Au Castres Olympique, Florian Azema découvre le Top 14… du réseautage

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La soirée partenaires, ce merveilleux endroit où le rugby rencontre le business, le business rencontre la mairie, et où le maire découvre soudain qu’il est très, très populaire

Il y a les matchs du Castres Olympique.

Et puis il y a les matchs qui se jouent sans ballon.

Les soirées partenaires.

Là, pas de mêlée, pas de plaquage, pas de pénalité. Mais beaucoup de poignées de main, de sourires en coin, de « Monsieur le Maire ! », de photos, de petits fours et de conversations qui commencent invariablement par :

« Et sinon, vos projets, ça avance ? »

Depuis quelques mois, un joueur semble particulièrement assidu sur cette pelouse-là.

Florian Azema.

Le maire de Castres.

29 % au deuxième tour des municipales, mais visiblement 100 % de présence dans la tribune présidentielle du réseautage local.

On nous signale même qu’il serait devenu particulièrement difficile de participer à une soirée partenaire du Castres Olympique sans croiser le premier magistrat.

Coïncidence ?

Évidemment.

À Castres, les coïncidences ont simplement tendance à porter une veste, serrer beaucoup de mains et connaître tout le monde.

—

Le maire à 29 % a compris une chose essentielle

Florian Azema n’est pas né de la dernière pluie politique.

Avant d’être le premier maire RN de Castres, avant de découvrir les joies de l’écharpe tricolore, il était déjà là.

Très jeune.

Très tôt dans les réseaux.

Et même, comme il le racontait lui-même après son élection, en 2014, il distribuait des tracts pour Pascal Bugis.

On appelle cela « avoir fait ses classes ».

Dix ans plus tard, changement de maillot politique, mais une certaine science du terrain semble être restée intacte.

Car à Castres, pour exister politiquement, il ne suffit pas toujours de parler aux électeurs.

Il faut aussi parler aux bons électeurs.

Aux chefs d’entreprise.

Aux commerçants.

Aux dirigeants.

Aux notables.

Aux partenaires.

À ceux qui ont une loge.

À ceux qui ont une table.

À ceux qui connaissent quelqu’un qui connaît quelqu’un.

Et surtout, à ceux qui peuvent vous dire :

« Florian, justement, il faudrait qu’on se voie. »

—

Le CO, ce n’est pas seulement du rugby

Et c’est là que l’histoire devient intéressante.

Parce que le Castres Olympique n’est pas simplement une équipe de Top 14.

C’est une véritable plateforme économique locale.

Le club revendique plusieurs catégories de partenaires, du partenaire majeur au Club Bleu & Blanc, en passant par les partenaires premium, prestige, officiels et institutionnels.

La Chambre régionale des comptes l’a d’ailleurs très bien documenté : les entreprises partenaires du CO sont, pour une très grande majorité, implantées dans le Tarn. Le club cherche explicitement à renforcer ses liens avec son territoire.

Et les soirées organisées autour de ces partenaires ne sont donc pas exactement des réunions de supporters.

On y vient pour le rugby.

Bien sûr.

Pour les joueurs.

Pour la saison.

Pour l’ambiance.

Pour le CO.

Et, accessoirement, pour rencontrer trois ou quatre personnes susceptibles de devenir demain un client, un fournisseur, un partenaire, un interlocuteur ou un décideur.

Bref, du rugby.

Mais avec des cartes de visite.

Beaucoup de cartes de visite.

—

Et soudain, Florian apparaît

Alors forcément, quand un nouveau maire arrive en ville, il découvre cette formidable machine à créer du lien.

Et Florian, apparemment, a bien compris le concept.

Le voilà. À une soirée. Puis une autre. Puis encore une autre.

Toujours souriant. Toujours disponible.

Toujours prêt à serrer une main.

Toujours parfaitement conscient que, dans une ville de 42 000 habitants, il existe une différence fondamentale entre être maire et être perçu comme quelqu’un qui compte.

Et ça, c’est très important.

Parce qu’un maire ne possède pas seulement une écharpe.

Il possède un carnet d’adresses.

Enfin, normalement.

À Castres, on dirait surtout qu’il existe désormais un carnet d’adresses avec billetterie incluse.

—

Bienvenue dans le petit monde de l’Ovalie d’affaires

Il faut reconnaître au milieu castrais une certaine constance.

Ici, on aime le rugby.

On aime les entreprises.

On aime les entrepreneurs.

On aime les réseaux.

On aime les repas.

On aime les partenaires.

Et surtout, on aime beaucoup connaître les gens qui connaissent les gens.

Le tout dans cette délicieuse ambiance provinciale où tout le monde se connaît depuis vingt ans, où personne ne veut froisser personne et où une poignée de main peut parfois avoir une durée supérieure à celle d’un conseil municipal.

Le partenaire serre la main du maire.

Le maire serre celle du patron.

Le patron connaît le président.

Le président connaît le maire.

Le maire connaît le député.

Le député connaît le président du club.

Et tout le monde finit autour d’une table.

Le cercle est bouclé.

On appelle cela le networking.

À Castres, on appelait autrefois cela autrement.

Le petit monde.

