LYCEES CASTRAIS – Quand le problème devient l’incendie

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À Castres, il aura fallu quelques flammes pour que les problèmes du lycée changent de catégorie.

Jeudi matin, devant la Borde-Basse, plusieurs centaines de lycéens se rassemblent.

Ils parlent de professeurs manquants.

De classes surchargées.

De conditions d’apprentissage.

De locaux qui ne sont pas toujours à la hauteur de ce qu’on demande aux élèves et aux enseignants.

Bref : ils parlent d’école.

Puis quelque chose brûle.

Et, avec les flammes, le sujet change.

On parlait de professeurs absents.

On parle désormais de poubelles brûlées.

On parlait de classes surchargées.

On parle désormais d’interpellations.

On parlait de bâtiments et de conditions d’accueil.

On regarde désormais les flammes.

Et lorsqu’un élève se retrouve lui-même blessé après que ses vêtements ont pris feu, le fait divers devient naturellement l’essentiel de l’histoire.

Il l’est.

La blessure d’un jeune n’est pas une métaphore. Les responsabilités devront être établies. Les circonstances devront être éclaircies. Et personne ne devrait avoir à terminer une mobilisation lycéenne avec ses vêtements en feu.

Mais une autre question demeure.

Combien de temps faut-il pour qu’un problème d’éducation devienne un problème d’ordre public ?

Parfois, quelques minutes.

Le temps qu’une manifestation passe du registre des revendications à celui des incidents.

Le temps que les revendications disparaissent derrière les images.

Le temps que le débat sur l’école soit remplacé par le débat sur le maintien de l’ordre.

C’est une mécanique remarquablement efficace.

On ne demande plus : pourquoi ces lycéens étaient-ils devant leur établissement ?

On demande : qui a mis le feu ?

On ne parle plus des conditions dans lesquelles ils étudient.

On parle de sécurité.

On ne cherche plus à savoir ce qu’ils réclamaient.

On cherche à savoir combien d’interpellations ont eu lieu.

Et, progressivement, le lycée disparaît de l’histoire.

Il reste les flammes.

Le problème, c’est qu’un lycée ne devient pas moins vétuste parce qu’une poubelle brûle.

Un professeur ne réapparaît pas parce qu’une manifestation dégénère.

Une classe ne devient pas moins chargée parce qu’une voiture de police arrive.

Et les difficultés d’un établissement ne disparaissent pas lorsque l’actualité trouve une image plus spectaculaire à raconter.

À la Borde-Basse, il faudra donc évidemment établir ce qui s’est passé jeudi.

Mais il faudra aussi, peut-être, penser à regarder ce qu’il y avait avant les flammes.

Parce qu’un lycée, normalement, ça sert surtout à apprendre.

Et idéalement, pas à apprendre par le feu.

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