Chronique d’un canard qui ne soupçonne rien.
Il paraît qu’il existe des gens qui voient des réseaux partout.
Des gens soupçonneux.
Des gens qui, lorsqu’une société travaille pour une mairie RN, puis pour une autre mairie RN, commencent à se demander s’il n’existerait pas entre les deux un petit carnet d’adresses.
Nous, au Sidobre Enchaîné, nous sommes beaucoup plus confiants.
Nous croyons aux coïncidences.
Et justement, ces derniers temps, les coïncidences castraises sont particulièrement bien organisées.
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PREMIÈRE COÏNCIDENCE : LE PRODUCTEUR
Pour le concert de rentrée de Castres, la production est confiée à Belinda Productions.
Très bien.
Belinda Productions est une société de spectacle qui travaille avec de nombreuses collectivités.
Très bien aussi.
Parmi ses clients, on trouve notamment Beaucaire.
Et Beaucaire, depuis 2014, c’est quoi ?
Une petite commune tranquille du Gard, connue notamment pour…
Ah oui. Le RN.
La société a notamment travaillé pour la ville sous Julien Sanchez, puis encore sous Nelson Chaudon.
Mais attention : nous ne disons pas que Belinda Productions est une société RN.
Nous ne le savons pas.
Et rien, dans les éléments que nous avons vérifiés, ne permet de l’affirmer.
C’est simplement une entreprise qui fournit des spectacles.
À Beaucaire.
Ville RN.
Puis à Castres.
Ville RN.
Voilà.
Il ne faut vraiment pas chercher plus loin.
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DEUXIÈME COÏNCIDENCE : LE CARNET
Évidemment, il serait parfaitement excessif d’imaginer que des élus puissent se recommander des prestataires.
Ce serait même presque insultant.
Imaginez :
— « Tu connais une bonne boîte de spectacles ? »
— « Oui. »
— « Elle est sérieuse ? »
— « Oui. »
— « Elle a déjà travaillé pour nous ? »
— « Oui. »
— « Parfait. »
C’est probablement exactement ainsi que fonctionne l’administration.
Et après tout, pourquoi réinventer la roue ?
Quand une société donne satisfaction, autant la rappeler.
À Beaucaire.
À Castres.
Et partout ailleurs.
C’est le principe même de la « mutualisation ».
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TROISIÈME COÏNCIDENCE : LE CAR
Mais voici qu’un autre petit phénomène attire notre attention.
À Béziers, Robert Ménard préside le CCAS.
À Castres, Florian Azema est maire.
Et Florian Azema a fait voter par le conseil municipal une motion de soutien à Robert Ménard.
Une motion parfaitement politique.
Parfaitement assumée.
Parfaitement légale.
Puis, peu de temps après, des cars de seniors venus de Béziers arrivent à Castres dans le cadre d’une programmation du CCAS de Béziers.
Direction Castres.
Direction le musée Goya.
Direction notre patrimoine.
Quelle merveilleuse nouvelle !
Et là encore, soyons précis.
Nous n’affirmons pas que la motion a provoqué le voyage.
Nous n’affirmons pas que le voyage a été organisé en contrepartie de la motion.
Nous n’affirmons pas qu’un élu ait décroché son téléphone pour dire :
« Après la motion, envoyez-nous donc quelques retraités. »
Nous n’avons aucune preuve de cela.
Nous avons simplement une motion.
Puis une programmation.
Puis des cars.
Puis Castres.
Et une motion politique de soutien et son destinataire aux deux extrémités du petit trajet.
Mais sûrement rien à voir.
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CAR, PRODUCTEUR, MOTION : LE TRIANGLE DES BERMUDES
Alors reprenons calmement.
À Castres : un maire RN.
À Béziers : un maire dont le CCAS organise des sorties.
Entre les deux, une motion municipale favorable au maire de Béziers.
Puis des seniors biterrois qui découvrent Castres.
Et, pour le spectacle castrais, une société qui travaille régulièrement pour une autre municipalité RN.
Il ne s’agit pas d’un triangle des Bermudes.
C’est beaucoup moins mystérieux.
C’est juste un triangle administratif.
Et tout y est parfaitement traçable.
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LE PUBLIC, LUI, N’A RIEN DEMANDÉ
C’est peut-être le détail le plus savoureux.
Le retraité biterrois qui monte dans son car ne vient pas faire de politique.
Il vient voir Castres.
Le Castrais qui achète son billet ne vient pas participer à un réseau politique.
Il vient écouter de la musique.
Le spectateur du concert ne connaît probablement pas le nom de la société qui produit le spectacle.
Et il s’en fiche.