—

Et voilà le RN qui devient soudain très fréquentable

C’est peut-être là que le phénomène mérite d’être regardé avec le plus d’attention.

Car le RN local n’a évidemment pas intérêt à apparaître comme un parti isolé, infréquentable ou enfermé dans ses militants.

Il lui faut des images.

Des patrons.

Des commerçants.

Des dirigeants.

Des sportifs.

Des institutions.

Des poignées de main.

Des photos.

Des gens qui parlent avec le maire comme si celui-ci avait toujours été là.

C’est exactement ce que permet une soirée partenaire.

Personne ne fait de politique.

Personne ne parle politique.

On parle rugby.

On parle économie.

On parle de Castres.

On parle de la saison.

On parle du stade.

On parle des affaires.

Et accessoirement, le maire RN est au milieu.

Tout sourire.

Tout à fait normal.

Tout à fait intégré.

Normalisation terminée.

Circulez.

Il n’y a rien à voir.

—

Sauf que si. On regarde, nous. Par des centaines de paires d’yeux différentes.

Parce qu’il existe une différence entre un maire qui représente naturellement sa ville auprès du club phare de son territoire – ce qui est parfaitement normal – et un élu qui semble faire de chaque événement économique une nouvelle étape de sa stratégie d’implantation personnelle.

Et c’est précisément cette frontière qui mérite d’être observée.

D’autant que les relations entre le CO et les collectivités sont loin d’être symboliques.

La Chambre régionale des comptes a documenté les nombreux contrats liant le club aux collectivités, ainsi que les invitations de représentants publics aux événements organisés avec les acteurs économiques. Elle a notamment relevé une prestation facturée 78 650 € à la Ville de Castres pour sa participation au Club des Partenaires au niveau « partenaire majeur institutionnel ».

Autrement dit, l’argent public rencontre le sport professionnel.

Le sport professionnel rencontre les entreprises.

Les entreprises rencontrent les élus.

Et les élus rencontrent les électeurs.

Quel formidable endroit pour faire campagne sans jamais prononcer le mot « campagne ».

—

Le grand retour de la politique à la castraise

Florian Azema semble avoir compris quelque chose que Pascal Bugis savait depuis longtemps.

À Castres, la politique ne se résume pas à la mairie.

Elle se joue aussi dans les salles de réception.

Dans les cocktails.

Dans les tribunes.

Dans les inaugurations.

Dans les clubs.

Dans les réseaux.

Dans les « on se rappelle ».

Dans les « il faudrait qu’on déjeune ».

Et surtout dans ces endroits où personne ne porte de badge politique mais où tout le monde sait parfaitement qui est qui.

Le nouveau maire RN peut ainsi travailler tranquillement à son implantation.

Pas besoin de tract.

Pas besoin de meeting.

Pas besoin de drapeau.

Un costume sombre suffit.

Une coupe de champagne.

Trois poignées de main.

Une photo.

Et hop : le RN est dans le carnet d’adresses.

—

Les patrons, eux, font du business

Et soyons justes.

Il serait évidemment absurde de demander à un chef d’entreprise de refuser de parler au maire de sa ville.

Les entrepreneurs ont des intérêts légitimes.

Ils ont besoin de travailler avec les collectivités.

Ils ont besoin de défendre leurs entreprises.

Ils ont besoin de connaître les décideurs.

Ils font leur travail.

Business as usual.

Le problème n’est donc pas qu’ils parlent à Florian Azema.

Le problème commence lorsque le mélange devient si naturel, si permanent et si confortable qu’on finit par ne plus voir la dimension politique de la scène.

Quand la poignée de main devient une validation.

Quand la proximité devient une caution.

Quand l’entre-soi devient une habitude.

Et quand le maire comprend qu’il peut transformer cette habitude en capital politique.

—

À Castres, on n’appelle pas ça une cour

Non.

On appelle ça « le tissu économique local ».

C’est beaucoup plus joli.

Et puis une cour, ça fait monarchie.

Alors que Florian, lui, ne se prendrait jamais pour un petit pharaon.

Enfin. Pas officiellement.

Il se contente de passer de table en table.

De serrer des mains.

De sourire aux partenaires.

De poser sur les photos.

D’être là.

Encore là.

Toujours là.

À croire que le CO a désormais un nouveau poste dans son organigramme : Maire – catégorie partenaire omniprésent.

—

Florian, on te voit

Le plus amusant, finalement, est que la ficelle est tellement grosse qu’elle devient presque visible depuis les tribunes populaires, vous savez, pas la loge VIP, mais depuis la tribune Gabarrou.

Tu veux normaliser le RN ?

On te voit.

Tu veux te construire un réseau économique ?

On te voit.

Tu veux transformer chaque rencontre institutionnelle en opération de proximité ?

On te voit.

Tu veux apparaître comme le maire naturel du monde économique castrais ?

On te voit.

Tu veux profiter de la formidable machine relationnelle du Castres Olympique pour t’installer tranquillement dans le paysage ?

On te voit.

Et tes ficelles sont tellement grosses, Florian, que tu auras bientôt du mal à en faire des nœuds.

Mais rassure-toi.

À Castres, tout le monde connaît les nœuds.

Surtout autour d’une table de partenaires.

Allez le CO.

Et, surtout : bon réseautage.

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