ENTRETIEN VÉRITÉ – Florian Azema : « Oui, les Castrais ont dansé. Et alors ? »

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— Le Sidobre Enchaîné : Monsieur le maire, soyons honnêtes : le concert de rentrée a été un succès populaire. Des milliers de personnes, une place Soult pleine, des familles, des jeunes, des anciens, des tubes de Goldman, des années 80, Laurent Wolf… Vous avez réussi votre soirée.

— Florian Azema : Merci. Enfin quelqu’un qui le reconnaît.

— Le Sidobre Enchaîné : Oui. Nous sommes même prêts à vous accorder quelque chose d’assez exceptionnel : les Castrais ont passé une bonne soirée.

— Florian Azema : C’est déjà beaucoup.

— Le Sidobre Enchaîné : Mais une question demeure : combien ?

— Florian Azema : Le concert était gratuit.

— Le Sidobre Enchaîné : Pour les Castrais.

— Florian Azema : Oui.

— Le Sidobre Enchaîné : Pas pour la mairie.

— Florian Azema : …

— Le Sidobre Enchaîné : Depuis quelques jours, le grand jeu consiste à découvrir le prix mystère du concert. 30 000 euros par-ci, 70 000 euros par-là, des prestations techniques, des écrans géants, une scène de 90 m², des artistes, des choristes, de la sécurité, de la logistique… Sans même parler précisément des heures travaillées par les agents municipaux.

— Florian Azema : Nous avons organisé un grand événement populaire.

— Le Sidobre Enchaîné : Absolument. Avec des économies populaires, donc ?

— Florian Azema : Nous avons fait des choix.

— Le Sidobre Enchaîné : Justement. C’est ce mot qui nous intéresse : choix.

Parce qu’à quelques rues de la place Soult, il y a une autre réalité municipale. L’École du Centre n’est toujours pas hors d’eau. Son dispositif de sécurité anti-intrusion n’est pas fonctionnel. Et, si l’on en croit vos propres déclarations, il ne faut pas attendre de solution avant deux ans.

— Florian Azema : Il faut aussi tenir compte de l’héritage.

— Le Sidobre Enchaîné : Ah ! L’héritage.

C’est donc ici que nous retrouvons Pascal Bugis.

L’ancien maire vous avait visiblement laissé une ville dans un état si catastrophique que sept ans seraient nécessaires pour réparer ses erreurs.

— Florian Azema : Il y a beaucoup de choses à reprendre.

— Le Sidobre Enchaîné : C’est vrai.

Mais permettez-nous une petite précision historique : en 2014, vous faisiez campagne pour Pascal Bugis.

— Florian Azema : J’étais engagé à cette époque.

— Le Sidobre Enchaîné : Vous tractiez donc pour un homme dont vous expliquez aujourd’hui qu’il vous a laissé un héritage particulièrement encombrant.

C’est un peu comme avoir recommandé un appartement à quelqu’un en 2014, puis expliquer en 2026 que la plomberie était tellement catastrophique qu’il faudra attendre 2028 pour trouver le robinet.

— Florian Azema : La situation est plus complexe.

— Le Sidobre Enchaîné : Bien sûr.

Mais revenons au présent.

Vous avez donc une école qui prend l’eau, un équipement de sécurité qui ne fonctionne pas, des travaux qui attendront deux ans…

Et, dans le même temps, trois écrans géants apparaissent place Soult pour que plusieurs milliers de personnes puissent chanter “Envole-moi”.

— Florian Azema : Vous caricaturez.

— Le Sidobre Enchaîné : Pas du tout.

Nous essayons simplement de comprendre votre doctrine budgétaire.

Quand une école prend l’eau : patience.
Quand une alarme anti-intrusion ne fonctionne pas : patience.
Quand Laurent Wolf arrive : trois écrans géants.

— Florian Azema : Les deux sujets ne sont pas comparables.

