83 000 euros pour sauver le village : à ce prix-là, même les Rois Mages pourraient s’intéresser à l’Agglo
À LA UNE – Boissezon n’est décidément pas une commune comme les autres.
Après avoir été étranglée par une condamnation judiciaire de plus de 1,6 million d’euros, avoir bénéficié d’une aide exceptionnelle de l’État de plus de 450 000 euros et s’être vu promettre par la Chambre régionale des comptes un avenir fait de redressement budgétaire et de fiscalité douloureuse, la commune vient de recevoir un nouveau bol d’air.
Cette fois, il vient de l’Agglomération Castres-Mazamet.
83 000 euros.
Dont 60 000 euros supplémentaires, pris sur la dotation de solidarité communautaire des autres communes, qui ont accepté de réduire proportionnellement la leur.
Yannick Tonon s’en félicite.
Il aurait tort de ne pas le faire.
Mais au Sidobre Enchaîné, nous avons immédiatement pensé à une question beaucoup moins généreuse.
Et si Boissezon était devenu le petit village le plus convoité du Tarn ?
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BOISSEZON, PETIT VILLAGE, GROS POTENTIEL ÉLECTORAL
Soyons sérieux deux minutes.
Boissezon compte environ 400 habitants.
Une commune minuscule.
Des finances ravagées.
Des investissements réduits au strict minimum.
Une dette judiciaire qui a longtemps semblé capable de survivre à plusieurs générations de maires.
Bref, sur le papier, le genre de village dont un président d’intercommunalité pourrait se dire : « Courage, mais ce n’est pas exactement la priorité stratégique du siècle. »
Et pourtant, voilà que tout le monde se penche dessus.
L’État a déjà sorti 450 000 euros.
L’Agglo vient d’ajouter 83 000 euros.
Et Yannick Tonon découvre les joies extraordinaires d’une commune qui, lorsqu’elle est suffisamment désespérée, devient soudain très intéressante pour ceux qui disposent d’une enveloppe.
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LA SOLIDARITÉ, CETTE MERVEILLEUSE INVENTION
Officiellement, évidemment, tout cela n’a rien à voir avec la politique.
C’est de la solidarité.
De la vraie.
De la belle.
De la blanche.
De la pure.
De la solidarité territoriale, au-delà de toute considération politique, comme l’a expliqué Yannick Tonon.
Nous n’avons aucune raison d’en douter.
Après tout, les élus de l’Agglo ont effectivement accepté de diminuer leur propre dotation pour venir en aide à Boissezon.
C’est précisément ce qui rend l’affaire délicieuse.
Car dans une intercommunalité où les équilibres politiques sont aussi délicats qu’un château de cartes posé sur une table de bistrot, chaque euro distribué est forcément observé avec attention.
Et 60 000 euros, à l’échelle de l’Agglo, ce n’est pas exactement une pièce de dix centimes tombée derrière le canapé.
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LE RN SORT SA CALCULATRICE
À Castres, Florian Azéma et sa majorité RN disposent désormais d’un merveilleux nouvel objet pédagogique : la Boissezon.
Principe d’utilisation :
Étape 1 : prendre une commune en détresse.
Étape 2 : constater qu’elle a besoin d’argent.
Étape 3 : regarder qui lui en donne.
Étape 4 : regarder qui vote avec qui.
Étape 5 : recommencer avec le village suivant.
Nous précisons que cette méthode est une invention satirique du Sidobre Enchaîné et ne constitue en aucun cas une description des pratiques réelles des élus.
Mais avouez que le concept est séduisant.
Florian Azema et son exécutif se livrent à une course aux promesses et aux gestes pour tenter de renverser la fragile majorité d’Olivier Fabre.
Celui-ci pourrait en avoir pris conscience.
Dans ces conditions, le territoire pourrait bientôt devenir le plus solidaire du pays.
Parce qu’à ce stade, chaque voix compte.
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« QU’EST-CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE POUR ACHETER UN VILLAGE ! »
Dans notre fiction politique préférée, Florian Azéma sort donc de la séance du conseil communautaire.
Il consulte son téléphone.
Il regarde les chiffres.
83 000 euros.
Puis 60 000.
Puis Boissezon.
Puis il soupire : « Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour acheter un village ! »
Un collaborateur lui demande :
— « Vous voulez dire quoi, Monsieur le Maire ? »
Azéma regarde au loin.
— « Rien. Je constate simplement que Fabre commence à renchérir. »
Silence.
