À Mazamet comme à Aussillon, les problèmes sont les mêmes. Mais manifestement, pas les habitants. Ni la façon de les regarder.
Il y a, dans cette page consacrée à la sécurité dans le pays mazamétain, un petit exercice de politique comparée assez fascinant.
Deux maires. Deux villes voisines. Deux populations qui vivent à quelques METRES l’une de l’autre, littéralement. Des problèmes qui se ressemblent : stupéfiants, incivilités, délinquance, tranquillité publique, moyens policiers.
Et pourtant, deux diagnostics.
À Mazamet, Olivier Fabre explique que « le mauvais habitant amène la mauvaise population ».
On entre ici dans une conception assez particulière de la politique municipale : le problème de la ville serait en quelque sorte contenu dans les gens qui y vivent.
Le mauvais habitant attire la mauvaise population.
La mauvaise population produit l’insécurité.
L’insécurité appelle davantage de police.
Et si cela ne suffit pas, c’est que la justice ne sanctionne pas assez.
Une mécanique intellectuelle parfaitement huilée.
Remise en question : 0 %.
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À Aussillon, c’est une autre histoire
Fabrice Cabral part pourtant du même problème.
Mais il ne commence pas par expliquer que la population est mauvaise.
Il parle d’abord d’équilibre.
Une réponse ferme lorsque c’est nécessaire.
Et un travail de prévention au long cours.
Police nationale.
Police municipale.
Caméras.
Médiation.
Jeunesse.
Associations.
Espace de vie sociale.
Éducation.
Autrement dit : la tranquillité publique n’est pas uniquement une affaire de personnes qu’il faudrait éloigner ou sanctionner.
C’est aussi une affaire de présence publique, de prévention, d’accompagnement et de travail collectif.
Et surtout, Cabral prononce une phrase qui pourrait presque être affichée au fronton de certaines mairies :
« Opposer prévention et répression n’a pas de sens. »
Voilà.
Deux villes voisines. Deux maires. Deux conceptions de la politique publique.
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Le plus intéressant : le problème n’a pas changé
C’est précisément ce qui rend la comparaison intéressante.
Si l’on suit le raisonnement d’Olivier Fabre, on pourrait presque croire que la tranquillité publique dépend principalement de la qualité des habitants.
À Aussillon, on semble considérer au contraire qu’une municipalité dispose d’une série d’outils pour agir sur son environnement.
La différence est subtile mais fondamentale.
L’une des approches regarde d’abord les personnes.
L’autre regarde d’abord les politiques publiques.
Dans un cas : « Le mauvais habitant amène la mauvaise population. »
Dans l’autre : « La tranquillité publique, c’est aussi la prévention. »
Même territoire.
Même vallée.
Même réalité sociale.
Mais pas exactement la même philosophie municipale.
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Avis à la mauvaise population
Et puisque la page nous invite à écouter la population, le Sidobre Enchaîné se permet une petite consultation citoyenne.
Avis à la mauvaise population : vous aimeriez vivre sous quelle municipalité ?
Celle où l’on vous explique que vous êtes peut-être, collectivement, le problème ?
Ou celle où l’on considère qu’il existe des difficultés auxquelles la puissance publique doit répondre par un mélange de fermeté, de prévention, de médiation, d’éducation et de présence sur le terrain ?
Question subsidiaire : si votre ville connaît des difficultés, préférez-vous que votre maire cherche ce qui ne va pas chez vous… ou ce qui ne va pas dans sa politique publique ?
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Olivier Fabre, caricature malgré lui ?
Le problème, dans la déclaration du maire de Mazamet, n’est évidemment pas qu’il parle de sécurité.
La sécurité est une compétence légitime d’action municipale et un sujet parfaitement sérieux.
Le problème est le glissement du diagnostic.
À partir d’un problème de tranquillité publique, on arrive rapidement à :
« l’oisiveté » ;
« le mauvais habitant » ;
« la mauvaise population » ;
« une population à la dérive ».
Et pratiquement jamais à une interrogation sur la responsabilité du gestionnaire public.
Les logements, l’aménagement urbain, l’accompagnement social, la jeunesse, la prévention, l’animation des quartiers, la lutte contre la vacance, la qualité de l’espace public, les dispositifs de médiation, les politiques éducatives, les relations avec les bailleurs…
Tout cela disparaît derrière une explication beaucoup plus simple : ce sont les gens.
C’est une vieille tentation politique : quand la réalité devient compliquée, chercher un responsable humain plutôt qu’un problème systémique.
C’est également très confortable.
Parce que si le problème vient des habitants, le gestionnaire n’a finalement pas grand-chose à remettre en question.
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Le maire et le miroir
Il y a donc quelque chose d’assez ironique dans cette déclaration.
Olivier Fabre affirme que « le mauvais habitant amène la mauvaise population. »
Mais une autre hypothèse existe.
Et si, parfois, le mauvais gestionnaire produisait simplement de mauvais résultats ?
Et si la population était une sorte de miroir déformant de la gestion d’un maire ?
La question mérite au moins d’être posée.
Car une municipalité n’a évidemment pas le pouvoir de contrôler « la population qui migre et s’installe en ville ». Mais elle a précisément été élue pour faire avec la population réelle qui habite sa commune.
Pas avec une population idéale.
Pas avec les habitants que l’on aurait préféré avoir.
Avec ceux qui sont là.
Et c’est peut-être cela, au fond, la différence entre deux conceptions de la politique municipale.
La première consiste à demander : « Qu’est-ce qui ne va pas chez les habitants ? »
La seconde : « Qu’est-ce que nous pouvons faire pour que ça aille mieux ? »
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Le Sidobre Enchaîné tranche
Nous ne savons pas si Aussillon a de meilleurs habitants que Mazamet.
Nous soupçonnons même que les habitants sont à peu près les mêmes.
Ils prennent les mêmes routes.
Fréquentent les mêmes commerces.
Prennent parfois les mêmes transports.
Regardent les mêmes réseaux sociaux.
Et rencontrent probablement les mêmes problèmes de société.
Ce qui change, c’est la manière dont le pouvoir municipal regarde ses administrés.
À Mazamet, on cherche le mauvais habitant.
À Aussillon, on cherche les bons leviers.
Et entre les deux, il y a toute une conception de la politique publique.
Avis à la mauvaise population : vous aimeriez vivre sous quelle municipalité ?