— Le Sidobre Enchaîné : Ils ne le sont effectivement pas.

L’un fait danser les gens.

L’autre doit empêcher que leurs enfants prennent des risques.

C’est précisément pour cela qu’on vous pose la question.

—

« Mais vous êtes donc contre la fête ? »

— Florian Azema : J’ai l’impression que vous êtes contre le concert.

— Le Sidobre Enchaîné : Pas du tout.

Nous sommes même ravis que les Castrais aient pu retrouver leur grand concert de rentrée.

Ce qui nous amuse, c’est cette étrange faculté de la communication municipale à transformer une soirée de quelques heures en preuve générale du redressement de la ville.

La place est pleine ?
Succès.

Les téléphones sont levés ?
Succès.

Tout le monde chante Goldman ?
Succès.

Laurent Wolf fait danser la place ?
Succès.

Pendant ce temps, l’École du Centre prend encore l’eau ?
Affaire en cours.

— Florian Azema : Vous ne pouvez pas réduire une politique municipale à une école.

— Le Sidobre Enchaîné : Et vous ne pouvez pas réduire une politique municipale à une scène de 90 m².

—

« Le concert a coûté ce qu’il devait coûter »

— Florian Azema : Nous avons voulu proposer quelque chose de qualitatif aux Castrais.

— Le Sidobre Enchaîné : Et vous l’avez fait.

Mais puisque tout le monde a tellement apprécié la soirée, pourquoi ne pas publier tranquillement la facture complète ?

Pas seulement le cachet d’un artiste.
Tout.
Les prestations. La technique. Les écrans. La sécurité. La logistique.
La communication. Les heures supplémentaires éventuelles des agents.
Les coûts indirects.

Et le coût total pour le contribuable.

— Florian Azema : Les comptes seront communiqués dans les règles.

— Le Sidobre Enchaîné : Parfait.

Nous attendrons donc.

Parce qu’à ce stade, le concert a un peu le même fonctionnement que certains jeux télévisés :

« Derrière l’écran géant, combien avons-nous dépensé ? »

30 000 ?
70 000 ?
100 000 ?
Plus ?

Personne ne sait encore vraiment, mais tout le monde a déjà dansé.

—

« Vous appelez ça de l’incurie ? »

— Florian Azema : Certains parlent d’incurie municipale.

— Le Sidobre Enchaîné : Nous préférons parler de priorités municipales.

L’incurie, c’est un mot sérieux.
Nous, ce qui nous intrigue, c’est le contraste.

Vous demandez du temps pour réparer l’héritage.
Très bien.

Mais ce temps devient difficile à expliquer quand, simultanément, vous trouvez rapidement le temps, l’argent et l’énergie pour organiser un spectacle XXL.

Vous dites : “Il nous faudra deux ans.”

Les Castrais entendent : « Pour l’école. »

Puis ils regardent la place Soult et découvrent : « Mais pas pour les écrans. »

—

Dernière question, Monsieur le maire.

— Le Sidobre Enchaîné : Si vous deviez choisir entre deux images pour résumer vos premiers mois de mandat :

Image 1 : des milliers de Castrais chantant Goldman sous trois écrans géants et une avancée de scène ?

Image 2 : une école qui attend encore ses travaux et son dispositif de sécurité ?

Laquelle préférez-vous voir dans le bilan de votre première année ?

— Florian Azema : Je refuse cette opposition.

— Le Sidobre Enchaîné : C’est bien dommage.

Parce que nous, nous avons déjà le titre.

« À Castres, tout est une question de priorité : les enfants attendront. Laurent Wolf, lui, avait rendez-vous à 23 heures. »

Et rassurez-vous, Monsieur le maire : personne ne demande aux Castrais de culpabiliser d’avoir dansé.

Ils ont bien raison.

La seule question est de savoir pourquoi, quand la musique s’arrête, l’école prend toujours l’eau.

—–
Article satirique. Evidemment.

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