TARN SUD DESENCLAVE – LE GÉNIE DE LA LAMPE A EXAUCÉ VOTRE VŒU

818384711 122119282719321410 7056740160685384000 n

Il faut quand même lui reconnaître ça, à Christophe Ramond, le patron du département tarnais et du conseil départemental.

On peut contester ses choix, ses soutiens, ses investissements.

On peut considérer que l’A69 est une erreur écologique, financière ou politique.

On peut regarder le chantier, ses emprises, ses débats, ses recours et son modèle économique avec la sensation désagréable d’avoir commandé un cadeau dont on découvre seulement maintenant les conditions générales de vente.

Mais il y a une chose que Christophe Ramond fait avec une constance presque désarmante : il tient le vœu exaucé par les génies plus puissants que lui.

Vous vouliez l’autoroute ? L’Etat a décidé de quelle manière ? La Région a fini par suivre ?

La voilà.

Depuis trente ans, le Sud tarnais expliquait qu’il lui fallait cette autoroute. Les élus locaux la réclamaient. Une partie considérable du territoire la considérait comme une évidence. Les gouvernements successifs ont fini par valider le principe, puis le projet, puis le chantier.

Dans des conditions, hum, assez discutables, en fin de compte.

Et Christophe Ramond, lui, a exécuté la somme des conséquences, des arbitrages déjà décidés, avec la régularité d’un métronome.

Droit dans ses bottes.

Même lorsque les bottes ont commencé à prendre sérieusement l’eau.

—

LE GÉNIE, LE VŒU ET LES PETITES LIGNES

Il existe pourtant une différence fondamentale entre le génie de la lampe traditionnel et Christophe Ramond.

Le génie traditionnel vous demande : « Quel est ton vœu ? »

Christophe Ramond, lui, semble plutôt répondre : « Vous êtes certains ? »

Et quand tout le monde lui répond oui, alors que les termes sont un peu trop flous, et que quelqu’un (le gouvernement Sarkozy) est déjà en train de croiser les doigts dans son dos au milieu des autres : « Très bien. »

Et maintenant que l’autoroute arrive, il y a un deuxième problème.

Le Sud tarnais voulait être mieux relié à Toulouse.

Très bien.

Mais le Sud tarnais voulait aussi continuer à aller à Paris en partant de Castres.

Ah.

Voilà où commence un des nombreux petits astérisques.

Car l’autoroute ne remplace pas un avion.

Car on peut en effet être favorable à l’A69 et vouloir conserver l’aéroport.

Mais quelle bonne idée, nous répond Christophe Ramond, toujours aussi épaté par le bon sens légendaire Sud tarnais.

Il faut dire que, dans cette affaire, les infrastructures ont une fâcheuse tendance à se faire concurrence sur le papier alors qu’elles ne rendent pas exactement le même service dans la vraie vie.

Toulouse en voiture, ce n’est pas Paris en avion.

Et Paris en avion, ce n’est pas Toulouse en voiture.

Il paraît donc assez logique de ne pas jeter l’un par la fenêtre au moment où l’autre arrive.

—

« VOUS AVEZ DEMANDÉ L’AUTOROUTE ? LA VOILÀ. »

Le plus amusant, finalement, est ailleurs.

Car Christophe Ramond n’est pas en train de dire : « puisque l’État se désengage, nous allons nous désengager aussi. »

Non.

Il dit exactement l’inverse.

Un million d’euros cette année.

Et il annonce qu’il continuera à mobiliser cette somme.

L’État veut se retirer ?

La Région aussi ?

Très bien.

Le Département met sa part.

Et si l’infrastructure doit être modernisée, il est également prêt à participer.

Comme lorsqu’il n’a pu que constater qu’élus locaux (de droite) et gouvernement sarkozyste avaient réussi à convaincre la région socialiste de se ranger derrière eux sur l’A69, et qu’il avait à son tour sorti le chéquier.

Cette fois, il sort aussi le chéquier, à sa mesure, comme il l’a toujours fait, pour l’aéroport castrais que les autres acteurs semblent décidés à lâcher.

C’est assez cohérent avec le personnage.

L’A69, il l’a accompagné avec la constance que l’on attendait de lui, sans enthousiasme excessif, mais en répétant les belles paroles que les élus Sud tarnais du moment, la plupart de droite d’ailleurs, ne cessaient de marteler.

Il l’assume.

L’aéroport, il l’a défendu et continue de le défendre.

Il l’assume.

Et lorsque les conséquences arrivent, il ne semble pas particulièrement intéressé par l’art délicat du : « oui, mais ce n’est pas exactement ce que nous avions imaginé. »

Non.

Il paie. Avec le sourire de celui qui n’a fait qu’accompagner le courant principal.

En bon génie de la lampe, sans trop discuter les certitudes des uns ni les décisions des autres. A quoi bon ?

—

C’EST PEUT-ÊTRE ÇA, LE PROBLÈME

On pourrait presque être tenté de lui reprocher de ne pas avoir changé d’avis.

