CASTRES – MUTUELLE COMMUNALE : Le kit du parfait petit maire RN

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À Castres, Florian Azéma vient de découvrir une grande vérité : se soigner coûte cher.

Il aura donc fallu plusieurs mois de réflexion, une cérémonie de signature, des communiqués et une réunion publique au parc des expositions pour arriver à cette conclusion révolutionnaire : les Castrais pourraient avoir besoin d’une mutuelle moins chère.

On respire.

Et puisque le nouveau maire aime visiblement beaucoup les recettes qui ont déjà fait leurs preuves dans le grand catalogue du nouvel élu RN, autant sortir le classeur.

Mutuelle communale ? Cochez.

La Mutuelle Just ? Cochez.

Le discours sur le pouvoir d’achat ? Cochez.

La proximité, la prévention, le sport, les retraités, les indépendants, les familles qui comptent chaque euro ? Cochez tout.

Le kit est livré complet.

Il ne manque plus que la photo avec le conseiller commercial.

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Justement, parlons de Just

Parce qu’il y a un petit détail que la communication municipale a, pour l’instant, élégamment laissé hors champ.

Le 13 mars 2026, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution – l’ACPR, autrement dit le gendarme du secteur – a mis en demeure la Mutuelle Just de corriger des manquements concernant le règlement de certaines prestations de santé.

Le problème portait notamment sur le traitement des remboursements liés au tiers payant partiel et aux dépassements d’honoraires.

Et l’ACPR n’a pas simplement envoyé un petit mot du genre « Bonjour, pourriez-vous regarder ça quand vous aurez cinq minutes ? ».

Elle a relevé des défaillances dans le dispositif et indiqué que certains remboursements n’avaient pas été correctement traités, allant jusqu’à relever des refus de prise en charge erronés dans certains cas.

La Mutuelle Just, elle, conteste fermement cette analyse.

Elle explique que les remboursements concernés sont traités manuellement, qu’il ne s’agit pas de « rétention » de prestations et affirme respecter son règlement mutualiste. Elle a même annoncé vouloir saisir le Conseil d’État.

Très bien.

Mais justement.

Quand on choisit un partenaire santé pour toute une ville, on peut peut-être commencer par regarder ce que lui reproche son régulateur quelques mois auparavant.

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Le problème n’est donc pas que Just soit une mutuelle « RN »

Soyons précis.

La Mutuelle Just travaille avec plus de 1 200 communes et revendique plus de 100 000 personnes protégées. Elle n’est évidemment pas réservée aux municipalités RN, même si les municipalités RN semblent l’adorer.

Elle a d’ailleurs changé de gouvernance en juin 2026, après la fin du mandat de Philippe Mixe en mai et l’élection de Julien Lagache à la présidence.

Donc non : ce n’est pas une « mutuelle RN ».

Ce serait trop facile.

Le sujet est plus intéressant.

C’est celui d’un maire qui semble avoir trouvé, dans le catalogue national des politiques sociales mises en scène par les nouvelles municipalités RN, une fiche qu’il suffisait de recopier.

Et qui, au passage, semble avoir trouvé moins urgent de se demander :

« Est-ce vraiment le meilleur outil pour les Castrais ? »

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Parce qu’une mairie peut faire autre chose qu’être VRP

Une municipalité ne peut évidemment pas fabriquer une mutuelle.

Mais elle peut agir sur tout ce qui fait que des habitants finissent par choisir entre leurs lunettes, leur dentiste et leur compte bancaire.

Le CCAS peut renforcer l’information et l’accompagnement aux droits.

La Ville peut travailler avec les associations et les acteurs sociaux sur le non-recours.

Elle peut mieux orienter les habitants vers la Complémentaire santé solidaire lorsqu’ils y ont droit.

Elle peut développer des permanences sociales et des accompagnements individuels.

Elle peut travailler sur la prévention, l’accès aux soins, l’alimentation, l’activité physique, le logement, l’isolement des personnes âgées.

Elle peut surtout faire ce qu’une mairie sait normalement faire : identifier les besoins, vérifier les solutions, comparer, contrôler et accompagner.

Pas simplement sortir une offre estampillée « pouvoir d’achat » et installer le barnum.

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Et c’est là que le choix devient intéressant

Parce que les chiffres de Just racontent une histoire beaucoup moins catastrophique que certains commentaires pourraient le laisser croire.

Son rapport financier 2025 fait état de 2,86 millions d’euros de résultat net positif et d’une couverture du capital de solvabilité requis de 123 %.

Donc non, on ne va pas raconter que la mutuelle serait financièrement en train de couler.

Ce serait faux.

Mais on peut poser une question beaucoup plus simple :

Pourquoi, au moment précis où l’ACPR vient de mettre cette mutuelle en demeure sur son système de remboursement, une municipalité qui prétend placer l’accès aux soins au cœur de son action choisit-elle justement ce partenaire ?

Voilà une vraie question.

Et elle ne demande ni procès d’intention, ni grand complot, ni lecture ésotérique des comptes.

Elle demande simplement : qu’avez-vous vérifié, Monsieur le Maire ?

Quels autres opérateurs ont été étudiés ?

Quelles offres ont été comparées ?

Quels critères ont présidé au choix ?

Quel contrôle a été effectué sur les difficultés de remboursement relevées par l’ACPR ?

Pourquoi cette mutuelle plutôt qu’une autre ?

Et surtout : quel dispositif municipal accompagne les habitants qui n’ont justement pas les moyens de s’offrir une « vraie » complémentaire santé ?

Parce que si la réponse est seulement : « nous avons trouvé une mutuelle moins chère », alors on n’a pas vraiment réglé le problème.

On a simplement déplacé le problème vers le marché.

—

Le nouveau maire a peut-être raté une occasion

Ce qui est dommage, finalement, c’est que l’idée de départ est parfaitement défendable.

Personne ne devrait renoncer à se soigner faute d’argent.

Mais entre cette phrase et une politique publique, il y a normalement tout un monde.

Celui de l’étude.

De la comparaison.

Du contrôle.

De l’accompagnement.

De l’évaluation.

Bref, tout ce qui transforme un slogan en politique municipale.

À Castres, on attendait peut-être de Florian Azéma qu’il invente sa propre politique sociale.

Il a préféré ouvrir le catalogue des mutuelles, parmi celles recommandées par son parti, et a choisi l’une des moins chères.

Comme si c’était le rôle d’un maire que de conseiller les habitant(e)s en matière de tarif de mutuelle.

Et visiblement, il a choisi la formule : « mutuelle communale : cochez la case, faites signer, communiquez. »

Reste une dernière question, beaucoup moins politique qu’elle n’en a l’air : quand on promet aux Castrais de ne plus avoir à choisir entre se soigner et finir le mois, est-ce vraiment trop demander que de vérifier soigneusement qui va leur rembourser les soins ?

Le Sidobre Enchaîné demande.

La Mutuelle Just répondra probablement.

Et l’ACPR, elle, a déjà commencé.

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