200 CARAVANES A CASTRES ? – et si, pour une fois, on essayait de résoudre le problème ?

809209847 122118383631321410 7020409222099037847 n

Olivier Fabre propose la Vivarié et offre au RN castrais un magnifique problème de communication.

Il y a des moments rares dans la vie politique locale.

Des instants de grâce.

Des secondes suspendues où un élu, après des années passées à regarder un problème depuis son bureau, finit par découvrir qu’il existe peut-être une solution.

Ce moment est arrivé début septembre.

À l’Agglomération Castres-Mazamet, Olivier Fabre et ses vice-présidents ont eu une révélation.

Le Schéma départemental prévoit une aire de grand passage dans le sud du Tarn.

Il n’y en a pas.

Les grands passages arrivent quand même.

Ils cherchent un terrain.

Ils finissent parfois sur un terrain de sport.

La municipalité intervient.

On coupe l’eau.

On coupe l’électricité.

On appelle la police.

On saisit le tribunal.

On explique que l’État abandonne les maires.

Les terrains sont défoncés.

Les tournois sont annulés.

Les agents municipaux passent ensuite plusieurs semaines à réparer.

Et puis, quelques mois plus tard, l’Agglomération regarde le problème avec un air grave.

« Tiens. Et si on faisait l’aire prévue par le Schéma ? »

Formidable.

Il aura donc fallu une centaine de caravanes, un tournoi de rugby pour enfants annulé, des branchements sauvages, des procédures judiciaires, des communiqués, des vidéos Facebook et une belle séquence nationale sur les plateaux de télévision pour que l’idée atteigne enfin les bureaux communautaires.

La démocratie locale fonctionne parfois comme une ampoule à économie d’énergie.

Elle met longtemps à s’allumer.

—

Entretien avec Olivier Fabre

— Le Sidobre Enchaîné : Monsieur le président, vous proposez désormais une aire de grand passage dans le sud du Tarn.

— Olivier Fabre : Oui.

— Le Sidobre Enchaîné : C’est nouveau ?

— Olivier Fabre : Disons que c’est devenu prioritaire.

— Le Sidobre Enchaîné : Parce que le problème existe depuis longtemps.

— Olivier Fabre : Oui.

— Le Sidobre Enchaîné : Et vous étiez maire de Mazamet pendant tout ce temps.

— Olivier Fabre : Absolument.

— Le Sidobre Enchaîné : Et vice-président de l’Agglomération.

— Olivier Fabre : Également.

— Le Sidobre Enchaîné : Donc vous connaissiez le problème.

— Olivier Fabre : Je connaissais le problème.

— Le Sidobre Enchaîné : Mais vous venez seulement de découvrir la solution ?

— Olivier Fabre : Nous sommes une collectivité tournée vers l’avenir.

— Le Sidobre Enchaîné : L’avenir, c’est donc une aire que la réglementation prévoyait déjà ?

— Olivier Fabre : Voilà.

— Le Sidobre Enchaîné : Magnifique.

— Olivier Fabre : Et puis, avec Bugis, on pouvait rien dire ni rien faire. Maintenant que je suis président de l’Agglomération, je vais la faire, cette aire de grand passage… mais à Castres ! *clin d’œil malicieux*

—

La Vivarié : parce qu’entre gens du voyage, on peut bien se partager un peu de terrain

Et puis il y a la proposition.

La Vivarié.

L’endroit où vivent déjà des familles semi-sédentaires.

On pourrait donc, selon l’idée avancée par Olivier Fabre, y réfléchir pour accueillir également les grands passages.

Le Sidobre Enchaîné, toujours soucieux de ne jamais laisser une bonne idée se perdre par excès de mauvaise foi, dit :

Chiche.

Mais alors faisons-le vraiment.

Pas un parking en plein soleil avec deux robinets et un compteur électrique miraculeusement protégé par une chaîne.

Une vraie aire.

De l’ombre.

De l’eau.

De l’électricité.

Des compteurs individuels permettant de facturer les consommations.

Des sanitaires collectifs.

Des douches.

Des dispositifs de collecte des déchets.

Des accès sécurisés.

Un sol adapté.

Un système de réservation.

Des règles claires.

Des responsabilités identifiées.

Et surtout, une chose extraordinairement révolutionnaire : faire payer les utilisateurs pour les consommations qu’ils utilisent.

Comme tout le monde.

Ainsi, lorsqu’un grand groupe arrive, il n’a plus besoin de chercher une prise électrique derrière un équipement sportif.

Il n’a plus besoin de chercher un branchement d’eau.

Il n’a plus besoin de demander à un maire de venir couper quelque chose devant les caméras.

Et le maire n’a plus besoin de faire une vidéo expliquant que la République est en train de s’effondrer parce qu’une caravane a découvert un compteur.

Ça s’appelle gérer.

