On pose simplement la question.
Mardi soir, une soixantaine de personnes se rassemblent devant l’hôtel de ville.
Motif : la Ville de Castres veut faire passer de 1 000 à 300 euros sa subvention au Planning familial pour le ProDAS, programme qui intervient depuis 2019 dans les écoles Louis-David et Laden.
700 euros.
Une fortune pour une ville de plus de 30 000 habitants.
Une somme pourtant suffisamment importante pour que le Planning familial s’interroge sur la pérennité de certaines interventions.
La mairie, elle, explique que l’État a réduit de 15 000 euros ses crédits au titre de la politique de la Ville.
Très bien.
Il y a donc une contrainte.
Qui a été largement compensée par l’annulation pure et simple de la subvention de 25 000 euros dont bénéficiait SOLIDAC, ce qui laisse encore 10 000 euros de plus dans l’enveloppe que l’année précédente, même en comptant les 15 000 euros en moins de l’Etat.
Sans parler du cadeau offert par la Ville la EIFFAGE, avec l’annulation de 23 000 euros de pénalités de retard sur un chantier de plus d’un million d’euros.
Mais il y a aussi un détail amusant.
Enfin, amusant…
Ariane Rosenau est membre du Planning familial.
Et Ariane Rosenau, à Castres, ce n’est pas exactement Madame Tout-le-Monde.
Elle a conduit en mars dernier la liste de l’Union populaire pour Castres, sous l’étiquette LFI, et elle est aujourd’hui l’une des voix les plus identifiées de la gauche castraise radicale.
Elle est donc membre d’une association.
Elle fait de la politique.
Elle critique la majorité municipale.
Et, quelques mois plus tard, l’association à laquelle elle participe voit sa subvention municipale réduite.
Coïncidence ?
Évidemment.
Une pure coïncidence.
Comme il y a des coïncidences qui ont parfois un sens aigu du calendrier.
—
Mais surtout, ne nous méprenons pas.
Nous ne disons pas que Florian Azéma a diminué cette subvention parce qu’Ariane Rosenau appartient au Planning familial.
Nous n’en savons rien.
La mairie ne dit évidemment pas cela.
Elle invoque une baisse des crédits de l’État et des choix de priorisation.
Alors que l’argent en question n’est qu’une enveloppe de quelques centaines d’euros.
Le ridicule ne tue pas, même s’il peut blesser gravement, à ce stade.
Dont acte.
Mais justement : pourquoi ce choix-là ?
Pourquoi 700 euros ici ?
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi cette association ?
Pourquoi ce programme de prévention ?
Et pourquoi faut-il attendre qu’une mobilisation publique éclate pour que tout le monde commence à parler de cette décision ?
La vraie question n’est donc pas : « Florian Azéma se venge-t-il d’Ariane Rosenau ? »
La vraie question est beaucoup plus embarrassante.
« Comment la Ville démontre-t-elle que cette décision n’a absolument rien à voir avec les personnes ou les organisations qui lui déplaisent politiquement ? »
Ah.
Tout de suite, c’est moins drôle.
—
Parce que Castres commence à avoir une petite tradition.
Un projet déplaît ?
On temporise.
Une association critique ?
On réexamine.
Une personne engagée politiquement se trouve dans l’environnement d’une structure ?
On observe attentivement.
Une école se retrouve au milieu d’une controverse ?
On explique qu’il s’agit évidemment d’une décision technique.
Toujours technique.
Toujours rationnel.
Toujours parfaitement indépendant.
Jamais politique.
C’est merveilleux, une mairie où toutes les décisions sont techniques.
On pourrait presque supprimer le conseil municipal.
Il suffirait d’installer un tableur Excel à la place du maire.
—
Et puis il y a cette autre histoire qui circule.
Celle de l’École du Centre.
Une directrice qui aurait eu la mauvaise idée de soutenir Guillaume Arcese, et dont le bureau n’est plus hors d’eau.
Puis, dans la foulée, un gel de deux ans des travaux attendus dans l’établissement.
Mais nous ne disposons pas, à ce stade, d’élément établissant que ce calendrier aurait été modifié en représailles au soutien politique supposé de sa directrice.
Alors nous n’allons pas l’inventer.
Nous allons simplement poser la question.
Et si le problème n’était pas tant ce que l’on fait que ce que l’on fait comprendre ?
Car il n’est nul besoin de punir explicitement.
Il suffit parfois de laisser planer l’incertitude.
De laisser chacun se demander : « est-ce que je ferais mieux de ne pas trop me faire remarquer ? »
Et voilà comment peut naître une culture politique particulièrement saine : ne critiquez pas trop fort, ne soutenez pas trop ouvertement, ne contrariez pas trop souvent.
On ne sait jamais.
—
Alors, à Castres, soyons rassurés.
Le Planning familial perd 700 euros.
L’État est responsable de la contrainte. OU pas, au vu des sommes en jeu, des autres arbitrages, et des cadeaux offerts à EIFFAGE.
Ariane Rosenau est évidemment sans rapport avec la décision.
L’École du Centre connaît son propre calendrier technique.
Et toutes ces choses n’ont naturellement aucun lien entre elles.
Aucun.
Nous disons ça.
Nous ne disons rien.
Nous regardons simplement les décisions passer.
Et nous nous demandons quelle sera la prochaine petite économie.
Quelle sera la prochaine petite « priorisation ».
Quelle sera la prochaine structure à découvrir que, décidément, les temps sont difficiles.
Et surtout, qui aura eu, juste avant, la mauvaise idée de déplaire à la mairie ?
À Castres, après tout, il paraît que le budget est contraint.
Alors vivement la prochaine ligne.
On aimerait simplement savoir à l’avance qui est chargé de la payer.