C’est normal.
Il paie son billet. Enfin, les castrais le paient, eux.
Le spectateur profite.
Il applaudit.
Il rentre chez lui.
La politique, elle, peut éventuellement se trouver ailleurs.
Dans les votes.
Dans les marchés publics.
Dans les réseaux d’élus.
Dans les carnets d’adresses.
Dans les relations entre collectivités.
Et c’est précisément pour cela que ces choses méritent d’être regardées.
Pas parce qu’elles seraient nécessairement illégales.
Mais parce qu’elles peuvent devenir politiquement significatives sans jamais devenir juridiquement répréhensibles.
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LE NOUVEAU MODÈLE : L’ENTRE-SOI SANS ENTENTE
C’est peut-être cela, la trouvaille.
Il n’est nul besoin de réunion secrète.
Pas besoin de mallette.
Pas besoin d’enveloppe.
Pas besoin de poignée de main nocturne dans un parking.
Il suffit de travailler avec les gens que l’on connaît.
Puis de les recommander.
Puis de travailler avec ceux qu’ils connaissent.
Puis de retrouver les mêmes noms.
Puis les mêmes villes.
Puis les mêmes réseaux.
Et tout cela peut parfaitement rester légal.
C’est même l’avantage.
L’entre-soi moderne n’a pas besoin d’être clandestin.
Il lui suffit d’être efficace.
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AVIS AUX ENTREPRISES DU SPECTACLE
Le Sidobre Enchaîné tient d’ailleurs à rassurer les professionnels de la culture.
Nous ne sommes pas en train de demander aux collectivités RN de ne travailler qu’avec des entreprises politiquement adverses.
Ce serait absurde.
Nous demandons simplement que les critères de choix soient clairs.
Transparents.
Diversifiés.
Et que la commande publique ne devienne jamais, même involontairement, un système de recommandation circulaire entre collectivités politiquement compatibles.
Parce que sinon, il arriverait une chose terrible.
On finirait par découvrir que les mêmes prestataires travaillent toujours avec les mêmes élus.
Et alors, imaginez, des journalistes pourraient commencer à regarder les marchés publics.
Quelle horreur.
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ET CASTRES DANS TOUT ÇA ?
Castres vient d’entrer dans cette nouvelle géographie.
Une municipalité RN.
Des coopérations avec d’autres villes dirigées ou associées au RN.
Des prestations culturelles confiées à une entreprise déjà présente dans l’univers municipal de Beaucaire.
Des touristes seniors arrivant de Béziers dans une programmation du CCAS après une séquence politique entre les deux villes.
Encore une fois, aucun de ces faits, pris isolément, n’est choquant.
C’est leur accumulation qui mérite qu’on s’y intéresse.
Parce qu’une démocratie ne doit pas seulement se demander :
« Est-ce légal ? »
Elle doit aussi savoir demander :
« Qui travaille avec qui ? »
« Qui recommande qui ? »
« Qui finance quoi ? »
« Quels réseaux se constituent ? »
« Et surtout : qui reste en dehors ? »
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POUR L’INSTANT, NOUS N’ACCUSONS PERSONNE.
Nous observons.
Nous vérifions.
Nous recoupons.
Nous attendons les documents.
C’est beaucoup moins spectaculaire qu’une accusation.
Mais beaucoup plus intéressant.
Car peut-être découvrirons-nous qu’il n’y a absolument rien.
Des coïncidences.
Des prestataires compétents.
Des maires qui se parlent.
Des CCAS qui organisent des sorties.
Des touristes qui visitent des musées.
Fin de l’histoire.
Ce serait rassurant.
Vraiment.
Mais dans ce cas, une question restera tout de même : pourquoi les ramifications commencent-elles déjà à apparaître dans plusieurs directions ?
Le Sidobre Enchaîné n’a pas encore la réponse.
Mais il a commencé à regarder.
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ET PETIT RAPPEL FINAL
Tout cela est probablement légal.
Et nous sommes très attachés à cette précision.
Alors, chers amis des municipalités RN : continuez.
Travaillez avec les entreprises que vous voulez.
Organisez les sorties que vous voulez.
Faites voter les motions que vous voulez.
Invitez les touristes que vous voulez.
Mais faites-le dans les clous.
Parce que nous avons découvert une chose assez amusante : les clous de la légalité sont parfois très larges.
Mais les marchés publics, les délibérations, les contrats, les agendas et les carnets d’adresses, eux, laissent des traces beaucoup plus fines.
Et le Sidobre Enchaîné adore les traces.
Surtout lorsqu’elles dessinent une carte.
À suivre.


