A69 – CENTRALE À BITUME : « L’AIR EST BON, CIRCULEZ ! »… MAIS OÙ EST PASSÉ LE REJET ?

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Il y a une petite subtilité dans l’affaire de la centrale à enrobés de Puylaurens.

À la sortie de cheminée, certains contrôles ont trouvé des dépassements. La préfecture a donc mis ATOSCA en demeure de corriger les réglages et de revenir à la conformité. Les mesures du 25 août étaient encore non conformes pour 2 des 7 substances ou familles de substances surveillées.

Et puis arrive la deuxième information :

« Les concentrations mesurées autour de la centrale sont restées majoritairement faibles dans l’air ambiant. Aucune dégradation de l’environnement n’a pu être mise en évidence. »

Très bien.

Mais une question parfaitement légitime se pose.

Si la cheminée rejette trop… où va le surplus ?

Parce qu’il existe une invention extraordinaire dans la nature : le vent.

Et une autre : la dilution.

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PETITE LEÇON DE CHIMIE POUR LES NON-INITIÉS

Imaginez un verre dans lequel on verse une cuillère de sirop.

Dans le verre, la concentration est élevée.

Si vous versez ensuite ce sirop dans une piscine olympique, vous aurez beaucoup plus de mal à le détecter.

Cela ne signifie pas que la cuillère n’existait pas.

Cela signifie qu’elle a été diluée.

Pour une cheminée industrielle, c’est pareil.

Un rejet peut présenter une concentration trop élevée à la source, puis être fortement dilué dans l’atmosphère.

Et en même temps, le panache peut être transporté par le vent.

Donc : faible concentration près de la centrale ≠ absence de rejet.

Et surtout : faible concentration à un endroit ≠ faible concentration partout.

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LE PANACHE N’A PAS L’OBLIGATION DE RESTER DEVANT LA CENTRALE

Si le vent souffle vers le nord, pourquoi mesurer uniquement au sud ?

Si le vent tourne ?

Si les conditions atmosphériques changent ?

Si une zone habitée se trouve dans l’axe du panache ?

Si le panache monte puis redescend plus loin ?

Une mesure ponctuelle à proximité peut parfaitement être rassurante alors que le panache a été transporté ailleurs.

Cela ne veut pas dire que c’est ce qui se passe à Puylaurens.

Nous n’avons pas les données permettant de l’affirmer.

Mais c’est précisément la raison pour laquelle une surveillance intelligente doit tenir compte du vent et de la dispersion atmosphérique.

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ET LES ÉCOLES, ON EN PARLE ?

Parce qu’il y a une question assez simple que tout parent pourrait poser.

Pourquoi ne pas mesurer aussi là où vivent les gens ?

Pas seulement autour de la centrale.

Pas seulement à proximité immédiate.

Mais, lorsque la configuration le justifie, dans les zones habitées, sous les vents dominants, dans les secteurs susceptibles de recevoir le panache, éventuellement à proximité des établissements scolaires concernés, et pendant différentes conditions météorologiques.

Pas pour fabriquer de la peur.

Pour vérifier.

C’est même plutôt le contraire de la peur : mesurer permet de remplacer les suppositions par des données.

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PARCE QUE « LES COV » NE SONT PAS UNE MOLÉCULE

Autre petite subtilité.

Quand on annonce un taux de COV, on parle d’une famille de composés.

Et dans les fumées liées au bitume chauffé, on peut retrouver différents hydrocarbures, notamment des HAP. L’INRS indique que les fumées de bitume peuvent contenir notamment du benzo[a]pyrène, du naphtalène et du pyrène.

Le benzo[a]pyrène est notamment classé cancérogène de catégorie 1B dans la réglementation européenne.

L’INRS rappelle également que les fumées de bitume peuvent être irritantes pour les voies respiratoires et que l’exposition aux fumées lors de la mise en œuvre des enrobés routiers est classée cancérogène possible pour l’homme (groupe 2B) par le CIRC.

Alors quand on dit : « Les COV sont faibles »

la question suivante devrait être : « Lesquels ? »

Parce que 5 mg d’un mélange de composés organiques ne racontent pas toute l’histoire toxicologique.

