Gausserand en Chine : après la corruption passive, la diplomatie active
Cela sonne presque comme un Tintin en Amérique ou au pays des Soviets, mais là, c’est pour de vrai.
À Gaillac, le maire est parti seul en Chine pour chercher le prochain grand spectacle de la ville. Question bête : qui contrôle celui qui négocie ?
Il y a des voyages municipaux qui commencent par une délibération.
Et il y a les voyages municipaux qui commencent par une petite question toute simple :
« Qui a envoyé Patrice Gausserand en Chine ? »
Réponse : le conseil municipal.
Très bien.
Et pourquoi ?
Pour rencontrer des représentants officiels et des chefs d’entreprise locaux et avancer sur un possible spectacle destiné à remplacer le Festival des Lanternes.
Très bien aussi.
Et qui part ?
Patrice Gausserand. Seul.
Ah.
Voilà qui devient intéressant.
Parce qu’à Gaillac, on n’a pas envoyé une délégation.
On n’a pas constitué une commission.
On n’a pas monté une mission pluraliste avec élus de la majorité et de l’opposition.
Non.
On a envoyé le maire, tout seul, à l’autre bout du monde, rencontrer les gens susceptibles de vendre à la ville son prochain grand spectacle.
Il fallait quelqu’un de confiance.
Et justement, parlons confiance.
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Un petit détour par 2020
Avant de poursuivre ce merveilleux voyage diplomatique, rappelons un détail parfaitement public et parfaitement judiciaire.
En septembre 2020, Patrice Gausserand, alors maire de Gaillac, a été condamné pour corruption passive et prise illégale d’intérêts à dix mois de prison avec sursis, 20 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, avec exécution provisoire. La cour d’appel de Toulouse a confirmé cette condamnation en avril 2021. La peine est ensuite devenue définitive.
Ce n’est donc pas : « Il paraît qu’il aurait eu quelques ennuis. »
Ce n’est pas : « Un adversaire politique raconte que… »
C’est une condamnation pénale pour corruption passive et prise illégale d’intérêts, confirmée en appel.
Et cette condamnation lui avait fait perdre immédiatement ses mandats.
Le tribunal avait alors employé des termes particulièrement sévères à propos des faits commis par un élu public.
Fin de l’histoire ?
Pas vraiment.
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2026 : le grand retour
Les cinq ans sont passés.
Patrice Gausserand revient.
Et les électeurs gaillacois ont parfaitement le droit de le faire revenir.
En mars 2026, sa liste Fiers de Gaillac arrive en tête au second tour avec 41,62 % des suffrages exprimés, soit 2 623 voix, et obtient 24 sièges. Il est officiellement réinstallé dans le fauteuil de maire le 28 mars.
Voilà.
Le peuple a parlé.
Le Sidobre Enchaîné n’a pas à refaire l’élection.
Et il ne la refait pas.
Mais il peut regarder ce qui se passe après l’élection.
Parce qu’après avoir retrouvé son fauteuil, Patrice Gausserand retrouve également une place importante dans l’intercommunalité.
Et le voilà notamment associé aux questions d’attractivité et d’innovation.
Comme quoi certaines carrières ont parfois une deuxième saison.
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Et même un nouvel épisode judiciaire
Parce qu’entre-temps, il y a eu un autre rendez-vous avec la justice.
En février 2026, quelques semaines avant les municipales, Patrice Gausserand a été condamné par le tribunal correctionnel d’Albi dans une affaire concernant des propos tenus en 2025 à l’encontre d’un ancien procureur d’Albi.
La peine annoncée : 5 000 euros d’amende et 4 000 euros de dommages et intérêts.
Son avocat a annoncé un appel.
Donc, soyons précis : cela ne signifie évidemment pas que Patrice Gausserand est condamné pour corruption une deuxième fois.
La condamnation pour corruption passive, elle, appartient au dossier de 2020 et a été confirmée en appel en 2021.
Mais voilà tout de même un parcours judiciaire qui mérite qu’une collectivité publique soit particulièrement sérieuse lorsqu’elle organise des négociations commerciales.
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Et maintenant : bienvenue en Chine
Septembre 2026.
Le maire repart.
Pas au marché de Gaillac.
Pas à Albi.
Pas à Toulouse.
Pas même à Bruxelles.
En Chine.
Pour rencontrer notamment des représentants officiels et des entreprises afin d’étudier un spectacle de lumière et d’intelligence artificielle destiné à prendre éventuellement la suite du Festival des Lanternes.
Et attention : le spectacle n’est pas encore acheté.
C’est important.
On ne va donc pas raconter que Gaillac vient de signer un contrat avec une entreprise chinoise.
Ce n’est pas établi.
On ne va pas raconter que Patrice Gausserand a reçu des cadeaux.
Ce n’est pas établi.
On ne va pas raconter qu’il y a le moindre soupçon de corruption dans ce voyage.
Ce n’est pas établi non plus.
Et c’est précisément pour cette raison qu’une question peut être posée sans diffamer personne.
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Qui contrôle celui qui négocie ?
Voilà le cœur du sujet.
Quand une collectivité envoie un élu seul à l’étranger pour rencontrer des entreprises susceptibles de devenir ses futurs partenaires commerciaux, comment organise-t-elle la transparence ?
Qui rencontre-t-il ?
Avec qui ?
Dans quel cadre ?
Pour quelles prestations ?
