SÉNATORIALES TARNAISES – Onze candidats, deux fauteuils : cette fois, ce ne sera pas le meilleur qui gagnera, mais celui dont le camp se sera le moins tiré une balle dans le pied

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TARN. Onze candidats pour deux sièges. Le compte est désormais officiel – enfin, presque, puisque la préfecture doit encore apposer son tampon – et une chose apparaît déjà avec une remarquable netteté : il ne faudra pas obligatoirement être le meilleur pour gagner.

Il faudra simplement être celui dont le camp aura réussi à perdre le moins de voix en route.

Bienvenue aux sénatoriales tarnaises 2026, une élection où deux fauteuils du Palais du Luxembourg sont promis à une joyeuse bataille à onze, avec une règle simple : tout le monde peut gagner, à condition que les autres fassent suffisamment n’importe quoi.

Le scrutin ressemble à un billard à trois bandes.

Sauf qu’au Tarn, les bandes sont les rivalités personnelles, les vieilles rancœurs, les ambitions individuelles, les étiquettes devenues extensibles et les petits calculs électoraux.

Et parfois, le meilleur moyen de faire tomber son adversaire consiste à lui laisser tranquillement quelques semaines pour se tirer lui-même une balle dans le pied.

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Onze candidats, deux fauteuils et beaucoup de munitions

À droite et au centre-droit, le spectacle promet déjà quelques figures imposées.

Philippe Folliot et Marie-Lise Housseau défendent leurs fauteuils.

Muriel Roques-Étienne revient manifestement avec l’idée qu’une vieille histoire n’est jamais vraiment terminée tant qu’on n’a pas essayé de la régler au Sénat.

Bernard Carayon, lui, est fidèle à son principe : ne jamais laisser une élection sans y envisager une revanche personnelle.

Pierre-Marie Sènes tentera de faire fructifier les 71 grands électeurs de la ville d’Albi.

Julien Bacou portera les couleurs du RN, dos à dos avec Bernard Carayon dans une alliance implicite.

Et, dans cette joyeuse mêlée, chacun expliquera naturellement qu’il ne fait pas campagne contre les autres.

Ce qui est probablement vrai.

Ils font campagne à leur place.

Ce qui revient à peu près au même.

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Le grand concours du « moi, mais autrement »

La grande innovation de cette campagne pourrait d’ailleurs être sémantique.

Il ne faudrait plus parler de candidats de droite, de centre-droit, de droite radicale ou d’alliés de ceci ou de cela.

Non.

Tout le monde est désormais indépendant.

Indépendant des partis.

Indépendant des étiquettes.

Indépendant des consignes.

Indépendant de ses anciens amis.

Indépendant de ses anciens adversaires.

Indépendant, surtout, du résultat des élections précédentes.

À ce rythme, le Tarn pourrait bientôt élire deux sénateurs sans étiquette, sans parti et presque sans électeurs, simplement parce que tous les autres auront réussi à convaincre les leurs de voter ailleurs.

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Mais le vrai miracle se joue à gauche

Et puis il y a la gauche.

Ah, la gauche.

La gauche tarnaise a manifestement décidé d’aborder cette élection avec une stratégie d’une audace rare : être plusieurs.

Très plusieurs.

Élisabeth Claverie pour le PS.

Emmanuel Benoît Marquié pour les Écologistes.

Thierry San Andres pour le PCF.

Pauline Mercier pour LFI.

Et, parce qu’une élection à onze candidats manquait probablement encore un peu de piment, Christian Sicard est venu compléter le tableau à la dernière minute, sans trop savoir de quel bord il est.

La disparition d’Anne-Laure Azéma de la liste finale évite donc au Tarn d’atteindre le chiffre symbolique de douze candidats.

Une retenue admirable.

Il faut savoir s’arrêter.

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Objectif : perdre avec panache

À gauche, personne ne semble officiellement vouloir perdre.

Ce qui est rassurant.

Mais tout le monde semble en revanche parfaitement équipé pour y contribuer.