—

Et c’est là que Florian Azéma entre en scène

Parce que cette proposition contient un petit problème politique.

Un délicieux petit problème.

Si l’Agglomération crée une aire de grand passage conforme aux règles… les installations sauvages deviennent plus faciles à combattre.

Juridiquement.

Concrètement.

Et politiquement.

Le maire peut alors dire : « Vous devez aller sur l’aire prévue à cet effet. »

Et, surtout, l’État peut beaucoup plus facilement intervenir lorsque les conditions légales sont réunies.

Autrement dit, moins de chaos, moins d’improvisation, moins de bras de fer et moins de matière pour les vidéos de fermeté.

C’est dommage.

Parce qu’il faut bien reconnaître que le grand passage constitue un excellent marronnier politique.

Chaque année, on peut ressortir :

« Ils arrivent ! »

« Nos terrains sont menacés ! »

« L’État nous abandonne ! »

« Nos enfants ne peuvent plus jouer au rugby ! »

« Regardez les dégâts ! »

Puis recommencer l’année suivante.

C’est pratique.

C’est identifiable.

C’est émotionnel.

Et surtout, ça évite de poser la question beaucoup moins spectaculaire :

« Pourquoi notre territoire n’a-t-il toujours pas fait ce que le schéma départemental lui demande de faire ? »

—

Le piège d’Olive

Et voilà Florian Azema coincé dans une situation délicieuse.

S’il accepte la construction de l’aire de grand passage, il règle une partie du problème.

Mais il règle également un problème dont il prévoyait de tirer une rente politique considérable.

Le RN castrais pourrait alors découvrir une expérience philosophique fascinante : que se passe-t-il lorsqu’un problème qui permettait de dénoncer l’inaction de l’État devient un problème que les collectivités décident enfin de gérer elles-mêmes ?

Florian Azéma devra peut-être choisir.

D’un côté, continuer à expliquer que l’État abandonne les maires et que les collectivités sont condamnées à subir les grands passages.

De l’autre, accepter qu’une aire légale soit créée sur le territoire de l’Agglomération, qui plus est de SA commune, avec de vraies infrastructures, des règles, des paiements et un cadre permettant justement de mieux faire respecter les interdictions d’installation ailleurs.

Ce serait terrible.

Parce qu’une telle solution fonctionnerait.

Et quand une solution fonctionne, il devient beaucoup plus difficile de faire campagne sur le problème.

Alors, Olive, franchement… le Sidobre Enchaîné a bien réfléchi.

Et nous avons une proposition.

Faisons cette aire.

Mais faisons-la correctement.

Et puisque la République aime tant les procédures, allons jusqu’au bout de la logique.

Que l’on publie les coûts.

Que l’on publie les recettes.

Que l’on facture l’eau.

Que l’on facture l’électricité.

Que l’on entretienne correctement le terrain.

Que les périodes d’accueil soient planifiées.

Que les maires disposent enfin des outils juridiques permettant de lutter contre les occupations sauvages.

Et que l’on évalue, chaque année, ce que coûte réellement l’absence d’équipement par rapport à ce que coûte son fonctionnement.

Parce que c’est là que le grand débat devrait se situer.

Pas dans : « Est-ce qu’on aime les gens du voyage ? »

Ni dans : « Est-ce qu’on veut en avoir davantage chez nous ? »

Mais dans une question beaucoup plus prosaïque : « Quelle politique permet le mieux de faire respecter la loi tout en évitant que chaque grand passage ne se transforme en crise municipale ? »

Et, accessoirement : « Combien coûte quinze jours de bras de fer quand une aire adaptée permettrait quinze jours d’accueil organisé et facturé ? »

—

Alors oui, Olive.

On va te le dire franchement.

Sur ce coup-là : chiche.

Tu veux mettre l’Agglomération en conformité ?

Fais-le.

Tu veux sécuriser les maires ?

Fais-le.

Tu veux éviter les installations sauvages ?

Fais-le.

Tu veux une aire à la Vivarié ?

Très bien.

Mais fais-en une vraie.

Pas une aire de misère destinée à cacher le problème derrière une haie.

Et puis, tant qu’à faire, fais quelque chose d’assez correcte pour que les familles aient envie d’y venir… et suffisamment réglementé pour que tout le monde sache exactement ce qu’il doit payer et ce qu’il doit respecter.

Tu verras.

C’est étrange.

Ça pourrait même marcher.

Et alors, peut-être qu’un jour, dans le Sud du Tarn, une centaine de caravanes arrivera à l’endroit prévu.

Les enfants joueront.

Les compteurs tourneront.

Les factures seront payées.

Les terrains de rugby resteront disponibles.

La police n’aura rien à couper.

Et les maires n’auront plus qu’à gérer.

Quelle horreur.

Une politique publique qui fonctionne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut