Intercommunalité – Il était temps.
Pascal Bugis parti, l’Agglomération Castres-Mazamet découvre qu’elle peut donc encore fonctionner. Et mieux : elle peut même changer de gouvernance, auditer Libellus, reparler des gens du voyage, réexaminer les routes comme si quelqu’un venait d’allumer la lumière.
Bref : le printemps post-Bugis est arrivé.
Et Olivier Fabre, qui a longtemps occupé le confortable fauteuil de vice-président de l’ancienne gouvernance, semble avoir décidé de profiter pleinement de cette nouvelle saison.
Avec une élégance toute municipale : ne jamais régler un vieux contentieux tout de suite quand on peut attendre que le principal intéressé ne soit plus là pour répondre.
Bugis n’est plus là ? Auditez donc !
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Premier cadeau : Libellus.
Deux millions et demi de voyageurs par an, 75 agents, 51 conducteurs, un réseau gratuit : voilà un service public qui, manifestement, mérite qu’on lui passe immédiatement les rayons X.
Audit !
On ne sait jamais.
Il y a peut-être quelque chose.
Un vice caché.
Une mauvaise habitude.
Un conducteur qui n’aurait pas correctement fermé une porte en 2018.
Ou, sait-on jamais, la preuve irréfutable que Pascal Bugis avait tort depuis le début.
Soyons juste, auditer un service public n’est évidemment pas une mauvaise idée. Si l’audit permet d’améliorer les horaires, les correspondances, les conditions de travail et les dessertes, le Sidobre Enchaîné applaudit des deux mains.
Mais attention, Olive.
Libellus n’est pas un vieux buffet normand dont on vide les tiroirs pour retrouver les factures de l’ancien propriétaire.
C’est un service public.
Et derrière les 2,5 millions de voyages, il y a des lycéens, des travailleurs, des retraités, des gens qui n’ont pas de voiture et des habitants pour lesquels la gratuité n’est pas un argument électoral mais une nécessité quotidienne.
Alors oui à l’audit.
Mais pas touche à la gratuité.
Et surtout, pas touche au service.
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Deuxième dossier : l’aire que Bugis ne voulait pas
Ah, celui-là est délicieux.
Le Schéma départemental prévoit une aire de grand passage sur l’agglomération ?
Il faut donc s’y mettre.
Très bien.
Et Olivier Fabre suggère déjà un endroit : la Vivarié.
À Castres.
Chez l’ancien rival.
Il y a des hasards qui ont quand même beaucoup d’imagination.
Pendant des années, le sujet pouvait dormir.
Désormais, il faut agir.
On ne dira pas qu’Olivier Fabre règle ses comptes avec l’ancien maire.
Ce serait mesquin.
On dira simplement que les dossiers semblent avoir retrouvé une étonnante capacité de circulation depuis que Pascal Bugis a quitté le bureau.
Et puis, juridiquement, c’est très pratique : une aire de grand passage permettrait de répondre aux obligations du schéma départemental, de limiter les installations sauvages et de sécuriser les maires.
Sur le principe, difficile de s’y opposer.
Mais il y a une petite subtilité.
Une aire de grand passage, ça ne se construit pas avec un communiqué de presse et trois pointes sur une carte.
Il faudra un terrain adapté, des équipements, une gestion, des financements, une concertation et une vraie stratégie d’accueil.
Parce que sinon, le risque est assez simple : on construit une aire quelque part et on découvre ensuite que tout le monde aurait préféré qu’elle soit ailleurs.
Ce qui serait dommage.
Surtout dans une Agglo qui vient précisément de découvrir les vertus de la nouvelle gouvernance.
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Gouverner autrement quand on doit convaincre tout le monde
Et c’est peut-être là que cette rentrée devient réellement intéressante.
Olivier Fabre promet une nouvelle gouvernance.
Les vice-présidents auront de « réelles délégations ».
Ils travailleront directement avec les services.
Le travail sera plus collégial.
Magnifique.
On sent presque le parfum de la Révolution française dans les couloirs de l’hôtel d’Agglo.
Le pouvoir central est mort. Vive les délégations !
Mais il faut reconnaître à Fabre une circonstance atténuante.
Son pouvoir n’a pas exactement la solidité d’un monolithe.
Il a été élu à la tête de l’Agglo dans une configuration où les équilibres ont changé, où les communes périphériques pèsent davantage et où les anciennes certitudes castraises ont pris quelques coups de pioche.
Alors forcément, il faut partager.
Avec les uns.
Avec les autres.
Avec les vice-présidents.
Avec les maires.
Avec les sensibilités différentes.
Avec ceux qui hier encore n’étaient pas nécessairement d’accord.
Bref : il faut faire de la politique.
Et c’est peut-être la véritable nouveauté.
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Castres regarde passer le train
Pendant ce temps, à Castres, la majorité municipale RN peut contempler le spectacle.
Elle qui avait probablement imaginé que conquérir la mairie permettrait de récupérer une partie du pouvoir local se retrouve à regarder l’Agglo fonctionner avec une majorité dont elle ne constitue pas le centre de gravité.
C’est ballot.
Le pouvoir municipal est à Castres.
Le pouvoir communautaire est à l’Agglo.
Et entre les deux, il y a désormais une petite différence de majorité, avec pour arbitre final, notamment un minuscule groupe d’opposition castrais de trois élus.
De gauche.
Une différence qui peut produire quelques effets amusants.
Pendant que la mairie castraise s’applique à reprendre le contrôle de l’espace public, l’Agglo semble, elle, vouloir reprendre le contrôle de ses propres dossiers.
Libellus.
Aire de grand passage.
Gouvernance.
Presque tout y passe.
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Le changement, c’est maintenant.
Ou, plus exactement, le changement, c’est depuis que Bugis n’est plus là.
Olive, surtout, ne nous déçois pas. Enfin, pas trop. La barre est basse.
Si tu peux rendre l’Agglo plus collégiale, plus transparente et plus efficace : fonce.
Si tu peux améliorer Libellus : fonce.
Si tu peux faire respecter les obligations d’accueil des gens du voyage tout en évitant les installations sauvages : fonce.
Le printemps post-Bugis aurait pu être mieux, mais certainement pire aussi.
Mais le vrai progrès serait peut-être de découvrir quelque chose d’encore plus révolutionnaire : une Agglo qui n’appartient à personne.
Même pas à Olive.


