SUD-TARN – Après les dépassements d’emprise, les astreintes, les recours et les péages qui montent, voici désormais un nouveau concept dans la grande aventure de l’A69 : l’argent public volatil.
Olivier Fabre a un problème.
Enfin, pas exactement un problème.
Plutôt une inquiétude.
Les 41 millions d’euros prévus pour faire baisser le prix du péage de l’A69 risquent de « s’évaporer ».
Et là, évidemment, il faut agir.
Parce qu’on parle quand même de 41 millions d’euros.
Une somme suffisamment importante pour qu’on ne puisse raisonnablement pas la laisser traîner sur un coin de table entre deux dossiers de voirie.
Le mécanisme était pourtant remarquablement simple : les collectivités et l’État devaient verser 41 millions d’euros supplémentaires à Atosca afin de permettre une baisse du péage sur certaines sections de l’autoroute.
Le Conseil d’État a mis un petit coup de frein juridique à l’opération.
Résultat : l’autoroute sera probablement plus chère que prévu, et les 41 millions ne pourront pas être versés dans le cadre de cet avenant.
Et c’est là qu’intervient Olivier Fabre.
« Ces 41 millions ne doivent pas être perdus pour le Sud Tarn. »
Une phrase magnifique.
Parce qu’elle pose immédiatement la question essentielle : perdus où ?
Dans un trou noir budgétaire ?
Dans une faille spatio-temporelle ?
Dans les comptes d’une collectivité voisine ?
Ou, pire encore, dans un projet qui ne serait pas autoroutier ?
Cela pourrait même être dans l’adaptation d’établissements scolaires au changement climatique !
On sent bien l’angoisse.
Après des années à expliquer que l’A69 allait désenclaver le territoire, créer de l’attractivité, accélérer les trajets et transformer l’avenir du Sud Tarn, voilà qu’on découvre qu’un des grands enjeux territoriaux de l’automne 2026 pourrait finalement être de savoir où ranger 41 millions d’euros qui n’ont plus besoin d’être dépensés comme prévu.
C’est vertigineux.
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L’argent public qui ne sait plus où aller
Il faut d’ailleurs rendre hommage à cette formidable innovation administrative : l’argent n’est pas dépensé, mais il faut quand même trouver quelque chose à en faire.
L’Agglomération Castres-Mazamet avait prévu environ 2,7 millions d’euros dans ce dispositif.
D’autres collectivités avaient également voté leur participation : Région, Département, communauté de communes, État.
Au total, 41 millions d’euros étaient destinés à compenser le manque à gagner du concessionnaire en échange d’une baisse des tarifs.
Mais puisque le montage ne passe finalement pas, l’argent ne devrait pas être versé dans ce cadre.
Et c’est là que commence le grand jeu régional : « surtout, ne laissez pas cet argent s’évaporer. »
On imagine déjà les agents publics parcourant les couloirs avec des filets à papillons.
— Vous avez vu passer les 2,7 millions ?
— Non.
— Et les 41 millions ?
— Ils étaient là il y a cinq minutes.
— Vous êtes sûr ?
— Absolument.
— Ils sont peut-être partis dans le budget voirie.
— Ah. Alors tout va bien.
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Une autoroute, une radio, une économie circulaire
Et puisque le Sud Tarn aime décidément les boucles vertueuses, rappelons une autre petite particularité de l’histoire.
La future radio d’autoroute de l’A69 doit être alimentée en contenus par Radio 100 %, la radio fondée et dirigée par Olivier Fabre.
Une autoroute financée en partie par de l’argent public.
Une radio autoroutière exploitée dans le cadre de l’infrastructure.
Une radio locale fournissant les contenus.
Et maintenant des millions publics qu’on cherche à réaffecter localement.
Voilà une belle économie circulaire.
Il ne manque plus qu’une émission spéciale : « Où sont passés les 41 millions ? »
Présentée en direct depuis l’A69.
Avec circulation fluide, flash trafic toutes les quinze minutes et bulletin spécial :
« Attention, les 41 millions viennent de changer de direction. »
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Mais surtout, pas de panique
Soyons rassurants.
Les 41 millions ne sont pas partis.
Ils ne sont simplement plus là où ils étaient censés être.
Nuance.
Et ils ne sont pas nécessairement « perdus ».
Ils pourraient être réorientés vers d’autres programmes routiers ou autoroutiers, comme le souhaite Olivier Fabre.
Ce qui nous permet d’entrevoir une solution extraordinairement moderne : si l’argent devait servir à l’autoroute A69 et qu’il ne peut plus servir à baisser le péage de l’A69, utilisons-le pour autre chose de routier.
C’est presque de la philosophie.
Une sorte de principe de conservation de la dépense publique : un euro autoroutier ne disparaît jamais. Il change simplement de route.
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Et pendant ce temps, l’automobiliste attend
Il reste tout de même un petit détail.
Le contribuable ne sait toujours pas exactement ce que coûtera son voyage.
Le tarif définitif de l’A69 doit être communiqué prochainement. Les estimations précédentes évoquaient 6,77 € pour les 53 kilomètres, valeur 2021, mais l’abandon du mécanisme de baisse des péages change la donne. La Dépêche évoquait récemment un ordre de grandeur pouvant dépasser 8 € pour un trajet complet en tarif classique, avant éventuelles réductions.
Donc résumons.
On avait promis une autoroute.
On a construit une autoroute.
On a prévu des subventions pour diminuer le prix du péage.
Le Conseil d’État trouve un problème juridique au montage.
Les subventions ne pourront pas être versées comme prévu.
Le péage risque donc d’être plus élevé.
Et maintenant, il faut surtout éviter que l’argent économisé ne s’évapore.
Magnifique.
Après avoir inventé l’autoroute à péage aidée par le contribuable, nous venons peut-être d’inventer son stade ultime : l’autoroute subventionnée dont les subventions ne servent plus à subventionner le péage.
Bienvenue dans le Sud Tarn.
Pour les millions, merci de ne pas laisser les fenêtres ouvertes.
Ils pourraient s’évaporer.


