Le Relais de Montans a fermé. Les maraudes voient davantage de personnes à la rue. Les associations alertent. Et les enfants, heureusement encore rares dans le Tarn, restent cependant les premières victimes d’une situation qui pourrait rapidement devenir beaucoup moins exceptionnelle.
Mais rassurons-nous, pour l’instant, tout va à peu près bien.
Enfin, à peu près.
Parce que dans le Tarn, les associations le disent que les enfants accompagnés de leurs parents à la rue restent un phénomène marginal. Quelques familles font appel au 115. Certaines situations sont particulièrement dramatiques. Une mère et sa fille de sept ans ont ainsi vécu dans une voiture.
Mais « globalement », pas de quoi bouleverser les habitudes.
Jusqu’à ce que les chiffres décident éventuellement de devenir moins rassurants.
—
Montans ferme, la rue ouvre plus grand
Le détail intéressant de l’histoire se trouve pourtant ailleurs.
Depuis la fermeture du Relais de Montans, les équipes de maraude constatent davantage de personnes dans la rue.
Avant, elles en rencontraient déjà.
Maintenant, elles en rencontrent davantage.
40, 50 personnes régulièrement, avec des pointes à 60.
Et lorsqu’un dispositif d’hébergement d’urgence important disparaît, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’une partie des personnes qui y trouvaient refuge ne disparaît pas magiquement de la réalité.
Elle disparaît seulement des lits disponibles.
Le problème, lui, reste.
Et parfois, il marche dans la rue.
Avec un enfant tenu par la main.
—
Castres regarde le problème arriver
Alors évidemment, Castres n’est pas encore confrontée à une explosion des enfants dormant dehors.
Et c’est précisément maintenant qu’il faudrait agir.
Pas lorsque les associations auront trouvé une mère avec un nourrisson sous un porche.
Pas lorsque le 115 ne saura plus où orienter une famille.
Pas lorsque les travailleurs sociaux auront commencé à expliquer qu’il n’y a plus de solution.
Maintenant.
Parce qu’un dispositif d’urgence, cela ne se crée pas en trois semaines au moment où tout le monde découvre qu’il manque des places.
Il faut des locaux.
Des financements.
Des associations.
Du personnel.
Des conventions.
Et surtout, quelqu’un qui se dise un jour : tiens, et si on anticipait ?
—
Des immeubles, il y en a
C’est là que l’idée devient presque indécente de simplicité.
Castres dispose de bâtiments.
La question n’est donc pas forcément de construire un nouveau palais de l’hébergement d’urgence.
On pourrait identifier des locaux disponibles, proposer un projet d’accueil temporaire et aller chercher les financements auprès de ceux qui ont précisément les moyens d’intervenir : l’État, la Région, le Département, et pourquoi pas d’autres partenaires publics.
Une structure dédiée aux familles.
Un dispositif d’urgence.
Un lieu permettant de mettre à l’abri des personnes qui, autrement, se retrouvent à appeler le 115 en espérant qu’une place se libère.
Et surtout, un endroit où un enfant peut dormir dans un lit plutôt que dans une voiture.
Cela s’appelle anticiper.
C’est même, paraît-il, une qualité assez appréciée chez les responsables publics.
—
L’argent ? Justement, il existe
Et puis il y a cette autre étrangeté.
On pourrait presque entendre l’objection : « Oui mais combien ça coûte ? »
Excellente question.
À laquelle il existe une réponse assez simple : il existe plusieurs niveaux de collectivités publiques et plusieurs dispositifs de financement de l’hébergement et de l’action sociale.
La municipalité n’aurait même pas à financer un tel équipement.
Elle pourrait simplement mettre à disposition des locaux, et faire porter le projet par l’Etat. Mais pas que.
État. Région. Département. Associations.
Tout le monde met une pièce dans la machine.
Et au bout, éventuellement, quelque chose d’assez rare en politique : un investissement qui sert réellement à quelque chose.
Pas un slogan.
Pas une inauguration avec vingt-deux personnes devant un panneau.
Pas une opération de communication.
Un toit.
Pour des gens qui n’en ont pas.
Et éventuellement, un enfant qui n’aura pas à apprendre ce qu’est le 115 avant même d’apprendre ses tables de multiplication.
—
Mais bon. On est à Castres.
Alors pourquoi ne pas le faire ?
C’est probablement là que réside tout le mystère.
Car Castres n’est pas précisément une ville dépourvue de bâtiments. Inoccupés. Gigantesques. Qui se dégradent.
Elle n’est pas non plus isolée du reste du monde.
Elle dispose d’une administration.
D’élus.
De services.
De partenaires associatifs.
Et, paraît-il, d’une municipalité qui entend faire de la sécurité et de la tranquillité publique des priorités.
Il serait donc assez intéressant de voir si cette même municipalité considère également comme une priorité le fait que des enfants puissent dormir sous un toit.
Parce qu’entre la communication sur la sécurité et la réalité de la grande précarité, il y a parfois un monde.
Et ce monde-là n’a pas besoin de caméras.
Il a besoin de lits.
« Encore exceptionnel » n’est pas synonyme de « on verra plus tard »
Le plus inquiétant, finalement, est peut-être cette phrase qui revient dans les témoignages :
« C’est rare dans le Tarn. »
Tant mieux.
Vraiment.
Mais une situation rare peut parfaitement devenir préoccupante lorsqu’un dispositif essentiel disparaît et que les associations commencent à constater une hausse des personnes à la rue.
Le fait que les enfants soient encore peu nombreux à dormir dehors dans le Tarn n’est pas une raison pour attendre qu’ils deviennent nombreux.
C’est précisément une raison pour faire en sorte qu’ils ne le deviennent jamais.
Le Relais de Montans a fermé.
Les maraudes voient davantage de personnes.
La pression augmente.
Les capacités d’hébergement ne sont pas extensibles à l’infini.
Alors Castres peut continuer à regarder tranquillement le problème passer sur le périphérique.
Ou elle peut décider de faire quelque chose.
Identifier des locaux.
Monter un projet.
Appeler l’État.
Appeler la Région.
Appeler le Département.
Trouver une association.
Mêle pas besoin de hercher les subventions, elles arriveront toutes seules.
Bref : faire de la politique publique.
Pas attendre le prochain fait divers.
Parce que l’enfance à la rue est un drame humain.
Et parce qu’en la matière, prévenir coûte probablement moins cher que réparer.
Mais hé… On est à Castres.
Ici, la charité bien ordonnée semble commencer par soi-même.
Et, manifestement, elle peut aussi s’y arrêter.
Dommage.
Le Sidobre Enchaîné


