Ou comment une page satirique peut parfois découvrir des vocations municipales.
Il faut reconnaître une chose à Florian Azema.
Depuis quelques semaines, il nous lit peut-être.
Ou quelqu’un lui lit.
Ou quelqu’un lui dit.
Ou alors, formidable coïncidence, la mairie vient soudain de découvrir que les écoles, c’est important.
Parce que regardez bien.
Nous avons passé plusieurs semaines à parler des écoles publiques castraises.
Des infiltrations. Des fenêtres. De l’isolation. De la chaleur.
Du froid. Des équipements. De la sécurité.
Des parents qui s’inquiètent.
Du fameux « deux ans ».
Et aujourd’hui, jour de rentrée, que découvrons-nous dans La Dépêche ?
273 963 euros de travaux engagés dans les écoles pour cette rentrée.
Des climatiseurs dans les couchettes des maternelles.
Des ventilateurs de plafond (installés en avril 2026, soit quelques jours à peine après les élections municipales).
De la végétalisation (effectuée via des fonds européens par l’administration Bugis), des arbres.
Une expérimentation appelée à être généralisée.
Et même un maire qui explique qu’il va « continuer tout au long du mandat à améliorer les écoles et leurs équipements ».
—
Pardon ?
On aurait donc changé de logiciel ?
Il y a quelques jours encore, nous avions un problème.
Aujourd’hui, nous avons un plan.
Hier, il fallait attendre.
Aujourd’hui, on expérimente.
Hier, on nous expliquait – selon les éléments que nous avons documentés – que les travaux pouvaient attendre deux ans.
Aujourd’hui, les ventilateurs sont silencieux et efficaces, les climatiseurs arrivent dans les couchettes et les arbres vont pousser dans les cours.
Quelqu’un aurait-il trouvé le bouton « écoles » sur le tableau de bord municipal ?
Nous sommes ravis. Sincèrement.
Mais il reste une petite question.
Ces 273 963 euros, ils correspondent à quoi exactement ?
Quels travaux étaient déjà programmés ?
Lesquels ont été décidés par la nouvelle municipalité ?
Lesquels avaient été engagés avant son arrivée ?
Quels crédits avaient été votés ?
Quels marchés étaient déjà lancés ?
Quels travaux ont réellement été arbitrés depuis l’installation de Florian Azema ?
Parce que c’est précisément là que notre enquête commence.
—
Et nous avons deux hypothèses.
La première est assez désagréable.
Certaines écoles bénéficieraient finalement de travaux, pendant que d’autres seraient invitées à patienter deux ans.
Si c’est le cas, il faudra expliquer pourquoi.
Pourquoi ici ?
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi eux et pas les autres ?
Quels critères ?
Quelle urgence ?
Quel calendrier ?
Favoritisme ? Nous ne le savons pas.
Et nous ne l’affirmons pas.
Nous demandons simplement les documents.
—
La deuxième hypothèse est beaucoup plus amusante.
Et, pour être honnêtes, nous la trouvons nettement plus plausible.
Les travaux étaient déjà prévus.
Les crédits étaient déjà programmés.
Les décisions avaient été prises avant l’arrivée de la nouvelle équipe.
Les services municipaux avaient travaillé.
Les projets étaient lancés.
Et la nouvelle municipalité serait simplement arrivée au moment où il suffisait de couper le ruban, sourire devant les photographes et expliquer que tout cela prouve combien elle prend soin des enfants.
Ce serait alors moins du favoritisme que… de l’appropriation d’héritage.
Une vieille tradition politique.
On hérite d’un dossier.
On attend qu’il aboutisse.
Puis on explique que c’est grâce à soi.
—
Et franchement, nous ne demandons qu’à être détrompés.
Il suffit de publier les calendriers.
Les dates des décisions.
Les dates des commandes.
Les dates des marchés.
Les crédits correspondants.
Et chacun pourra faire ses comptes.
Parce que 273 963 €, ce n’est pas rien.
Et si cette somme correspond réellement à des décisions nouvelles prises par la municipalité Azema, alors nous serons les premiers à le reconnaître.
Bravo.
Mais si une partie substantielle de ces travaux avait été préparée, budgétée ou engagée avant le changement de majorité…
Alors il serait assez élégant de rendre à César ce qui appartient à César.
Et de laisser à Pascal Bugis… ses fenêtres.
—
Car il y a tout de même une drôle de coïncidence.
Depuis plusieurs semaines, Le Sidobre Enchaîné parle des écoles.
Nous avons publié un dossier.
Puis un autre.
Puis un autre.
Des parents ont commencé à témoigner.
Nous avons posé des questions sur le gel des travaux.
Et maintenant, le jour de la rentrée, la mairie communique sur les travaux dans les écoles.
Nous ne prétendons évidemment pas que la municipalité nous répond.
Ce serait beaucoup trop flatteur.
Mais disons simplement que… le dialogue est devenu étonnamment efficace.
Nous écrivons.
La mairie communique.
Nous insistons.
La mairie explique.
Nous posons des questions.
La mairie découvre soudain qu’elle a un plan.
C’est formidable, Internet.
Et puis il y a cette phrase de Florian Azema :
« On va continuer tout au long du mandat à améliorer les écoles et leurs équipements. On va le faire petit à petit parce qu’il y a beaucoup d’écoles à Castres. »
Petit à petit.
Voilà peut-être le nouveau slogan.
Parce que pendant ce temps, dans certaines écoles, les fenêtres attendent.
Les infiltrations attendent.
L’isolation attend.
Les équipements attendent.
Les enfants, eux, n’attendent pas.
Ils sont rentrés hier, à ce qu’il se dit.
Ils auront chaud quand il fera chaud.
Froid quand il fera froid.
Et s’il pleut suffisamment, certains découvriront peut-être encore cette merveilleuse innovation pédagogique : la classe à ciel presque ouvert.
Alors Florian, merci d’avoir enfin parlé des écoles.
Maintenant, puisque tu as commencé… montre-nous les dates.
Montre-nous ce qui était déjà prévu.
Montre-nous ce qui a été décidé depuis ton arrivée.
Montre-nous ce qui attend.
Montre-nous pourquoi.
Et surtout, montre-nous pourquoi certaines écoles peuvent être améliorées maintenant… et d’autres devraient attendre deux ans, pour des travaux particulièrement urgents comme la mise hors d’eau, un équipement de sécurité anti intrusion.
Parce qu’au Sidobre Enchaîné, nous avons découvert un truc extraordinaire : les écoles ont une mémoire.
Les budgets aussi.
Les délibérations également.
Les marchés publics encore davantage.
Et les dates… les dates, elles, ont une fâcheuse tendance à ne pas mentir.
Alors on va regarder.
Tranquillement.
Document par document.
Et promis, Florian : si c’est toi qui as tout fait, on le dira.
Mais si tu as simplement découvert les travaux de ton prédécesseur… on le dira aussi.


