne raconte finalement quelque chose de beaucoup plus large que l’histoire de huit éoliennes.

Il raconte notre difficulté collective à accepter les limites.

Limites physiques.
Limites écologiques.
Limites financières.
Limites énergétiques.

Et parfois même, limites démocratiques.

Car quand un conseil municipal vote contre un projet, mais que le maire continue de le défendre, on découvre une règle élémentaire de la politique locale : la démocratie, c’est comme le vent : chacun peut prétendre savoir dans quelle direction il souffle.

Alors oui, nous avons besoin d’énergie renouvelable.

Oui, nous devons sortir des énergies fossiles.

Mais cela ne signifie pas que chaque montagne doit devenir une centrale électrique, chaque rivière une réserve stratégique, chaque forêt un espace compensatoire et chaque hectare disponible une future zone d’aménagement.

La transition écologique ne devrait pas être la course à la transformation de tous les espaces naturels en infrastructures destinées à compenser notre incapacité à réduire nos consommations.

Peut-être que la vraie révolution énergétique commencerait simplement par cette question : et si, avant de chercher comment produire toujours plus, on commençait enfin par apprendre à gaspiller beaucoup moins ?

À Dourgne, l’histoire des éoliennes est donc loin d’être terminée.

Mais celle de notre obsession pour le « toujours plus » non plus.

Et celle-là, malheureusement, tourne depuis beaucoup plus longtemps que les pales.

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