Entretien vérité* avec Florian Azema, nouveau maire RN de Castres
Le Sidobre Enchaîné a souhaité rencontrer Florian Azema pour comprendre une question simple : pourquoi, quand les bases fiscales augmentent mécaniquement, la nouvelle municipalité RN n’a-t-elle pas baissé les taux pour en amortir l’effet ?
Le maire a accepté de répondre. Enfin, « répondre ».
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— Le Sidobre Enchaîné : Monsieur le Maire, comment allez-vous expliquer, à quelques mois de la présidentielle, que votre parti aidera les contribuables, ceux qui paient les impôts locaux et nationaux, quand vous, dans la ville fraîchement conquise, observez les bases monter sans baisser les taux, alors même que l’administration Bugis précédente avait commencé à baisser les taux ?
— Florian Azema : D’abord, je voudrais rappeler que nous n’avons pas augmenté les impôts.
— Le Sidobre Enchaîné : Nous n’avons pas dit que vous les aviez augmentés.
— Florian Azema : Voilà.
Nous sommes donc d’accord.
C’est déjà un très bon début d’entretien.
— Le Sidobre Enchaîné : Sauf que la facture augmente.
— Florian Azema : C’est une interprétation.
— Le Sidobre Enchaîné : La facture est une interprétation ?
— Florian Azema : Non.
La facture est une facture.
Mais l’augmentation de la facture n’est pas nécessairement une augmentation de l’impôt.
— Le Sidobre Enchaîné : C’est-à-dire ?
— Florian Azema : C’est-à-dire que lorsqu’un contribuable paie davantage, il ne faut pas forcément considérer qu’il paie davantage.
Il faut regarder la trajectoire.
— Le Sidobre Enchaîné : La trajectoire de quoi ?
— Florian Azema : De l’ensemble.
— Le Sidobre Enchaîné : Vous voulez dire de la facture ?
— Florian Azema : Voilà.
—
« Nous ne pouvions pas baisser les recettes »
— Le Sidobre Enchaîné : Vous avez expliqué au conseil municipal que vous ne pouviez pas baisser les recettes de la ville, notamment en raison de son endettement hérité de la précédente administration.
— Florian Azema : Exactement.
Nous sommes arrivés dans une ville endettée.
— Le Sidobre Enchaîné : Mais personne ne vous demandait de baisser les recettes.
— Florian Azema : Si.
— Le Sidobre Enchaîné : Non.
— Florian Azema : Si.
— Le Sidobre Enchaîné : Non.
— Florian Azema : C’est une question de point de vue.
— Le Sidobre Enchaîné : Non, c’est une question d’arithmétique.
— Florian Azema : Vous êtes de gauche, vous êtes donc forcément très attaché aux mathématiques.
— Le Sidobre Enchaîné : Comment ça ?
— Florian Azema : Parce que vous aimez compter.
— Le Sidobre Enchaîné : Justement.
Si les bases augmentent, les recettes augmentent mécaniquement à taux constant.
Si vous baissez légèrement le taux, vous pouvez simplement absorber une partie de cette hausse mécanique, sans faire s’effondrer les recettes.
C’est précisément ce qui vous a été expliqué au conseil municipal.
— Florian Azema : Oui.
— Le Sidobre Enchaîné : Donc vous l’aviez compris ?
— Florian Azema : J’avais compris qu’il y avait des chiffres.
— Le Sidobre Enchaîné : Et ?
— Florian Azema : Je suis maire.
Je ne peux pas me permettre de comprendre tous les chiffres.
J’ai une équipe pour ça.
—
« Mon adjoint avait compris. Mon cabinet aussi. Moi, j’avais un concert. »
— Le Sidobre Enchaîné : Votre adjoint aux finances, lui, avait compris ?
— Florian Azema : Bien sûr.
— Le Sidobre Enchaîné : Votre directeur de cabinet ?
— Florian Azema : Évidemment.
— Le Sidobre Enchaîné : Vos services ?
— Florian Azema : Naturellement.
— Le Sidobre Enchaîné : Et vous ?
— Florian Azema : Moi, j’avais une ville à administrer.
— Le Sidobre Enchaîné : Donc tout le monde avait compris sauf vous ?
— Florian Azema : C’est le principe d’une équipe.
— Le Sidobre Enchaîné : Ne craignez-vous pas que l’opposition municipale de gauche, la seule à s’en être émue en plein conseil municipal, vous en tienne ensuite comptable ?
— Florian Azema : Pas du tout.
— Le Sidobre Enchaîné : Pourquoi ?
— Florian Azema : Parce que les gens ne s’intéressent pas aux taux.
— Le Sidobre Enchaîné : Ils s’intéressent à leur avis d’imposition.
— Florian Azema : Oui.
Mais ils ne lisent pas forcément le même avis que vous.
— Le Sidobre Enchaîné : Ils ont pourtant exactement le même.
— Florian Azema : C’est votre opinion.
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« Le contribuable ne comprend pas forcément ce qu’il paie »
— Le Sidobre Enchaîné : Vous pensez donc que votre électorat ne verra pas la hausse ?
— Florian Azema : Je pense que les Castrais sont intelligents.
