CARCASSONNE – QUAND PERSONNE N’ENREGISTRE

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« Je le dis parce qu’on est en famille et que personne n’enregistre. »

Ah.

Mais quelqu’un enregistrait. En fait.

Et quelqu’un a même eu l’excellente idée de transmettre la vidéo au Canard enchaîné.

Notre illustre confrère et inspiration de toujours n’a donc pas seulement des plumes : il a aussi de très bons informateurs.

Et voilà que l’on découvre, dans une cathédrale, devant des militaires en uniforme du 3e RPIMa, un aumônier qui explique qu’il faut continuer à « combattre », avoir « le courage de ses convictions », avant d’envoyer affectueusement les « gauchistes » respirer par le nez.

Le tout ponctué de rires et d’applaudissements.

Puis arrive cette histoire de France qui risque de devenir un peu moins confortable : si nous perdons notre courage, notre fougue, notre foi, « d’autres prendront notre place », « prendront la place de nos valeurs ».

Le Canard y voit une référence au Grand Remplacement. D’autres médias parlent plus prudemment de propos qui peuvent faire penser à cette théorie.

Et si nous disions les mots ?

Si même dans une cathédrale, devant un régiment, on ne peut plus faire allusion au grand remplacement de la population et des valeurs, à la « loi du plus fort » et aux « gauchistes » sans que quelqu’un ose sortir son téléphone, où va-t-on ?

Certainement pas vers une France où personne n’enregistre.

—

Et puis, parce que Carcassonne semble décidément vouloir nous proposer une série en plusieurs épisodes, souvenons-nous de ce qui vient de sortir quelques jours plus tôt.

Un brigadier-chef de la police municipale carcassonnaise, ancien parachutiste du 3e RPIMa, a été enregistré à son insu pendant une patrouille.

Encore, oui. Les gens, à Carcassonne, se font enregistrer. Cela va devenir un patrimoine culturel au même titre que la célèbre cité médiévale. Et pas de chance, toujours au mauvais moment…

Sur la vidéo du bigadier-chef de la police municipale, on y entend notamment parler de « gauchiasses », d’immigration, de complotisme et même d’un « p’tit coup d’État militaire » et d’une « petite dictature ».

Le même homme évoque favorablement l’hypothèse de voir arriver les Russes en France. Il évoque même l’hypothèse d’une occupation russe pendant laquelle, selon ses propres propos, des massacres seraient commis pour “purifier” le pays, pendant quelques mois d’occupation russe, tout en buvant de la vodka et en mangeant du caviar.

Cette personne avait par ailleurs participé au service d’ordre du RN lors de la venue de Jordan Bardella.

Et maintenant, quelques jours plus tard, un aumônier militaire du même régiment explique aux militaires qu’il faut « continuer à combattre », désigne les « gauchistes » comme adversaires et développe devant eux une inquiétude sur ceux qui pourraient « prendre notre place ».

Et l’assemblée de réagir par des rires et des applaudissements.

Chacun appréciera ce qu’il faut en déduire.

—

Souriez, vous êtes filmés

Alors évidemment, nous allons faire ce que tout bon citoyen raisonnable doit faire : ne surtout pas tirer de conclusion générale.

Le 3e RPIMa n’est pas devenu, à notre connaissance, une cellule clandestine préparant le retour de l’OAS avec abonnement Netflix à Moscou.

Et les milliers de militaires français ne sont évidemment pas responsables des propos tenus par un aumônier ou par un ancien membre du régiment.

Mais deux affaires rapprochées, dans la même ville, avec le même régiment dans le décor, cela mérite peut-être mieux qu’un haussement d’épaules.

Parce que la question n’est pas : « Tous les militaires pensent-ils cela ? »

Évidemment que non.

La vraie question est : qu’est-ce qu’on accepte de laisser entrer dans la culture politique de ceux qui portent les armes de la République ?

Et là, soudain, ça devient moins drôle.

Car un militaire peut avoir une religion.

Il peut avoir des opinions.

Il peut voter.

Il peut même détester les gauchistes – quelle époque formidable.

Mais l’institution militaire, elle, n’est pas censée devenir le petit club privé où l’on apprend à distinguer les bons Français des autres.

Le Code de la défense pose justement une limite : dans les lieux relevant de l’autorité militaire, les actions de propagande politique, philosophique, religieuse ou syndicale sont interdites. Et le ministère des Armées vient précisément de rappeler que les obligations de réserve et de neutralité politique s’imposent également aux aumôniers militaires.

Le sanctuaire de la République, ce n’est pas seulement une jolie expression.

C’est l’endroit où l’on demande à ceux qui sont armés en notre nom de rester au service de la République, pas d’une croisade culturelle personnelle.

Alors oui, quelqu’un enregistrait.

Heureusement.

Parce qu’à entendre certains discours, le plus inquiétant n’est finalement pas qu’une caméra ait fonctionné.

C’est qu’elle ait eu quelque chose à révéler.

Et puisque Carcassonne a décidé de nous servir deux épisodes à quelques jours d’intervalle, nous attendons évidemment le troisième.

Avec impatience.

Mais, si possible, pas en direct depuis la salle d’armes.

—

Et Castres, dans tout cela ?

Après le 3e RPIMa, les regards se tournent vers la ville sœur, qui vient elle aussi de porter aux manettes de la ville un autre maire RN.

Mais non. Ici, les choses vont bien.

Ou alors… personne n’enregistre.

Qui peut le dire ?

Dormez bien, castraises castrais.

—

La vidéo du déshonneur

A ce jour, on ne sait pas trop bien comment le vivent les militaires de Carcassonne, de Castres ou d’ailleurs.

Nous, on a mal à notre armée.

Parce qu’on sait que l’armée française, qui a contribué à libérer le pays il fut un temps, avec plein d’autres copains de pas mal d’autres pays, vaut bien mieux que ce que montre cette vidéo. Enfin, cette nouvelle vidéo.

Mais on aimerait aussi avancer une hypothèse : Et si ces deux affaires, sans permettre évidemment de tirer une conclusion générale sur nos armées, devaient tout de même nous conduire à nous interroger sur l’existence d’un entrisme identitaire, complotiste et politisé dans certaines fractions de nos services régaliens armés ?

A quel moment cela constituerait un danger pour la République ?

Curieusement, quand l’ennemi intérieur porte une soutane, un treillis ou un uniforme, le problème semble parfois beaucoup plus difficile à voir.

Mais il recèle peut-être un danger intérieur. Qui se développe parmi ceux qui sont censés nous défendre, qui y sont entraînés, et qui sont dotés des équipements parmi les meilleurs de cet hémisphère.

Qui sont censés nous protéger contre les ennemis de l’extérieur, fussent-ils russes. Ou intérieurs. Voire, très très intérieurs.

A la fin, on a envie de dire : honneur à celui qui a filmé le déshonneur, et qui a lancé l’alerte.

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