À Castres, le jeune qui travaille volontairement pour la mairie peut toucher 27 €.
C’est formidable.
On découvre soudain les vertus du travail, de l’effort, de la responsabilité, de l’engagement citoyen.
Quelques heures dans un service municipal, un petit billet à la sortie et, surtout, une belle communication.
Mais il existe un autre dispositif.
Un dispositif où le jeune ne vient pas parce qu’il a envie de gagner 27 €.
Il vient parce qu’il a commis une infraction.
Il doit alors travailler pour la collectivité, sans rémunération, dans le cadre d’une peine décidée par la justice.
Avec un tuteur.
Avec un éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse.
Avec un objectif : sanctionner, réparer, responsabiliser et favoriser l’insertion.
Cela s’appelle le travail d’intérêt général (TIG).
Et contrairement à ce que certains discours sécuritaires pourraient laisser croire, ce n’est pas précisément le Club Med de la délinquance juvénile.
Le ministère de la Justice le présente comme une peine à caractère éducatif : le jeune doit accomplir une activité utile à la collectivité, dans un cadre adapté à sa situation, avec un accompagnement de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.
Bref : 27 € pour travailler : formidable.
Travailler pour réparer une faute : à vérifier.
Alors nous avons une petite question pour la mairie de Castres.
COMBIEN DE JEUNES CONDAMNÉS À UN TIG LA VILLE DE CASTRES ACCUEILLE-T-ELLE ?
Combien de postes sont ouverts ?
Combien de places ?
Combien de mineurs suivis par la PJJ ont effectué leur peine dans les services municipaux (nettoyage de la voirie, espaces verts) ?
Quels services les accueillent ?
Combien de tuteurs municipaux sont formés ?
Et surtout, existe-t-il aujourd’hui une convention active entre la Ville de Castres et la PJJ permettant l’accueil de mineurs condamnés à un TIG ?
Parce que le principe existe.
Les collectivités peuvent accueillir des mineurs en TIG.
La PJJ assure leur accompagnement.
Le jeune répare.
La collectivité accueille.
La justice sanctionne.
Et la société essaie, accessoirement, d’éviter que le même gamin recommence.
C’est même tellement républicain que le ministère de la Justice explique que le TIG doit avoir une dimension éducative, pédagogique, socialisante et réparatrice.
Alors, évidemment, ce n’est pas aussi facile à photographier qu’un chèque de 27 €.
Il faut un tuteur.
Il faut travailler avec la Justice.
Il faut accepter que des jeunes ayant commis des infractions entrent dans certains services.
Il faut accompagner.
Il faut expliquer.
Il faut suivre.
Il faut croire, au fond, qu’un adolescent qui a commis une infraction peut encore devenir autre chose que son infraction.
C’est compliqué.
Une affiche « ARGENT DE POCHE – 27 € » est beaucoup plus simple.
Et surtout beaucoup plus communicable.
Alors, puisque Castres parle beaucoup de sécurité, de responsabilité et d’autorité, le Sidobre Enchaîné propose une expérience scientifique.
Prenons un jeune de 16 ans.
Premier scénario :
« Bonjour monsieur, voici 27 €. Vous avez une demi-journée pour travailler pour la Ville. »
PHOTO.
Deuxième scénario :
« Bonjour monsieur. Vous avez commis une infraction. La justice vous impose un TIG. Vous allez travailler pour la collectivité, gratuitement, avec un tuteur et un éducateur de la PJJ, pour réparer concrètement et comprendre les conséquences de vos actes. »
PHOTO beaucoup moins confortable.
Parce que dans le deuxième scénario, il ne s’agit plus de distribuer de l’argent.
Il s’agit de faire société.
Et ça, curieusement, c’est beaucoup moins spectaculaire.
Alors monsieur le maire, puisqu’on nous parle de sécurité à longueur de journée : où sont les TIG ?
Pas les TIG en théorie.
Pas les TIG dans les programmes électoraux.
Pas les TIG dans les communiqués.
Les TIG, dans les services municipaux.
Parce qu’une politique de sécurité qui sait punir mais ne sait pas réparer est une politique qui arrive toujours après la bataille.
Et une politique jeunesse qui sait distribuer 27 € mais ne sait pas accompagner les gamins les plus fragiles risque fort de confondre communication et politique publique.
Le Sidobre Enchaîné
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À Castres, certains travaux sont d’intérêt général. D’autres sont surtout d’intérêt électoral.