— Le Sidobre Enchaîné : Donc ils verront.
— Florian Azema : Je n’ai pas dit ça.
— Le Sidobre Enchaîné : Mais vous venez de dire qu’ils sont intelligents.
— Florian Azema : Oui.
— Le Sidobre Enchaîné : Donc ils comprendront que les bases augmentent et que vous n’avez pas baissé les taux.
— Florian Azema : Vous êtes très insistant.
— Le Sidobre Enchaîné : C’est notre métier.
— Florian Azema : C’est bien ce qui m’inquiète.
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« Le petit Nicolas ne paie pas plus d’impôts »
— Le Sidobre Enchaîné : Votre parti se présente pourtant comme celui du petit contribuable.
Le petit Nicolas qui travaille.
Le petit Nicolas qui paie ses impôts.
Le petit Nicolas qui en a assez de payer pour tout le monde.
— Florian Azema : Tout à fait.
— Le Sidobre Enchaîné : Le petit Nicolas propriétaire à Castres va donc recevoir une facture plus élevée.
— Florian Azema : Mais son taux n’a pas augmenté.
— Le Sidobre Enchaîné : Il va payer plus.
— Florian Azema : Oui.
— Le Sidobre Enchaîné : Donc il paiera plus sans que le taux ait augmenté.
— Florian Azema : Exactement.
— Le Sidobre Enchaîné : Et vous trouvez cela compatible avec le discours du RN sur la baisse de la pression fiscale ?
— Florian Azema : Absolument.
— Le Sidobre Enchaîné : Pouvez-vous nous expliquer ?
— Florian Azema : Non.
Mais je peux vous parler de sécurité.
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« Et puis il y a le concert de rentrée »
— Le Sidobre Enchaîné : Justement, parlons-en.
Vous pensez qu’un concert gratuit fera oublier une taxe foncière plus élevée ?
— Florian Azema : Il ne faut pas opposer la culture et la fiscalité.
— Le Sidobre Enchaîné : Personne ne les oppose.
— Florian Azema : C’est pourtant ce que vous faites.
— Le Sidobre Enchaîné : Non, nous demandons simplement si le contribuable préfère payer moins d’impôts ou assister gratuitement à un concert.
— Florian Azema : Le concert est gratuit.
— Le Sidobre Enchaîné : Pour le spectateur.
— Florian Azema : Voilà.
— Le Sidobre Enchaîné : Et pour le contribuable ?
— Florian Azema : Il est également gratuit.
— Le Sidobre Enchaîné : Ah.
— Florian Azema : Enfin… jusqu’à réception de la taxe foncière.
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« Nous sommes les défenseurs des classes moyennes »
— Le Sidobre Enchaîné : Vous ne craignez donc pas que les propriétaires modestes se sentent un peu abandonnés ?
— Florian Azema : Nous sommes précisément là pour eux.
— Le Sidobre Enchaîné : En maintenant leur taux ?
— Florian Azema : En maintenant leur taux.
— Le Sidobre Enchaîné : Pendant que leur base augmente ?
— Florian Azema : Pendant que leur base évolue.
— Le Sidobre Enchaîné : Donc leur facture augmente.
— Florian Azema : Vous avez décidément une obsession pour les factures.
— Le Sidobre Enchaîné : C’est généralement le cas des gens qui doivent les payer.
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Le grand moment de vérité
— Le Sidobre Enchaîné : Dernière question, Monsieur le Maire.
Est-ce que vous prenez les Castraises et les Castrais pour des bûches ?
— Florian Azema : Absolument pas.
— Le Sidobre Enchaîné : Pour des contribuables ?
— Florian Azema : Ah ça…
— Le Sidobre Enchaîné : Pour des électeurs ?
— Florian Azema : Évidemment.
— Le Sidobre Enchaîné : Et vous pensez qu’un électeur peut être simultanément assez intelligent pour voter pour vous et assez stupide pour ne pas regarder sa taxe foncière ?
— Florian Azema : Je ne répondrai pas à cette question.
— Le Sidobre Enchaîné : Pourquoi ?
— Florian Azema : Parce que vous venez de me tendre un piège.
— Le Sidobre Enchaîné : Non, Monsieur le Maire.
Nous venons de vous présenter une addition.
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Conclusion
À la fin de l’entretien, Florian Azema nous a demandé si nous avions bien compris.
Nous lui avons répondu que oui.
Le taux n’augmente pas.
Les bases augmentent.
La facture augmente.
La municipalité aurait pu baisser le taux pour amortir cette hausse.
Elle ne l’a pas fait.
Et pendant ce temps-là, le petit Nicolas continue de regarder son avis d’imposition.
Il se demande où est passée la baisse d’impôts promise par ceux qui aiment tant parler de ceux qui paient trop.
La réponse est simple : elle était juste à côté du bouton « baisser les taux ».
Mais apparemment, quelqu’un avait peur d’appuyer.
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Le Sidobre Enchaîné
« Castres : même quand les taux ne montent pas, les impôts savent prendre l’ascenseur. »
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* Article parfaitement satirique. Tellement qu’il vous aura fait rire, à la fin. Surtout si vous payez la taxe foncière à Castres.


