CASTRES. Il y a des réponses qui répondent aux questions.
Et puis il y a les réponses de Pascal Bugis.
Après les révélations concernant la SPL Eaux de Castres-Burlats, son ancien président monte au créneau. Le prérapport de la Chambre régionale des comptes soulève des interrogations sur les conditions d’emploi, la rémunération et certains avantages accordés à l’ancien directeur.
Pascal Bugis, lui, répond.
Et répond longuement.
Mutualisation des postes, économies pour le contribuable, absence de rémunération du PDG, stabilité fiscale, tarifs de l’eau inférieurs à la moyenne nationale, vingt premiers mètres cubes gratuits…
On pourrait presque croire qu’on lui demandait son bilan de mandat.
Mais ce n’est pas exactement la question.
La question, c’est notamment de savoir si les règles applicables ont été respectées.
Et là, soudain, les choses deviennent moins simples.
Car admettons, pour les besoins de la démonstration, que tout ce bel édifice de rémunérations et d’avantages n’ait effectivement entraîné aucune hausse du prix de l’eau.
Très bien.
Mais alors une question assez désagréable se pose : si l’argent a été dépensé sans conséquence sur la facture des usagers, est-ce que cela signifie qu’il y avait de l’argent qui pouvait être dépensé autrement ?
Par exemple dans l’entretien du réseau.
Dans les investissements.
Dans les travaux.
Dans tout ce qui fait une politique publique de l’eau plutôt que l’intéressante collection de lignes comptables que l’on découvre aujourd’hui.
Parce qu’un euro public mal employé ne devient pas soudainement bien employé parce que la facture de l’usager n’a pas augmenté.
Sinon, il suffirait de ne jamais augmenter les tarifs pour déclarer la gestion parfaite.
On pourrait même inventer un nouveau principe administratif : « tant que le contribuable ne râle pas, tout va bien. »
Pratique.
Le problème, c’est que la Chambre régionale des comptes ne semble pas fonctionner exactement comme cela.
Son prérapport, qui doit encore être suivi du rapport définitif annoncé pour novembre, examine précisément la régularité de la situation.
Et les suites judiciaires annoncées par les collectivités ne constituent évidemment pas une condamnation : les qualifications pénales évoquées devront, le cas échéant, être établies par la justice.
Mais enfin… si tout cela n’est qu’une broutille administrative, pourquoi donc y a-t-il des plaintes pénales ?
Pourquoi la CRC consacre-t-elle un travail spécifique à ces conditions de rémunération et de fonctionnement ?
Pour le plaisir ?
Pour embêter Pascal Bugis ?
Par nostalgie ?
Ou parce que les magistrats financiers ont, comme qui dirait, une conception légèrement différente de celle de l’ancien maire concernant ce qui mérite quelques explications ?
Et puis il y a cette petite merveille rhétorique : « aucun coût supplémentaire pour les usagers. »
C’est peut-être exact.
Mais « ça n’a pas coûté plus cher » n’est pas synonyme de « tout était régulier ».
Sinon, il faudra rapidement prévenir les juristes.
Imaginez le concept : le respect des règles deviendrait facultatif dès lors que le prix de l’eau reste raisonnable.
Le Sidobre Enchaîné vient d’ailleurs d’imaginer la prochaine délibération :
Article 1 : les règles sont respectées.
Article 2 : sauf celles qui ne le sont pas.
Article 3 : dans tous les cas, l’usager n’a pas payé plus cher.
Article 4 : donc tout va bien.
Il fallait y penser.
Quant au reste, Pascal Bugis se drape désormais dans son bilan, ses économies, ses impôts maîtrisés et ses tarifs de l’eau.
C’est respectable.
Mais la CRC, elle, ne lui demande pas si son mandat était globalement satisfaisant.
Elle regarde les comptes, les contrats, les règles et les procédures.
Et c’est précisément là que le grand récit du « regardez comme nous avons bien géré » risque de rencontrer un petit obstacle : les textes réglementaires.
Or les textes, c’est comme l’eau.
On peut essayer de les contourner.
Mais à la fin, ça finit toujours par couler quelque part.
Et lorsque le déni de l’ancien maire rencontre la froideur des magistrats financiers, une tribune dans la presse peut certes faire beaucoup de bruit.
Elle ne transforme pas pour autant un prérapport en acquittement.
Il faudra donc attendre le rapport définitif.
Et, surtout, laisser la justice faire son travail si elle est saisie.
En attendant, Pascal Bugis peut toujours continuer à nous expliquer combien tout cela a été formidablement bien géré.
Au Sidobre Enchaîné, nous lui souhaitons même bonne chance.
Parce qu’il va falloir beaucoup d’eau pour noyer autant de questions.


