Puylaurens : l’A69 n’en finit plus de produire des retombées positives

800888997 122119292787321410 1530189843582417484 n

« Dès 4 heures du matin, je ne peux plus dormir » : les habitants découvrent les joies du désenclavement

Il faut rendre à l’A69 ce qui appartient à l’A69.

Depuis quelques semaines, le futur grand axe du désenclavement tarnais démontre une nouvelle fois toute sa capacité à produire des retombées positives.

À Puylaurens, par exemple, les habitants de l’avenue de Castres ont désormais la chance de pouvoir profiter, en direct et sans abonnement, d’un spectacle exceptionnel : plusieurs centaines de camions qui traversent le village chaque jour.

Une expérience immersive.

Avec son et vibrations.

Très tôt le matin.

Parfois dès 4 heures.

—

Une autoroute qui se vit avant même d’être ouverte

Il fallait y penser.

Alors que l’A69 n’est pas encore ouverte, Puylaurens bénéficie déjà de certaines des sensations que l’on peut raisonnablement attendre d’une grande infrastructure autoroutière.

Le bruit.

Les poids lourds.

Les vibrations.

La poussière.

Les difficultés pour traverser.

Les fenêtres qu’on n’ouvre plus.

Les maisons qui tremblent.

Et cette délicieuse impression de vivre au bord d’une autoroute sans avoir encore eu besoin de construire l’autoroute.

Une sorte de version bêta du progrès.

Les habitants interrogés par La Dépêche semblent pourtant avoir quelques difficultés à apprécier pleinement cette expérience.

Rose explique souffrir de troubles du sommeil et de palpitations.

Sébastien indique que dès 4 heures du matin, il ne peut plus dormir.

Evelyne raconte qu’elle entend des « coups de tonnerre » et des chocs de ferraille à longueur de journée.

Mais attention : tout ceci est temporaire.

C’est important.

C’est même probablement la phrase la plus rassurante de l’histoire des infrastructures françaises : « C’est temporaire. »

—

Le concept révolutionnaire du désagrément transitoire

Le principe est magnifique.

On commence par fermer la déviation.

Les camions reviennent donc dans le centre-ville.

Les habitants subissent les nuisances.

Puis on ouvre l’A69.

Et les camions sont censés repartir ailleurs.

Quelque part.

Sur l’autoroute.

Celle qui vient précisément d’être construite pour cela.

Tout est donc parfaitement logique.

À une petite nuance près : certains habitants se demandent si tous les camions auront effectivement envie de payer pour emprunter l’autoroute.

Question intéressante.

Parce qu’un camion qui peut éviter un péage en passant par une route gratuite possède généralement cette étonnante faculté de savoir compter.

Et voilà comment Puylaurens pourrait découvrir un nouveau concept économique : le péage à l’extérieur, la nuisance à l’intérieur.

—

L’A69 : une autoroute pour désengorger les villages… à condition que les camions veuillent bien la prendre.

C’est là toute la subtilité du dispositif.

On construit une autoroute payante pour retirer les poids lourds des villages.

Mais les poids lourds restent libres de choisir leur itinéraire.

C’est un peu comme installer un ascenseur payant dans un immeuble et expliquer ensuite aux habitants qu’il ne faut surtout pas s’étonner si certains continuent à prendre l’escalier.

Sauf qu’à Puylaurens, l’escalier fait 38 tonnes, tourne à 6 heures du matin et passe sous votre fenêtre.

—

« Les retombées positives », épisode 47

Il faut d’ailleurs saluer la formidable diversité des retombées positives associées au projet.

L’A69 nous avait déjà offert :

— des hectares supplémentaires de chantier ;

— des mesures de régularisation ;

— des procédures judiciaires ;

— des astreintes ;

— des millions d’euros d’indemnisation ;

— des débats passionnés sur le prix du péage ;

— des centrales à enrobés placées sous surveillance ;

— des passerelles pour rétablir les cheminements coupés par l’autoroute ;

Et maintenant, des habitants qui ne dorment plus parce que les camions traversent leur village.

À ce stade, il devient difficile de parler simplement d’autoroute.

C’est presque devenu un écosystème économique complet.

—

Et puis il y a la sécurité

La municipalité de Puylaurens a évidemment réagi.

Ralentisseurs.

Marquage au sol.

Aménagements divers.

Les habitants, eux, évoquent déjà des feux « intelligents » pour tenter de calmer certains conducteurs.

C’est formidable, les feux intelligents.

Ils permettent notamment d’apporter un peu d’intelligence à des endroits où la circulation en manque parfois.

Reste une question : pourquoi faudrait-il transformer le centre de Puylaurens en parcours d’obstacles pour sécuriser une situation qui n’existait pas avant les travaux ?

Mais ce sont sans doute les mystères du désenclavement.

—

Un avant-goût du monde merveilleux de demain

Il paraît donc que tout cela va bientôt s’arrêter.

Quand l’A69 ouvrira.

Les camions devraient prendre l’autoroute.

Le centre-ville retrouvera son calme.

Les fenêtres pourront être rouvertes.

Les maisons cesseront de trembler.

Et les habitants pourront enfin dormir.

En principe.

Parce qu’après des années de travaux, de débats, de procédures, de chantiers, de promesses et de millions d’euros, il ne manquerait plus qu’on découvre maintenant que certains camions préfèrent ne pas payer pour gagner quelques minutes.

Ce serait vraiment dommage.

Parce qu’alors, Puylaurens aurait bénéficié pendant plusieurs semaines d’un privilège exceptionnel : tester gratuitement les effets secondaires de l’A69 avant même sa mise en service.

Et ça, franchement, c’est du désenclavement avec service avant-vente.

L’A69 n’est pas encore ouverte.

Mais rassurez-vous.

Les retombées, elles, sont déjà là.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut