RÉMI VA MARCHER POUR LE CLIMAT

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Samedi 27 septembre, 10 heures. Place Soult, Castres.

Personne ne l’avait vraiment vu venir.

Rémi était là.

Avec son chien.

Et son sac à dos.

Pas de pancarte.

Pas de slogan.

Pas même un autocollant.

Il observait simplement la foule.

Les militants climatiques.

Les familles.

Les jeunes.

Les retraités.

Les gens qui avaient ressorti leurs vieilles chaussures de randonnée pour l’occasion.

Rémi était venu par curiosité.

Il voulait voir à quoi ressemblent les gens qui viennent de comprendre que quelque chose ne va pas.

— Vous êtes là pour le climat ?

Rémi regarda le militant qui venait de lui parler.

— Non.

Silence.

— Ah…

— Je suis là pour vous observer.

— Nous observer ?

— Oui.

Il caressa machinalement la tête de son chien.

— Vous avez eu un sursaut. C’est intéressant.

— Mais justement ! On se mobilise pour empêcher le pire.

Rémi esquissa un sourire.

Un sourire de quelqu’un qui venait d’entendre un enfant annoncer fièrement qu’il allait empêcher l’hiver en fermant la fenêtre.

— Vous pensez vraiment qu’on peut encore empêcher le pire ?

— Oui. Enfin… on peut encore agir.

Rémi regarda autour de lui.

Les banderoles.

Les slogans.

Les pancartes.

Puis les voitures qui passaient derrière les manifestants.

— Vous voyez ce que j’aime chez vous ?

— Quoi ?

— Votre confiance.

Le militant fronça les sourcils.

— Ce n’est pas de la confiance. C’est de la détermination.

— C’est pareil, quand on ne regarde pas les chiffres.

Le chien tira légèrement sur la laisse.

Rémi continua :

— Moi, je ne cherche plus à sauver la civilisation.

— Parce que vous êtes fataliste ?

— Non.

Il marqua une pause.

— Je suis prévoyant.

Le militant souffla.

— Mais si tout le monde raisonnait comme vous, on abandonnerait.

— Exactement.

— Donc vous reconnaissez que votre raisonnement conduit au renoncement ?

— Non.

Rémi désigna la foule.

— Le renoncement, c’est de croire que votre civilisation va éternellement continuer comme avant.

Il se pencha légèrement vers le militant.

— Moi, je prépare simplement la suite.

— Mais quelle suite ?

Rémi regarda son chien.

Puis le militant.

— Celle où vous viendrez me demander si j’ai encore de l’eau.

Silence.

Le militant eut un petit rire nerveux.

— Vous êtes sérieux ?

— Toujours.

Il reprit sa marche.

Quelques mètres plus loin, il s’arrêta.

— Vous savez quoi ?

— Quoi ?

— Continuez.

Le militant sourit.

— Vous voyez ! Vous commencez à comprendre !

Rémi secoua la tête.

— Non.

Il regarda la foule une dernière fois.

— Je veux juste voir combien de temps vous allez continuer à croire que vous avez encore le choix.

Puis il s’éloigna tranquillement.

Son chien derrière lui.

Et pendant que les marcheurs criaient :

« IL EST ENCORE TEMPS D’AGIR ! »

Rémi marmonna :

— Oui.

Petit silence.

— Pour faire les réserves.

Et il rentra chez lui.

Rémi était à la marche climatique de Castres.

Pas pour sauver le monde.

Pour étudier ceux qui essaient encore.

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