Quels montants sont envisagés ?
Quels critères permettront de choisir le futur prestataire ?
Quelle procédure de mise en concurrence sera utilisée ?
Qui prendra la décision finale ?
Et, question encore plus élémentaire : quels sont les frais pris en charge par la collectivité ?
Ce ne sont pas des questions de mauvais esprit.
Ce sont les questions normales que l’on pose lorsqu’il s’agit d’argent public.
Et lorsqu’un élu a déjà été condamné pour corruption passive, on pourrait même considérer qu’elles sont d’autant plus normales.
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Parce que la corruption chinoise n’est pas le sujet
On entend déjà les gros sabots arriver.
« Attention, la Chine ! Les cadeaux ! Les petits arrangements ! Les affaires ! »
Non.
Calmons-nous.
Le Sidobre Enchaîné ne va pas inventer un yuan glissé dans une enveloppe rouge.
Nous n’en savons rien.
Et nous n’allons certainement pas transformer l’absence d’information en accusation.
Mais il existe un principe assez simple : quand on sait qu’un risque existe, on met des garde-fous.
Pas parce que la personne va nécessairement franchir la ligne.
Parce que précisément, une bonne règle n’attend pas que quelqu’un franchisse la ligne pour exister.
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Imaginez la situation inverse
Imaginons une seconde.
Un maire français ayant déjà été condamné pour corruption passive part seul rencontrer des entreprises françaises pour préparer un important marché municipal.
Est-ce que les citoyens auraient le droit de demander : « Quelle est la procédure ? »
Bien sûr.
Est-ce que les oppositions auraient le droit de demander : « Qui a rencontré qui ? »
Évidemment.
Est-ce qu’on pourrait réclamer la publication des frais de déplacement, des comptes rendus et des règles de mise en concurrence ?
Encore heureux.
Alors pourquoi la question deviendrait-elle soudainement inconvenante parce que l’avion atterrit en Chine ?
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Et puis il y a le petit détail qui nous fait sourire
Le maire s’appelle Patrice Gausserand.
Sa liste s’appelait « Fiers de Gaillac ».
Et son programme repose notamment sur l’attractivité.
Très bien.
Mais voilà qu’au moment de chercher le prochain grand spectacle capable d’attirer des visiteurs à Gaillac, l’attractivité municipale prend soudain l’avion pour l’Empire du Milieu.
C’est une conception assez expansive du circuit court.
On pourrait même imaginer le prochain slogan :
Fiers de Gaillac.
Pensé à Gaillac.
Négocié en Chine.
Et peut-être, si tout se passe bien : « Made in China ».
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Le plus drôle ?
Les six élus du groupe de Jean-Marc Aguerre ont voté contre le mandat spécial permettant le déplacement.
Les trois élus de Christelle Hardy se sont abstenus.
Le débat existe donc déjà au conseil municipal.
Et Jean-Marc Aguerre a posé une question assez directe : pourquoi aller « courtiser une économie chinoise qui ruine la nôtre » ?
On peut être d’accord ou pas avec son analyse économique.
Ce n’est pas notre sujet.
Mais sa question a au moins le mérite de mettre le doigt sur une contradiction amusante : comment défendre le commerce local et national, voire européen, l’économie et le savoir-faire tout en allant chercher à plusieurs milliers de kilomètres le prochain produit culturel censé faire rayonner la ville ?
La mondialisation a décidément beaucoup de qualités.
Surtout lorsqu’elle est municipale.
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Alors, les Gaillacois sont-ils devenus inconscients ?
Non.
Ils ont voté.
Ils ont choisi.
Et ils avaient le droit de choisir.
Mais une élection ne transforme pas magiquement un passé judiciaire en page blanche.
Elle confère un mandat.
Elle ne supprime pas l’obligation de transparence.
Patrice Gausserand a été réélu maire.
Très bien.
Il est donc désormais parfaitement légitime de lui demander de faire exactement ce que tout maire devrait accepter sans difficulté : rendre compte.
De son voyage.
De ses rencontres.
Des entreprises rencontrées.
Des projets étudiés.
Des frais engagés.
Des cadeaux ou avantages éventuellement proposés – s’il y en a eu – et de la manière dont ils ont été traités.
De la procédure qui sera suivie.
Et, surtout, de la manière dont la collectivité évitera tout conflit d’intérêts dans la suite du dossier.
Pas parce qu’on accuse le maire de préparer quoi que ce soit.
Parce qu’on sait déjà ce que coûte, politiquement et judiciairement, une confiance mal placée.
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La Chine attendra bien le compte rendu
Après tout, Patrice Gausserand a promis, lors de son installation, que « la concertation précédera les décisions » et que Gaillac serait « un bien commun ».
Parfait.
Nous allons donc attendre.
Tranquillement.
Sans procès d’intention.
Sans enveloppe rouge imaginaire.
Sans espion chinois caché derrière une lanterne.
Juste avec quelques questions et une curiosité parfaitement citoyenne.
Parce qu’à Gaillac, le prochain grand spectacle pourrait bien être magnifique.
Avec de la lumière.
De l’intelligence artificielle.
Des milliers de visiteurs.
Des entreprises internationales.
Et, nous l’espérons très sincèrement… une transparence française.
Le Sidobre Enchaîné, lui, restera dans le Tarn.
C’est moins exotique, mais au moins, pour regarder les comptes, on n’a pas besoin de visa.