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ET LES SALARIÉS ?

Là encore, heureusement qu’ils sont surveillés.

L’INRS consacre d’ailleurs des recommandations spécifiques aux fumées de bitume et à l’exposition professionnelle. Les travailleurs peuvent être exposés par inhalation et par contact cutané, et l’évaluation de l’exposition est considérée comme complexe.

Donc oui, protégeons les travailleurs.

Mais il ne faudrait pas que la surveillance du risque professionnel devienne, par inadvertance, la réponse à une question différente :

« Et les gens qui habitent autour ? »

Un salarié présent plusieurs heures sur le site n’est pas exposé de la même manière qu’un enfant qui vit, joue ou va à l’école dans le secteur.

Les deux populations méritent une surveillance adaptée à leur exposition.

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ET LA TEMPÉRATURE N’EST PAS UN DÉTAIL

Le bitume chauffé n’est pas exactement une eau minérale.

L’INRS indique qu’à des températures élevées, les fumées peuvent contenir différents hydrocarbures et HAP.

Et surtout, augmenter la température du bitume de 12 °C peut doubler la quantité de fumées de bitume émises.

Voilà pourquoi, lorsqu’on examine un rejet, il est intéressant de savoir à quelle température fonctionnait la centrale ? Quelle production ? Quel combustible ?

Quel réglage ?

Quel type de bitume ?

Quelle proportion éventuelle de matériaux recyclés ?

Quel vent ?

Quelle stabilité atmosphérique ?

Parce qu’un chiffre de laboratoire sans les conditions de fonctionnement raconte seulement une partie de l’histoire.

—

ALORS, « L’AIR EST BON » ?

Disons plutôt que les mesures réalisées autour de la centrale sont rassurantes sur les points et pendant les périodes étudiés.

C’est une bonne nouvelle.

Il faut la prendre au sérieux.

Mais elle ne permet pas de conclure que « la centrale ne rejette rien de préoccupant. »

Ce serait confondre deux choses différentes.

La cheminée mesure ce que l’installation rejette.

L’air ambiant mesure ce qui est retrouvé dans l’environnement à un endroit et à un moment donnés.

Entre les deux il y a la dispersion, le vent, la température, les conditions de fonctionnement, la distance, la durée de mesure…

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ALORS, QU’EST-CE QU’ON POURRAIT FAIRE ?

Finalement, la demande la plus raisonnable n’est peut-être pas : « Fermez tout immédiatement ! »

Mais : « Puisque la cheminée a présenté des non-conformités, vérifions précisément ce qui arrive réellement aux habitants. »

Avec une campagne de mesures suffisamment longue et transparente :

CHEMINÉE → PANACHE → ZONES HABITÉES → ÉTABLISSEMENTS SENSIBLES.

Et avec publication des résultats bruts.

Direction du vent.

Vitesse du vent.

Température.

Horaires de fonctionnement.

Polluants recherchés.

Méthodes de mesure.

Résultats.

Concentrations maximales.

Moyennes.

Épisodes de pointe.

Et, surtout : où les prélèvements ont-ils été effectués ?

Au final, la question est assez simple.

Si tout est parfaitement maîtrisé, formidable.

On aura des mesures pour le démontrer.

Si les rejets sont conformes, encore mieux.

Et si les mesures dans les zones habitées sont bonnes, les habitants pourront dormir tranquilles.

Mais si une centrale présente des dépassements en cheminée, demander « Et qu’est-ce qui arrive réellement jusqu’aux maisons et aux écoles ? », ce n’est pas être alarmiste.

C’est simplement… faire de la métrologie.

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LE SIDOBRE ENCHAÎNÉ – SERVICE APRÈS-VENTE DE LA DILUTION

« Votre rejet dépasse la norme ?

Pas de panique : ajoutez du vent. »

Résultats non garantis.

Ne fonctionne pas avec toutes les directions de vent.

Voir conditions météorologiques.

Pour une surveillance complète, consulter un vrai instrument de mesure.

Et puisqu’on parle de transparence : publier les rapports complets des contrôles de cheminée et les données détaillées de la campagne INERIS serait probablement la meilleure manière de rassurer tout le monde.

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