QUATRE SUICIDES A L’EPM DE LAVAUR : cette fois, il faut regarder la vérité en face

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Il y a des informations que l’on ne devrait jamais apprendre plusieurs jours après les faits, par la voix d’un syndicat.

Le 2 septembre, un adolescent est mort à l’Établissement pénitentiaire pour mineurs de Lavaur.

Il a fallu attendre le 17 septembre pour que le drame soit rendu public.

La CFDT Interco Justice dénonce aujourd’hui un « silence institutionnel » et rappelle une évidence : la mort d’un adolescent confié à la Justice ne peut pas devenir une information que l’on préfère ne pas regarder.

Mais il faut aller plus loin.

Parce que ce décès n’est pas le premier.

C’est le quatrième suicide connu à l’EPM de Lavaur depuis son ouverture.

Un adolescent de 16 ans est mort en 2017.

Un autre est mort en 2021.

Un troisième, âgé de 17 ans, est mort en 2023.

Et maintenant, en septembre 2026, un quatrième adolescent vient de mourir.

Quatre enfants. Quatre vies interrompues.

Et derrière chaque chiffre, il y avait un prénom, une famille, une histoire, des éducateurs, des surveillants, des professionnels de santé. Des adultes qui avaient la responsabilité de prendre soin de ces jeunes pendant qu’ils étaient privés de liberté.

En 2017, au lendemain du premier suicide, La Dépêche écrivait que c’était le premier drame de ce type à Lavaur depuis l’ouverture de l’établissement dix ans auparavant. En 2023, le même journal rappelait que le suicide survenu cette année-là était le troisième de l’établissement, après ceux de 2017 et 2021.

Nous sommes en 2026. Et nous en sommes à quatre.

Cela ne signifie pas que l’institution est responsable de chacun de ces décès. Cela ne signifie pas davantage que l’on connaît les causes précises de chacun d’entre eux.

Mais cela signifie quelque chose de beaucoup plus simple : il faut poser les questions. Toutes les questions.

Sur la prévention du risque suicidaire.

Sur l’évaluation des jeunes à leur arrivée.

Sur les premières heures et les premiers jours de détention.

Sur l’accès aux psychologues et aux psychiatres.

Sur les moyens accordés aux éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse.

Sur les conditions de travail des surveillants.

Sur l’isolement.

Sur les ruptures familiales.

Sur les mineurs non accompagnés.

Sur ce que l’enfermement produit sur des adolescents dont certains arrivent déjà avec des parcours de violence, de rupture, de traumatisme ou d’errance.

Et surtout : sur ce qui a été appris des trois précédents suicides.

Car c’est bien là que se trouve la question la plus dérangeante.

Après 2017, qu’a-t-on changé ?

Après 2021, qu’a-t-on changé ?

Après 2023, qu’a-t-on changé ?

Et après le 2 septembre 2026, qu’allons-nous changer ?

Ce ne sont pas des questions de polémique politicienne.

Ce ne sont même pas d’abord des questions de communication.

Ce sont des questions de responsabilité publique.

D’autant plus que les difficultés de prise en charge psychique des mineurs détenus ne sont pas nouvelles. Un rapport parlementaire récent relève les difficultés liées au manque de psychiatres dans les établissements pour mineurs et indique qu’à Lavaur, un psychiatre intervenait une demi-journée par semaine pour 58 mineurs détenus.

Une demi-journée.

Pour des dizaines d’adolescents enfermés.

On peut discuter de tout : de justice pénale, de délinquance, de sanctions, de récidive, de sécurité.

Mais il existe une limite qui devrait être absolument infranchissable : un enfant confié à la République ne doit jamais devenir un enfant que la République cesse de voir.

Et c’est précisément pour cela que le silence est si difficile à accepter.

La CFDT ne demande pas, à ce stade, de désigner des coupables. Elle demande que l’on parle, que l’on regarde ce qui s’est passé et que l’on interroge le fonctionnement de la détention des mineurs.

Nous partageons cette exigence.

Pas pour accuser les personnels de Lavaur.

Au contraire.

Parce que les éducateurs, les surveillants, les enseignants, les soignants qui travaillent auprès de ces adolescents doivent eux aussi pouvoir parler de ce qu’ils vivent, être entendus et être soutenus.

Après un suicide, envoyer un mail quelques jours plus tard ne peut évidemment pas constituer toute une politique de soutien aux équipes.

Et lorsqu’un établissement connaît quatre suicides de mineurs depuis son ouverture, la question n’est plus de savoir s’il faut communiquer.

La question est de savoir ce que nous refusons de voir.

Alors oui : parlons-en.

Pas de manière spectaculaire.

Pas pour faire du chiffre.

Pas pour fabriquer un coupable.

Mais parce qu’un adolescent est mort dans une prison française.

Et parce qu’un quatrième adolescent est mort dans cette même prison.

Quatre fois, la sonnette d’alarme a retenti.

Cette fois, il serait peut-être temps de l’entendre.

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