Le patriotisme économique, mais avec escale à Pékin
Il faut reconnaître à Patrice Gausserand une certaine constance.
Le maire de Gaillac est parti en Chine le 8 septembre, pour cinq jours, avec un objectif parfaitement local : rencontrer des représentants officiels et des chefs d’entreprise afin de préparer le futur grand événement culturel appelé, si tout va bien, à succéder au Festival des Lanternes.
Un projet qui devrait mêler lumière et intelligence artificielle.
On ignore encore si l’intelligence sera artificielle.
Mais pour le voyage, elle semble surtout avoir été économique : puisque le spectacle pressenti est conçu au Japon et produit par un groupe chinois, autant aller directement voir les producteurs.
C’est plus pratique.
Et puis, pourquoi faire travailler des artistes ou des entreprises françaises ou européennes quand on peut faire quelques milliers de kilomètres supplémentaires ?
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« Pourquoi aller courtiser une économie chinoise qui ruine la nôtre ? »
C’est précisément la question posée au conseil municipal par Jean-Marc Aguerre.
Une excellente question.
Mais peut-être légèrement datée.
Car nous sommes désormais à l’ère du patriotisme économique à géométrie variable.
Il faut acheter français.
Il faut produire français.
Il faut défendre nos entreprises.
Il faut lutter contre la concurrence déloyale.
Il faut protéger nos emplois.
Et, lorsque vient le moment de choisir le prestataire d’un grand spectacle municipal… Direction la Chine.
Avec éventuellement un petit détour par le Japon.
C’est ce qu’on pourrait appeler la doctrine du « Made in France, sauf pour les trucs qu’on veut vraiment ».
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Fiers de Gaillac… et de la mondialisation
Le plus savoureux est peut-être le nom de la liste de Patrice Gausserand : Fiers de Gaillac.
On imagine donc aisément la prochaine campagne :
« Fiers de Gaillac.
Fier de notre terroir.
Fier de nos commerces.
Fier de nos entreprises.
Fier de notre savoir-faire.
Et, surtout, fier de nos fournisseurs chinois. »
Après tout, la fierté locale n’interdit pas le voyage.
Même lorsqu’il faut traverser la moitié du globe pour trouver quelqu’un capable d’organiser une animation lumineuse.
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Le Festival des Lanternes était déjà chinois. Alors autant assumer ?
Il y a d’ailleurs une certaine logique dans cette histoire.
Le Festival des Lanternes avait déjà installé à Gaillac un petit morceau de Chine.
Il fallait donc, pour lui trouver un successeur, retourner chercher… en Chine.
C’est finalement assez cohérent.
Un peu comme si, après avoir décidé de remplacer une pizzeria italienne, la municipalité annonçait fièrement qu’elle allait envoyer le maire à Naples pour rencontrer « des représentants officiels et des chefs d’entreprise locaux ».
On appellerait cela de la diplomatie culinaire.
À Gaillac, ce sera de la diplomatie culturelle.
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La mondialisation, mais seulement quand elle est spectaculaire
Reste un petit détail.
La Chine n’est pas exactement connue pour pratiquer une politique commerciale qui fait toujours le bonheur des industriels européens ou des travailleurs français.
Et Pékin entretient avec Moscou des relations qui sont, disons, assez éloignées des valeurs défendues par une partie du monde occidental, et pas seulement depuis l’invasion de l’Ukraine.
Mais cela ne semble pas empêcher Gaillac d’envisager de confier à un groupe chinois la fabrication d’un grand spectacle municipal.
Après tout, une guerre commerciale et une guerre géopolitique, c’est compliqué.
Une belle projection de lumière sur les façades, en revanche, c’est beaucoup plus simple.
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Et si on faisait français ?
Soyons donc un peu taquins.
Il existe en France des artistes.
Des compagnies de spectacle.
Des entreprises de scénographie.
Des spécialistes de la lumière.
Des créateurs numériques.
Des professionnels de l’intelligence artificielle.
Des techniciens.
Des intermittents.
Des entreprises innovantes.
Des gens capables, paraît-il, de faire des choses extraordinaires avec de la lumière sans avoir besoin de prendre un vol pour Shanghai.
Peut-être même dans le Sud-Ouest.
Et si l’objectif est réellement de faire travailler l’économie locale, française ou européenne, voilà une piste qui pourrait mériter une petite étude.
Cela permettrait accessoirement au maire de rester à Gaillac.
Ce qui aurait aussi l’avantage de réduire l’empreinte carbone du projet.
Et de faire économiser quelques heures d’avion à l’intelligence naturelle…
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Mais reconnaissons une qualité au maire
Il faut tout de même rendre justice à Patrice Gausserand.
Il avait une solution beaucoup plus simple pour éviter les critiques.
Il aurait pu organiser le spectacle entièrement en France.
Il aurait pu solliciter des entreprises françaises.
Il aurait pu défendre le savoir-faire européen.
Il aurait pu même expliquer qu’après des années de mondialisation débridée, il était temps de privilégier les circuits courts.
Mais il a choisi une autre voie.
Il est allé vérifier sur place.
C’est courageux.
C’est coûteux.
C’est loin.
Et c’est probablement très instructif.
On attend maintenant avec impatience le retour d’expérience.
Avec une question essentielle : le futur spectacle sera-t-il « Fiers de Gaillac »… ou « Fiers de Gaillac, produit en Chine » ?
Le Sidobre Enchaîné suivra évidemment cette passionnante aventure de très près.
Depuis le Sidobre.
Sans billet d’avion.


