Le Sidobre Enchaîné a fait une découverte historique : Castres n’a jamais vraiment été une ville de droite. Ce serait plutôt une version light de l’URSS. Avec du granit.
ENQUÊTE. Nous pensions depuis vingt-cinq ans que Castres était gouvernée par une droite municipale traditionnelle.
Nous avions tort.
Après une enquête approfondie, plusieurs nuits blanches, la consultation de vieux budgets municipaux et l’observation prolongée de la façade de l’hôtel de ville, notre rédaction est désormais en mesure de l’affirmer : Castres était soviétique dans l’âme, mais prisonnière d’un carcan démocratique et républicain au niveau national.
Pas soviétique au sens littéral, évidemment.
Il n’y avait pas de commissaire politique à chaque rond-point.
Pas de portrait géant de Pascal Bugis dans les salles de classe.
Pas de kolkhoze à Gourjade ni de goulags à Bel-Air.
Mais pour le reste…
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L’URSS, avec des parkings payants et des cravates
Prenons les impôts.
Le taux communal de taxe foncière sur le bâti reste solidement sur ses 60%.
À ce niveau-là, il ne manque plus grand-chose pour qu’un propriétaire reçoive son avis d’imposition accompagné d’un petit mot :
« Camarade, ta propriété t’appartient encore.
Mais ne t’attache pas trop. »
Et puis il y avait la gestion immobilière.
Des bâtiments.
Des bureaux.
Des logements.
Des locaux vacants.
La Poste Centrale !
Des immeubles qui vieillissent tranquillement en attendant leur prochaine affectation, leur prochaine étude, leur prochaine re-préemption ou leur prochaine réflexion stratégique.
La propriété privée ?
Bien sûr qu’elle existe. À Castres.
Elle est simplement susceptible, à tout moment, de recevoir la visite affectueuse de la puissance publique.
« Camarade propriétaire, nous avons remarqué que votre immeuble était à vous. Nous allons donc étudier sérieusement la possibilité qu’il appartienne bientôt au Petit Père de Castres. »
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Et puis il y eut le Kamarade aux trois contrats
Mais c’est dans la gestion des ressources humaines que le système atteint sa pleine maturité soviétique.
Un cadre.
Plusieurs fonctions.
Plusieurs structures publiques.
Et une rémunération mensuelle qui a atteint environ 22 000 euros selon les éléments aujourd’hui au cœur du dossier de la SPL Eaux de Castres-Burlats.
Trois casquettes.
Trois contrats.
Trois administrations.
Une seule tête.
Le socialisme réel avait inventé l’apparatchik.
Castres avait inventé l’apparatchik mutualisé.
On appelle ça des économies d’échelle.
Nous appelons ça une économie planifiée.
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Le plus extraordinaire reste la révolution de mars
Et puis, en mars 2026, miracle.
Le peuple change de maire.
Florian Azéma arrive.
Le RN entre à l’hôtel de ville.
On attend alors la rupture historique.
La musique dans les couloirs devient probablement plus martiale.
Le discours change.
Les thèmes changent.
La guerre culturelle débarque.
La mémoire.
L’identité.
La sécurité.
Les symboles.
Les querelles.
Les ennemis.
Bref : la révolution.
Enfin… Pas exactement.
Parce qu’une fois passé le générique, quelque chose d’étrange apparaît.
Les taux d’imposition ? On garde le même, Kamarade.
Les écoles ? On leur promet le même avenir que la Poste centrale.
La ville ? Toujours propriétaire.
Toujours gestionnaire.
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Alors nous avons compris.
Le problème n’était peut-être pas Bugis.
Et il n’était peut-être pas non plus Azéma.
Le problème, c’est le régime.
Ou plutôt le système castrais.
Un étrange mélange de soviétisme municipal, de bonapartisme local, de « gestion » patrimoniale et de communication politique.
Un système dans lequel la droite comme l’extrême droite peuvent gouverner avec des taux de fiscalité dignes d’une république populaire.
Dans lequel on peut défendre la propriété privée tout en préemptant allègrement.
Dans lequel on peut parler de rigueur budgétaire tout en découvrant des montages administratifs pour un cadre payé à plusieurs dizaines de milliers d’euros mensuels.
Et dans lequel le changement de maire peut modifier considérablement les sujets dont on parle, sans nécessairement modifier la façon dont la ville fonctionne.
Bref : l’URSS, mais avec une police municipale.
On conserve une partie du vieux système.
Et on ajoute par-dessus une bonne dose de guerre culturelle.
Ainsi, le Castrais peut oublier pendant quelques minutes sa taxe foncière.
C’est pratique. Très pratique.
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Bienvenue dans l’oblast de Kastres
Alors oubliez tout ce que vous croyiez savoir.
Castres n’est peut-être ni de droite, ni de gauche.
Castres est castraise.
Son idéologie est plus ancienne.
Plus profonde.
Plus mystérieuse.
Elle repose sur quatre piliers : le patrimoine, la préemption, la dépense publique et la communication.
Le reste change selon les élections.
Les affiches changent.
Les slogans changent.
Les ennemis changent.
Les cérémonies changent.
Les maires changent.
Mais l’oblast demeure.
Alors, Castrais, Castraises, bienvenue dans l’oblast de Kastres.
Prenez votre carte de propriété.
Gardez-la précieusement. Ou jetez la aux quatre vents, pour ce qu’elle vous coûte chaque année.