Ce serait oublier quelque chose d’assez élémentaire en démocratie.

Pendant des années, une demande politique a été formulée dans le Sud tarnais.

Une autoroute.

L’État a fini par dire oui. De la pire des manières.

Les collectivités ont accompagné, sans même reposer les termes auprès d’une population à laquelle ils avaient martelé comme une évidence la nécessité de cette autoroute. Cette incantation qui excusait tous les échecs de politique économique du territoire.

La Région, après avoir longtemps été plus réservée, a fini par soutenir le projet décidé au niveau national.

Le Département a tenu la ligne que l’on attendait de lui, ne serait-ce que parce qu’elle représentait à l’évidence le courant majoritaire de cette partie du territoire.

Et le chantier est désormais là.

On peut évidemment continuer à contester le projet.

On peut même considérer que les conditions dans lesquelles il arrive sont mauvaises. Voire, très très mauvaises.

Mais il faut alors reconnaître une chose : le « territoire » a demandé quelque chose et ses élus ont fini par l’obtenir.

Le problème, c’est que les territoires ne choisissent pas toujours les conditions générales de leurs propres vœux.

Vous vouliez une autoroute ?

Très bien.

Voici l’autoroute.

Avec une concession privée très coûteuse.

Avec un péage démentiel.

Avec un coût environnement absurde.

Avec des dizaines de millions, des centaines de millions et des années de chantier derrière elle.

Avec des arbitrages décidés à Paris, que personne n’aurait jamais approuvé localement, sauf à droite.

Avec une Région qui accompagne finalement le mouvement.

Avec un État qui fixe désormais ses propres limites financières.

Et avec, au bout du compte, la question assez brutale :

« Maintenant que vous l’avez, vous en faites quoi ? »

Et le Sud tarnais de balbutier : « heu, mais c’est pas exactement ce à quoi je pensais au départ… »

—

LE GÉNIE N’A PAS CHOISI LE CADEAU

C’est là que Christophe Ramond devient presque un personnage de conte.

Le génie de la lampe.

Pas celui qui vous offre exactement ce dont vous rêviez.

Celui qui vous donne exactement ce que vous avez demandé, à sa mesure, puisque personne ne lui demande autre chose que de payer sa part sans faire d’histoires.

Même si, entre-temps, vous avez changé d’avis.

Même si le prix a augmenté.

Même si le génie principal s’est révélé aussi fiable et bienveillant qu’un escroc professionnel.

Même si les conditions ont changé.

Même si quelqu’un d’autre a écrit les petites lignes du contrat.

Vous avez demandé l’autoroute en 2010 ?

La voilà en 2026.

Vous la vouliez depuis trente ans ?

La voilà.

Vous espériez qu’elle règle une partie des problèmes d’accessibilité ?

La voilà.

Vous vouliez également conserver Paris ?

Alors très bien : le Département mettra un million.

On ne pourra au moins pas reprocher à Ramond d’avoir changé de cheval au milieu du gué.

—

RESTE À SAVOIR SI LE VŒU EST TOUJOURS LE BON

Il y a tout de même une question que personne ne pourra éternellement éviter.

En 2010, l’A69 était-elle le souhait majoritaire du Sud tarnais ?

Sans doute largement.

En 2026, est-ce toujours aussi évident ?

C’est beaucoup moins certain.

Les générations ont changé.

Le climat politique a changé.

Le regard sur les infrastructures routières a changé.

Le regard sur l’environnement a changé.

Et le chantier lui-même a transformé la perception du projet.

Mais le génie de la lampe ne fonctionne pas comme ça.

Un vœu prononcé il y a seize ans ne s’annule pas parce que le client a changé d’avis entre-temps.

Surtout lorsque des centaines de millions d’euros ont déjà été engagés.

Alors Christophe Ramond continue. Il paie sa part. Encore.

Il assume l’autoroute. Ne plus l’assumer, d’autres le tentent, avec plus ou moins de bonheur.

Il défend l’aéroport, puisque les castrais le veulent encore.

Il met l’argent sur la table.

Il demande à l’État de ne pas abandonner la liaison Paris-Castres.

Et il regarde probablement avec une certaine philosophie le résultat de toutes ces années de politique publique.

Le Sud voulait son autoroute.

Le Sud l’aura.

Les conditions ?

Elles ont été décidées ailleurs . Elles sont détestables, mais les collectivités locales (communes, villes et leurs groupements) n’en ont pas démordu.

Le contrat ?

Il est signé.

La facture ?

Elle existe.

Les conséquences ?

Elles arrivent.

Alors maintenant, il faut faire avec.

Et, finalement, c’est peut-être la seule chose dont Christophe Ramond ait véritablement pris acte depuis le début : vous avez demandé. L’État a validé. La Région a accompagné.

Le Département a payé sa part.

La prochaine fois, amis Sud-Tarnais, réfléchissez peut-être un peu plus longtemps avant de frotter la lampe.

Parce qu’avec certains génies, les vœux finissent vraiment par se réaliser.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut