CASTRES – L’homme qui n’aimait pas les femmes qui souffrent

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Addendum – Le Sidobre Enchaîné

Il y a parfois des commentaires qui arrivent au bon moment.

Celui-ci est signé Nathalie Rayssigué.

Et il ajoute une pièce au dossier.

Nathalie Rayssigué, élue municipale d’opposition de gauche à Castres, explique travailler « pour une partie à SOLIDAC et pour l’autre à la Maison des femmes Santé Tarn, qui prend en charge les femmes victimes de violences ».

Elle conclut : « ça fait vraiment un combo. La vie n’est pas une suite de hasards. »

Bon.

Respirons.

Nous n’allons évidemment pas transformer un concours de circonstances en preuve de quoi que ce soit.

Mais enfin… Deux associations dont les subventions municipales sont aujourd’hui au cœur de la polémique.

Deux structures qui interviennent auprès de publics particulièrement vulnérables.

Deux structures dans lesquelles sont engagées professionnellement des femmes.

Et, parmi elles, deux femmes qui ne sont pas exactement inconnues du paysage politique castrais.

D’un côté, Ariane Rosenau, engagée au Planning familial et ancienne tête de liste de l’Union populaire pour Castres.

De l’autre, Nathalie Rayssigué, conseillère municipale d’opposition et salariée de SOLIDAC.

Voilà.

C’est un fait.

Le reste est une question.

—

Coïncidence numéro 1

Le Planning familial perd 700 euros sur le financement du ProDAS.

La Ville explique ses arbitrages par le contexte budgétaire et notamment par la baisse des crédits de l’État.

Très bien.

Mais une question demeure : pourquoi cette action-là ? Dont le coût est dérisoire, pour la Ville de Castres…

Pourquoi cette association-là ?

Pourquoi ce programme de prévention-là ?

Et surtout : comment la Ville s’assure-t-elle que ses arbitrages sont totalement indépendants des engagements politiques des personnes qui travaillent ou militent dans les structures concernées ?

Question parfaitement légitime.

Pas accusation.

Pas procès d’intention.

Question.

—

Coïncidence numéro 2

SOLIDAC perd, lui, la totalité de sa subvention municipale.

25 000 euros.

Et voilà qu’une élue d’opposition nous apprend qu’elle y travaille.

Elle travaille également à la Maison des femmes Santé Tarn, structure consacrée à l’accompagnement des femmes victimes de violences.

Et soudain, le tableau devient…

Comment dire ?

Singulier.

Parce que ce ne sont pas deux associations qui organisent simplement des activités de loisirs.

On parle de précarité.

D’insertion.

De violences.

De femmes qui cherchent à se mettre à l’abri.

De femmes qui ont parfois besoin d’une porte ouverte lorsqu’elles n’ont plus aucune autre porte vers laquelle se tourner.

—

Alors deux hypothèses.

La première est parfaitement banale.

Le hasard.

Les crédits baissent.

La municipalité réexamine ses priorités.

Les subventions sont arbitrées.

Et c’est pas de chance, ce sont principalement des associations d’aide aux femmes qui sont visées par les baisses de subvention.

Alors oui, Ariane Rosenau travaille au Planning familial.

Nathalie Rayssigué travaille à SOLIDAC.

Mais tout cela n’a absolument aucun rapport.

Très bien.

C’est possible.

La deuxième hypothèse est plus désagréable.

Et nous ne la présentons pas comme un fait. Forcément…

Mais, supposons un instant… Et si les engagements politiques des personnes travaillant dans certaines associations avaient quelque chose à voir avec la manière dont ces associations sont regardées par la majorité municipale RN castraise ?

Voilà.

La question est posée.

Il ne tient qu’à la municipalité d’y répondre.

—

Parce qu’il existe une façon très simple de dissiper le soupçon.

La transparence.

Quels critères ?

Quelles évaluations ?

Quelles associations ont vu leurs subventions augmenter ?

Lesquelles ont baissé ?

Lesquelles ont été supprimées ?

Pourquoi ?

Selon quelles règles ?

Et ces règles sont-elles identiques pour tout le monde ?

Rien de plus simple.

Parce qu’il serait tout de même regrettable d’en arriver à une situation où une association devrait commencer par vérifier :

« Est-ce qu’un de nos salariés ou bénévoles a eu la mauvaise idée de faire de la politique ? »

Et encore plus regrettable si la question devenait :

« Est-ce qu’il vaut mieux éviter de critiquer la mairie lorsqu’on dépend d’elle financièrement ? »

Ce serait une très mauvaise nouvelle pour la vie associative.

Et une encore plus mauvaise nouvelle pour la démocratie locale.

—

Quant à notre titre…

L’homme qui n’aimait pas les femmes.

Nous ne prétendons évidemment pas qu’il s’agit du portrait du maire.

Nous cherchons simplement le titre du polar. Un truc scandinave. Ah oui, un machin de la série Millenium…

Parce qu’il faudrait quand même une sacrée intrigue pour expliquer cette étrange série de coïncidences : des subventions sociales qui disparaissent, des associations travaillant auprès de femmes vulnérables qui se retrouvent fragilisées, des femmes engagées politiquement qui y travaillent, et, pendant ce temps, la danse tahitienne, elle, danse toujours, plus subventionnée que le Planning familial lui-même.

Eh.

Les priorités quoi.

Alors non.

Nous ne disons pas que le RN castrais n’aime pas les femmes.

Ni les femmes qui souffrent.

Ni les femmes engagées dans des associations.

Ni les femmes engagées dans un collectif politique ou un autre.

Ce serait grotesque. N’est-ce pas ?

Puisque le RN castrais aime les femmes qui dansent la danse tahitienne, a minima.

On a pu entendre, dans certains milieux, que peut-être, simplement, le RN castrais n’aime pas les femmes qui se font cogner.

Ni celles qui vont se plaindre à des structures associatives APRES s’être faites cogner.

Ou qui ont besoin de voir discrètement la Planning familial après une agression sexuelle, pour s’informer sur les risques, ce genre de choses.

Ou, peut-être que simplement, le RN castrais ne les aime pas assez. Ou aime davantage, en fin de compte, les femmes qui dansent sans se plaindre. Puisqu’il a bien fallu arbitrer, quand même.

Nous, on est sûr que c’est faux, tous ces bruits et toutes ces rumeurs, que c’est que de la malveillance, parce que même au RN castrais, il y a des gens bien… On le rappelle pas assez.

On s’y perd, à la fin, et puis, mais, il y a quand même des arbitrages à faire, quand on veut maintenir un abandon de pénalités de retard à hauteur de 23 000 euros en faveur d’EIFFAGE, qui avait empoché un chantier à plus d’un million d’euros. Dans la même soirée de conseil municipal.

Nous, au Sidobre Enchaîné, on est tolérant. Compréhensif, même. On comprend les priorités. Même si elles interrogent d’autres personnes, qui n’ont pas notre légendaire ouverture d’esprit.

Mais, du coup, peut-être que pour éviter, à l’avenir, la propagation de ces rumeurs odieuses, quelque chose de simple pourrait être mis en place : que le maire de Castres nous explique ses choix.

Et qu’il nous explique surtout pourquoi nous devrions être absolument certains que les femmes qui travaillent dans ces associations, leurs engagements et leurs opinions politiques n’ont strictement rien à voir avec les décisions prises à leur encontre.

Après tout, dans de telles circonstances, c’est encore à la puissance publique de rendre ses décisions suffisamment transparentes pour que le soupçon n’ait aucune raison de naître.

Et ça, pour le coup,… ça ne coûte pas 700 euros.

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