Car une sénatoriale, c’est une élection de grands électeurs.

Et lorsqu’un camp disperse ses voix entre plusieurs candidatures, il peut arriver une chose assez cocasse : le candidat arrivé premier parmi ses amis peut découvrir qu’il est arrivé derrière son adversaire.

C’est le charme du scrutin.

Imaginez le dialogue au soir du 27 septembre :

— Alors, combien as-tu fait ?

— 80.

— Bravo ! Moi, 40.

— Et lui ?

— 10.

— Mais il est de quel parti ?

— Du nôtre.

— Ah.

Silence.

— Et lequel d’entre nous est devenu sénateur ?

— Un des LR, et l’autre, là, le RN.

Silence.

— Ah.

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La gauche invente le vote anti-gagnant

Le phénomène est particulièrement intéressant à gauche.

Car avec quatre candidatures issues des principales familles de la gauche, le risque n’est pas nécessairement qu’un candidat soit mauvais.

Le problème, c’est qu’ils peuvent être plusieurs à être suffisamment bons pour se partager exactement les mêmes voix.

C’est une technique électorale très raffinée.

On pourrait l’appeler la mutualisation de la défaite.

Chacun conserve son identité.

Chacun garde son appareil.

Chacun défend sa sensibilité.

Chacun affirme que l’union est souhaitable.

Mais surtout, chacun conserve précieusement ses voix.

Parce que l’union, c’est très beau.

À condition qu’elle ait lieu après le dépouillement.

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Pendant ce temps, à droite…

À droite, le problème est légèrement différent.

Il ne s’agit pas tant de savoir qui rassemble que de savoir qui réussira à convaincre le maximum de grands électeurs qu’il est le candidat naturel.

Ce qui est toujours délicat lorsqu’il existe plusieurs candidats naturels.

Car la nature, en politique, est parfois particulièrement généreuse.

Elle produit beaucoup de candidats naturels.

Très peu de sénateurs.

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Le vrai favori : la dispersion

À ce stade, un candidat commence donc à se détacher.

Il n’a pas de programme.

Il n’a pas de suppléant.

Il n’a pas de permanence.

Il n’a même pas envoyé de lettre aux maires.

Mais il dispose d’un réseau formidable.

Il est partout.

Il s’appelle la dispersion des voix.

Et lui, au moins, est certain d’être élu.

À deux reprises.

Car les deux sièges seront peut-être attribués aux candidats qui auront obtenu le plus de voix.

Mais les deux autres grands gagnants pourraient être ceux qui auront réussi à faire perdre leur propre camp.

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La stratégie ultime : laisser faire les autres

Dans ces conditions, le meilleur conseil aux candidats tarnais pourrait finalement être d’une simplicité biblique : ne faites rien.

Parce qu’à onze pour deux sièges, la campagne n’est plus seulement une compétition.

C’est une expérience scientifique.

On observe onze ambitions politiques enfermées dans un même département et on attend de voir lesquelles réussiront à survivre à leurs propres électeurs.

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Le 27 septembre, une seule question

Qui gagnera ?

Folliot ?

Housseau ?

Roques-Étienne ?

Carayon ?

Sènes ?

Bacou ?

Claverie ?

Marquié ?

San Andres ?

Mercier ?

Ou Sicard, l’homme qui a compris qu’en arrivant suffisamment tard, il pouvait au moins éviter quelques mois de campagne ?

Difficile à dire.

Mais une chose semble acquise : le 27 septembre, ce ne sera peut-être pas le meilleur qui gagnera.

Ce sera probablement celui dont le camp aura été le moins doué pour se saboter.

Et si, au soir du scrutin, les deux nouveaux sénateurs se regardent en découvrant leurs scores, une question risque de surgir :

« Mais finalement, on a gagné contre qui ? »

Bienvenue aux sénatoriales tarnaises.

Deux fauteuils. Onze candidats.

Et suffisamment de balles dans le barillet pour que chacun puisse encore se tirer dans le pied plusieurs fois avant le 27 septembre.

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