Puis :
— « Ça va finir par nous coûter cher, cette histoire. »
Évidemment, cette conversation est totalement imaginaire.
Mais elle permet de poser une vraie question.
À partir de combien de solidarité commence-t-on à regarder la politique derrière la solidarité ?
—
OLIVIER FABRE, LE BANQUIER DU VILLAGE GAULOIS
Dans notre petit théâtre satirique, Olivier Fabre, président de l’Agglomération et venu de Mazamet, regarde la scène avec la sérénité d’un homme qui vient de découvrir qu’il peut aider une commune en difficulté et renforcer au passage son rapport de force communautaire.
— « 83 000 euros ? »
— « Oui. »
— « Et ça suffit ? »
— « Probablement pas. »
— « Très bien. »
Il ouvre son carnet.
Boissezon – à revoir pour Noël.
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CAR IL FAUDRA BIEN REVENIR
La commune doit poursuivre son redressement.
La dette n’a pas disparu.
La condamnation judiciaire n’est pas effacée par un vote communautaire.
Et les difficultés budgétaires demeurent.
Autrement dit : Boissezon aura probablement encore besoin d’aide.
Et c’est là que notre fiction devient intéressante.
Imaginons donc Noël.
Les illuminations.
Le vin chaud.
Le conseil communautaire.
Yannick Tonon se lève.
— « Mes chers collègues, Boissezon vous remercie. Mais il reste encore quelques difficultés. »
Silence.
— « Nous aurions peut-être besoin d’un petit coup de pouce. »
Quelqu’un demande :
— « Combien ? »
Tonon baisse les yeux.
— « Rien de très important. »
Un élu regarde son voisin.
— « Combien ? »
— « Deux cent mille ? »
Le président de séance tousse.
Un élu RN regarde son téléphone.
Un autre regarde Mazamet.
Quelqu’un demande :
— « Et si on faisait moit’-moit’ ? »
—
LE MARCHÉ DE NOËL
Au Sidobre Enchaîné, nous proposons même un nouveau concept : le marché de Noël intercommunal de Boissezon.
Sur les stands :
Stand n°1 : une aide exceptionnelle de l’État.
Stand n°2 : une dotation communautaire.
Stand n°3 : une baisse de la DSC des autres communes.
Stand n°4 : un peu de fiscalité locale.
Stand n°5 : l’espoir.
Stand n°6 : Yannick Tonon.
Prix libre.
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YANNICK TONON, L’HOMME QUI N’A BESOIN DE RIEN DEMANDER
Et c’est peut-être cela qui est le plus remarquable.
Yannick Tonon n’a même pas besoin de demander.
Il suffit que Boissezon soit en difficulté.
Quelqu’un finit toujours par arriver.
L’État.
L’Agglo.
Les communes voisines.
Les habitants.
Les bénévoles.
Les entreprises.
Les bonnes volontés.
Le maire n’a plus qu’à remercier tout le monde.
Ce qu’il fait d’ailleurs fort bien.
Il parle de solidarité.
D’entraide.
D’humanité.
Et de redressement.
C’est beau.
C’est même très beau.
Mais nous sommes journalistes satiriques.
Alors forcément, une question nous vient : et si la meilleure compétence de Yannick Tonon n’était finalement pas de sauver Boissezon, mais de rendre Boissezon impossible à abandonner ?
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LES ROIS MAGES ARRIVENT
Il paraît qu’ils seront trois.
Gaspard.
Melchior.
Balthazar.
On ne sait pas encore lequel apportera l’or.
Mais au rythme où vont les choses, le premier apportera peut-être une subvention exceptionnelle, le deuxième une DSC et le troisième un plan de redressement.
Quant à l’encens et à la myrrhe… On verra après le prochain conseil communautaire.
—
ÉPILOGUE
Il faut reconnaître une chose à Boissezon.
Cette petite commune aura réussi l’exploit de transformer une catastrophe financière en extraordinaire démonstration de solidarité territoriale.
C’est probablement la seule commune du Tarn où la faillite est devenue une politique publique.
Et Yannick Tonon peut savourer son succès.
Il voulait éviter la tutelle.
Il a réussi.
Pour l’instant.
Reste désormais une petite question : combien coûtera le prochain sauvetage ?
Parce qu’à Boissezon, le plus difficile n’est peut-être plus de trouver l’argent.
C’est de savoir qui sera le prochain à le sortir de sa poche.
Et, surtout, combien de temps les autres communes accepteront de serrer les leurs.


