Les Fermiers Occitans ferment leur site de Labruguière et 57 salariés se retrouvent menacés. Une histoire de marché défavorable, de grippe aviaire, de matière première devenue problématique et d’activité déficitaire. Cela arrive.
Mais il y a un petit détail qui mérite qu’on ne range pas trop vite le dossier dans le grand tiroir des « regrettables évolutions économiques ».
L’argent public, lui, était bien au rendez-vous.
En 2021, près de 2 millions d’euros de France Relance sont venus soutenir l’entreprise.
Et l’Agglo Castres-Mazamet a, elle aussi, sorti le chéquier : entre 200 000 et 300 000 euros au titre de l’aide à l’implantation industrielle, selon son président Olivier Fabre.
Avec, nous dit-on, des contreparties portant notamment sur le nombre d’emplois.
Ah.
Des contreparties.
Voilà un mot merveilleux de la langue administrative.
Cela signifie normalement que lorsqu’une collectivité donne de l’argent à une entreprise, elle n’abandonne pas complètement l’idée de savoir ce que devient son investissement.
Une sorte de petit principe rudimentaire.
On appelle cela un droit de regard.
Pas une intrusion.
Pas une nationalisation.
Pas même une réunion de 14 heures avec douze vice-présidents et trois PowerPoint.
Simplement : « Bonjour, nous vous avons donné plusieurs centaines de milliers d’euros. Où en êtes-vous ? »
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LE CONCEPT RÉVOLUTIONNAIRE DU « ET APRÈS ? »
Car il existe apparemment une étrange maladie dans la distribution des aides publiques.
Elle consiste à regarder très attentivement avant le versement.
Le projet est formidable.
Les emplois sont magnifiques.
L’investissement est stratégique.
Le territoire est dynamique.
La filière est essentielle.
Tout le monde signe.
Le chèque part.
Puis, quelques années plus tard : « Ah. Finalement, l’activité est déficitaire. »
Et là, le contribuable découvre un concept beaucoup moins enthousiasmant : le service après-vente de la subvention.
Chez le Sidobre Enchaîné, nous avons donc une proposition révolutionnaire.
Elle tient en trois mots : « Regardons le dossier. »
Pas demain.
Pas dans un rapport commandé à un cabinet qui expliquera pourquoi la situation était imprévisible.
Maintenant.
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LES 2 MILLIONS SONT-ILS BIEN ARRIVÉS À DESTINATION ?
Attention : il ne s’agit évidemment pas de prétendre que toute aide publique doit être remboursée dès qu’une entreprise rencontre des difficultés.
Ce serait absurde.
Une entreprise peut recevoir une aide, investir, maintenir des emplois pendant des années et finir malgré tout par connaître une crise.
L’article rappelle d’ailleurs que Les Fermiers Occitans ont respecté leurs engagements pendant vingt ans et sont montés jusqu’à une cinquantaine de salariés.
Très bien.
Mais justement.
Si les collectivités ont engagé de l’argent public, elles doivent être capables de produire le bilan :
quelles aides exactement ?
pour quels investissements ?
avec quelles conditions ?
quelles contreparties ?
quels emplois promis ?
quels emplois effectivement créés ou maintenus ?
pendant combien de temps ?
quelles clauses de remboursement éventuel ?
quels investissements ont réellement été réalisés ?
quelle situation économique de l’entreprise au moment du versement ?
et surtout : que disent aujourd’hui les conventions signées ?
Ce n’est pas de l’acharnement.
C’est de la comptabilité démocratique.
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LE CONTRIBUABLE N’EST PAS UN MÉCÈNE ANONYME
Car il y a quelque chose d’assez curieux dans notre système.
Quand une collectivité verse une aide à une entreprise, elle explique généralement très bien pourquoi c’est une excellente nouvelle.
Communiqué.
Photo.
Poignée de mains.
Dossier de presse.
Ruban.
Sourires.
« Notre territoire investit dans son avenir. »
Puis quand l’entreprise ferme :
Communiqué.
Photo.
Mine grave.
« Nous regrettons profondément la disparition de ces emplois. »
Et éventuellement : « Nous sommes aux côtés des salariés. »
Très bien.
Mais entre le « nous sommes très heureux de vous annoncer notre soutien » et le « nous sommes très tristes d’apprendre votre fermeture », il manque parfois un chapitre.
Celui où quelqu’un demande : « Et l’argent qu’on vous a donné ? »
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L’AUDIT, MAINTENANT
Celui de Libellus est bien, Monsieur Olivier Fabre, mais celui-ci pourrait être tout aussi intéressant…
Le Sidobre Enchaîné ne demande donc pas de procès.
Il demande quelque chose de beaucoup plus simple : un audit public.
Que l’Agglo, l’État et les autres financeurs publics mettent le nez dans le dossier.
Que les conventions soient examinées.
Que les contreparties soient vérifiées.
Que les engagements soient comparés aux résultats.
Et que les citoyens sachent où sont passés les millions et ce qu’ils ont effectivement produit.
Parce qu’une aide publique n’est pas un cadeau posé dans une enveloppe kraft sur le bureau d’une entreprise.
C’est de l’argent collectif.
Et lorsque plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros sont mobilisés pour maintenir ou développer une activité, le droit de regard du financeur n’est pas seulement légitime : il devrait être automatique.
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Avis aux donneurs de subsides publics
Vous avez financé ?
Regardez.
Vous avez conditionné ?
Vérifiez.
Vous avez promis des emplois ?
Comptez-les.
Vous avez signé des conventions ?
Lisez-les.
Et si les engagements n’ont pas été tenus, demandez ce que prévoient les clauses.
Parce qu’il ne faudrait tout de même pas que notre modèle économique local devienne celui-ci : privatisation des bénéfices, socialisation des risques, et disparition collective au moment de faire les comptes.
À Labruguière, 57 salariés n’ont pas besoin d’une nouvelle photo de groupe.
Ils ont besoin d’un emploi.
Et les contribuables, eux, ont besoin de savoir ce que sont devenus leurs millions.
Le compte n’y est peut-être pas.
Mais le compte, justement, ce serait peut-être le moment de le faire.


