CASTRES – LE GRAND RETOUR DU MAIRE FANTÔME

825286474 122119849683321410 3201199532498070217 n

Pascal Bugis sort du silence.

Et franchement, on comprend pourquoi il y était.

Vingt-cinq ans maire de Castres, six mois de retraite politique et le voilà qui revient régler quelques comptes. La CRC ? Politique. Les finances ? Il faut regarder l’Agglo. La dette ? Béziers fait pire. La régie événementielle ? Une « grosse arnaque ». Pierre Lapelerie ? Efficace. La succession ? « Peut-être une erreur », mais « aucun regret ».

Bref : le bilan est excellent, sauf quand il ne faut pas regarder les chiffres.

—

LA DETTE ? CHANGEONS DE TABLEUR.

La Chambre régionale des comptes, elle, ne parle pas de nostalgie.

Elle a contrôlé la commune de Castres sur 2019-2024.

Son diagnostic est précis : charges de gestion +12,9 %, produits +9 %, 80,4 millions d’euros d’investissements, 46 millions de nouveaux emprunts, fonds de roulement négatif sur toute la période, 88 millions d’euros de dette consolidée et 10,7 années de capacité de désendettement en 2024.

Bugis répond : « Regardez le couple Ville-Agglo. »

Très bien.

Mais la CRC contrôlait la commune.

C’est un peu comme demander au médecin qui vient de diagnostiquer votre genou pourquoi il n’a pas examiné votre voisin.

Et lorsque l’ancien maire explique qu’il n’a « pas augmenté la dette », il faut naturellement remonter assez loin.

Très loin.

En 2001, par exemple.

C’est pratique, 2001.

C’était avant le Covid, avant la plupart des travaux récents et même avant que certains Castrais aient acheté leur premier smartphone.

La CRC, elle, avait choisi 2019-2024.

Chacun sa machine à remonter le temps.

—

« LA CRC EST DEVENUE UN ORGANE POLITIQUE »

Magnifique formule.

Mais une question nous taraude.

Quel chiffre est faux ?

Les 46 millions d’emprunts ?

Les 88 millions de dette consolidée ?

Les 10,7 années de désendettement ?

Le fonds de roulement négatif ?

Parce que dire que la Chambre est « politique » ne modifie pas miraculeusement les colonnes Excel.

On attend donc avec impatience le prochain entretien :

« Pascal Bugis répond aux 10,7 années de capacité de désendettement avec trois anecdotes sur Béziers et le souvenir ému du musée Goya. »

—

CASTRES-ÉVÉNEMENTS : LE COÛT QUI NE COÛTAIT PAS

L’ancien maire explique que la régie événementielle ne coûtait pas davantage puisqu’elle regroupait des coûts auparavant dispersés dans les services municipaux.

C’est un argument qui mérite d’être entendu.

Mais il pose immédiatement une question : combien coûtait chaque événement avant, combien après, et quelles recettes produisait-il ?

Parce que « on ne voyait pas la dépense avant » et « la dépense n’a pas augmenté » sont deux phrases différentes.

Et puis arrive cette magnifique précision : « Si vous souhaitez que cela coûte moins cher, vous pouvez faire moins de gratuité. »

Merci.

Nous voilà donc rassurés.

La régie n’était pas un problème.

C’était le contribuable qui avait simplement pris l’habitude de ne pas se faire présenter la facture à l’entrée.

Ah tiens, cela nous rappelle les procédés du maire actuel…

—

L’EAU : « IL ÉTAIT EFFICACE »

Autre morceau de bravoure.

On interroge Bugis sur Pierre Lapelerie et la gestion de la SPL.

Réponse : il était « extrêmement efficace », il « a fait le boulot », il a aidé à remunicipaliser l’eau.

[On vous invite à relire les conséquences et les conditions de la remunicipalisation de l’eau de Castres, une publication dans nos colonnes…]

Mais très bien.

Cela dit, personne ne demandait si M. Lapelerie savait travailler.

La question porte sur la gouvernance, les fonctions exercées, les rémunérations et la régularité du dispositif.

Ce n’est pas tout à fait la même question.

Un excellent conducteur peut parfaitement avoir une voiture mal garée.

Et dire qu’elle roule très bien ne constitue pas une réponse au procès-verbal de stationnement.

—

ET PUIS IL Y A LE « SYSTÈME BUGIS »

« Une espèce de légende », nous dit l’ancien maire.

Après vingt-cinq ans.

Alors là, nous sommes presque déçus.

Parce qu’il reconnaît lui-même que lorsqu’il était là, il constituait « une sorte de ciment ».

Puis il explique que le jour où il est parti, « chacun faisait ce qu’il voulait ».

Et quand on lui demande s’il aurait dû préparer davantage sa succession :

« Peut-être cela a été une erreur. »

Puis :

« Je n’ai pas de regret. »

Nous avons donc une excellente nouvelle pour les historiens locaux : le système n’existait pas, mais il était indispensable à la cohésion de ceux qui le composaient.

Et dès qu’il disparaît, tout le monde fait ce qu’il veut.

Mais attention : ce n’était pas un système.

C’était une coïncidence de vingt-cinq ans.

—

LE STRAPONTIN

Enfin, Pascal Bugis nous annonce que Castres risque d’être « strapontinisée » parce que le maire n’est plus président de l’Agglo.

On comprend l’idée.

Mais il y a un petit détail administratif : le président de l’Agglo est élu par les conseillers communautaires.

Il faut donc convaincre les autres communes.

Ce n’est pas exactement un droit de naissance attaché au fauteuil du maire de Castres.

Et si 70 % des recettes de l’Agglo viennent de Castres, comme le rappelle Bugis, cela rend peut-être encore plus intéressante la question suivante : comment se fait-il que les autres élus n’aient pas choisi le maire de Castres ?

L’ancien maire parle d’isolement.

Nous, au Sidobre Enchaîné, nous nous demandons surtout si ce n’est pas plutôt la fin d’une époque où Castres était habituée à considérer l’Agglo comme une extension de son hôtel de ville.

Mais rassurons-nous.

Le maire fantôme veille.

Il n’a plus les clés.

Mais il a encore le trousseau.

Et son successeur, jeune édile RN, le prétend responsable de la plupart des maux actuels de Castres, certes à raison, tout en tentant de reprendre les mêmes méthodes, les mêmes recettes, avec quelques condiments identitaires et de guerre culturelle RN.

Cela valait le coup de rajouter une pièce dans le jukebox, à ce stade.

Le Sidobre Enchaîné

—–

Ni Dieu, ni maître. Et surtout pas de tableau Excel sans note de bas de page.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut