La vengeance est un plat qui se mange froid. À Castres, Guillaume Arcese vient manifestement de sortir les assiettes du congélateur.
Depuis que la SPL Eaux de Castres-Burlats est dans la tourmente, Guillaume Arcese ressort ses vieux dossiers.
Et il faut lui reconnaître une chose :
il avait alerté.
Sur les cumuls de fonctions.
Sur les structures satellites.
Sur l’opacité de certains montages.
Sur Pierre Lapelerie.
Et même, dès 2023, devant la justice.
Aujourd’hui, la CRC s’est penchée sur la SPL, une procédure de licenciement est engagée et les trois actionnaires publics ont porté plainte.
Alors oui, Arcese peut légitimement dire : « Je vous l’avais bien dit. »
Et même le Sidobre Enchaîné peut le lui concéder.
Mais…
—
Et après ?
Parce qu’avoir eu raison sur un dossier ne transforme pas rétroactivement une méthode politique en bonne méthode politique.
Et c’est là que le bilan devient beaucoup moins confortable.
Entre les alertes utiles et la posture de procureur permanent, il y avait une ligne.
Entre dénoncer un système et vouloir devenir celui qui tient le système, il y en avait une autre.
Et, dans l’entre-deux-tours de mars, Arcese a laissé suffisamment apparaître de sa conception du rapport de force pour que certains se demandent ce qui aurait bien pu se passer s’il avait effectivement obtenu les clés de la mairie.
C’est dommage.
Parce qu’il avait quelque chose de précieux : la capacité à mettre le doigt sur des sujets que la majorité préférait manifestement ne pas regarder.
Il aurait pu devenir celui qui démontrait qu’une opposition combative pouvait être utile.
Il a parfois donné l’impression de vouloir devenir simplement celui qui aurait raison contre tout le monde.
Et ce n’est pas la même chose.
—
Le paradoxe Arcese
Aujourd’hui, il peut donc savourer sa revanche.
La CRC est passée.
Lapelerie est dans la tourmente.
La justice pourrait bientôt regarder à son tour.
Les anciennes pratiques sont sous les projecteurs.
Très bien.
Mais une victoire politique ne consiste pas seulement à avoir prédit la chute du système précédent.
Elle consiste aussi à démontrer qu’on aurait fait autrement.
Et c’est précisément là que le compte n’est pas soldé.
Parce que si la conclusion de toute cette histoire devait être : « Bugis avait ses hommes forts, Azéma a les siens, et Arcese aurait eu les siens », alors les Castrais auraient simplement changé de casting.
Pas de système.
—
Alors oui, Guillaume : tu avais raison de te méfier.
Mais se méfier ne suffit pas.
Il faut convaincre.
Il faut rassembler.
Il faut savoir exercer le pouvoir sans reproduire ce que l’on reprochait à ceux qui l’exerçaient avant soi.
Et surtout, il faut savoir rester maître de ses nerfs quand les portes du pouvoir sont à quelques centimètres.
C’est peut-être la partie la plus amère de cette histoire.
Parce qu’Arcese avait construit pendant des années une crédibilité d’opposant sur des sujets réels.
Puis, au moment où cette crédibilité pouvait devenir une force de rassemblement, la méthode a parfois parlé plus fort que le fond.
Aujourd’hui, il peut ressortir ses vieux dossiers.
Il peut rappeler ses alertes.
Il peut savourer le moment.
La vengeance est effectivement un plat qui se mange froid.
Mais à force de regarder dans le rétroviseur pour rappeler qu’on avait vu juste… on finit parfois par oublier de montrer où l’on voulait emmener la voiture.
Et les Castrais, eux, n’ont pas besoin d’un nouveau Bugis.
Ni d’un nouvel Azéma.
Ni d’un troisième homme fort.
Ils peuvent peut-être commencer par demander autre chose : un système où personne n’a besoin d’être un homme fort pour que les choses fonctionnent.


