LES CARTES DE VISITE DU RN SONT-ELLES FOURNIES AVEC LE PROGRAMME ?

806785682 122118290901321410 7695764894829550419 n

Petite chronique naïve du merveilleux monde des coïncidences politiques

Ah, la rentrée castraise !

Ses retrouvailles, ses concerts, ses retraités heureux, ses touristes émerveillés devant le musée Goya…

Et ses prestataires.

Pour le concert de rentrée castrais, la production était assurée par Belinda Productions.

Une société de spectacle parfaitement respectable, qui travaille avec de nombreuses collectivités et dont nous n’avons, à ce jour, aucune raison d’affirmer qu’elle aurait une quelconque proximité politique avec le Rassemblement national.

Soyons précis.

Mais Belinda Productions a aussi une particularité intéressante : elle est une habituée de Beaucaire, ville administrée par le RN depuis 2014.

Des spectacles y ont été confiés à la société sous Julien Sanchez, puis encore sous Nelson Chaudon.

Rien d’anormal, évidemment.

Une entreprise de spectacles vend des spectacles.

Une mairie achète des spectacles.

Une mairie RN peut donc acheter des spectacles à une entreprise de spectacles.

Et une autre mairie RN peut, elle aussi, acheter des spectacles à la même entreprise de spectacles.

Jusque-là, même notre canard est obligé de reconnaître que les mathématiques fonctionnent.

Mais on se demande tout de même si, dans le petit monde merveilleux de la droite nationale, les maires ne se passent pas parfois les bonnes cartes de visite.

« Tu cherches un producteur ? »

« Oui. »

« J’en connais un. »

« Il travaille bien ? »

« Très bien. »

« Et il travaille pour qui ? »

« Pour nous. »

Ah.

Très bien.

On note.

—

ET PUIS IL Y A BÉZIERS.

Autre petite coïncidence amusante.

Le nouveau maire RN de Castres, Florian Azema, a fait adopter par le conseil municipal une motion favorable à Robert Ménard, maire de Béziers, en mai dernier.

Jusque-là, c’est de la politique municipale.

Puis, environ un mois après ce vote, des cars de touristes seniors venus de Béziers sont arrivés à Castres, dans le cadre d’une programmation du CCAS de Béziers, dont le maire préside le conseil d’administration.

Au programme : Castres, le musée Goya, et la découverte de notre magnifique cité.

Quelle excellente idée !

Car il faut bien le reconnaître : avant cette programmation, Castres n’était manifestement pas suffisamment belle pour que les seniors biterrois viennent la découvrir.

Puis il y eut la motion.

Et soudain…

Castres !

Ses musées !

Son patrimoine !

Ses charmes !

Ses merveilles !

Il fallait absolument y envoyer les retraités.

Bon.

La programmation était nouvelle.

Elle n’avait pas eu lieu avant le vote de la motion.

Elle a été programmée environ un mois après.

Mais enfin, soyons raisonnables.

Cela ne prouve évidemment absolument rien.

Peut-être que quelqu’un, au CCAS de Béziers, s’est simplement réveillé un matin en disant :

« Mais au fait… CASTRES !

Pourquoi n’y avons-nous jamais pensé ? »

Et tout le monde a répondu :

« Mais oui ! Le musée Goya !

Quelle révélation ! »

—

LE PLUS IMPORTANT : TOUT CELA EST LÉGAL.

Et c’est précisément ce qui est fascinant.

Une société de spectacle peut travailler pour une ville RN.

Une ville RN peut en recommander une autre.

Un CCAS peut organiser un voyage à Castres.

Des élus peuvent voter des motions en faveur d’autres élus.

Des seniors peuvent monter dans un car.

Des spectateurs peuvent acheter un billet.

Et tout cela peut être parfaitement légal.

Personne n’a besoin de franchir la ligne rouge.

Il suffit que les mêmes réseaux professionnels se retrouvent.

Que les mêmes prestataires circulent.

Que les mêmes élus se recommandent les mêmes interlocuteurs.

Que les mêmes collectivités organisent les mêmes choses entre elles.

Et que le public, lui, profite simplement du spectacle.

Car c’est là toute la beauté du système : le spectateur n’a rien demandé.

Il vient voir un concert.

Il monte dans un car.

Il visite un musée.

Il passe une bonne journée.

Il ne vote pas pour un producteur.

Il ne vote pas pour un CCAS.

Il ne vote même pas nécessairement pour le maire qui a voté la motion.

Et pourtant, sans forcément le savoir, il peut se retrouver au milieu de réseaux de coopération politique, économique et institutionnelle dont il ne voit que la partie touristique.

—

COMMUNAUTARISATION ?

Le grand mot est peut-être excessif.

Après tout, nous ne savons pas encore jusqu’où vont ces réseaux.

Nous ne savons pas s’il existe une stratégie concertée.

Nous ne savons pas si quelqu’un a téléphoné à quelqu’un.

Nous ne savons pas si une carte de visite a réellement circulé.

Nous savons seulement que les mêmes noms commencent à apparaître.

Beaucaire.

Béziers.

Castres.

Des spectacles.

Des cars.

Des élus.

Des prestations.

Des coopérations.

Et, derrière tout cela, des entreprises et des réseaux professionnels qui mériteraient peut-être d’être regardés de très près.

Parce qu’une chose est certaine, la politique ne s’arrête pas toujours aux portes des salles de spectacle.

Elle peut aussi passer par la billetterie.

Par le car.

Par le marché public.

Par le CCAS.

Par le carnet d’adresses.

Et parfois, probablement, par une simple carte de visite.

Alors rassurez-vous.

Tout va bien.

C’est légal.

C’est professionnel.

C’est touristique.

C’est culturel.

C’est parfaitement normal.

Et si, par hasard, les cartes de visite commencent à circuler toujours dans le même sens…

Nous ne manquerons pas de les ramasser.

Le Sidobre Enchaîné les garde précieusement.

On vous a à l’œil.

Et surtout, restez dans les clous de la légalité.

À défaut, peut-être, de rester dans ceux de la diversité des réseaux.

Car pour l’instant, nous ne voyons pas encore l’entre-soi.

Nous voyons simplement… ses ramifications commencer à poindre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut