Le ministère lui rappelle qu’on ne choisit pas toujours la couleur de son étiquette.
LAVAUR – Il avait tout prévu.
Le slogan.
Le positionnement.
Le discours gaulliste.
Les « deux rives du même fleuve républicain ».
L’indépendance.
Le rassemblement.
La souveraineté.
L’autorité de l’État.
La justice sociale.
Et surtout, surtout : pas d’étiquette.
Enfin si.
Une petite.
Une discrète.
Une étiquette « divers droite ».
Une étiquette respectable, bien repassée, sans aspérité, permettant éventuellement d’aller chercher quelques grands électeurs de droite qui n’auraient pas spécialement envie de voter pour l’UDR d’Éric Ciotti alliée au RN.
C’était subtil.
C’était délicat.
C’était presque de la haute couture politique.
Puis le ministère de l’Intérieur a regardé le dossier.
Et a écrit UDR.
Oups.
Bernard Carayon avait demandé du bleu. Il reçoit du brun.
La scène est magnifique.
Bernard Carayon explique depuis plusieurs semaines qu’il est un candidat « divers droite ».
Le ministère, lui, a décidé que Bernard Carayon serait UDR.
Comme le parti d’Éric Ciotti.
Comme le parti qui a conclu une alliance avec le Rassemblement national.
Comme le parti dont Bernard Carayon était encore officiellement délégué national au début du mois de septembre.
La mention a depuis disparu de l’organigramme.
Mais visiblement, pas assez vite.
L’administration avait déjà sorti son feutre.
Et le feutre était indélébile.
—
Le problème avec les archives, c’est qu’elles ont une mémoire
C’est là que l’affaire devient particulièrement intéressante.
Parce que Bernard Carayon explique aujourd’hui qu’il est gaulliste.
Très gaulliste même.
Gaulliste depuis 1981.
Avec souveraineté nationale, autorité de l’État et justice sociale dans le panier.
Très bien.
Mais l’administration a dû avoir une petite faiblesse de mémoire.
Elle a peut-être regardé les statuts.
Les affiliations.
Les organigrammes.
Les alliances.
Les déclarations publiques.
Et elle s’est dit : « Bon. On va mettre UDR. »
« A priori, je connais mieux mon identité politique que ce gouvernement que je ne soutiens pas », explique-t-il.
C’est magnifique.
Et cela ouvre une perspective vertigineuse.
Parce que si Bernard Carayon connaît mieux son identité politique que le ministère de l’Intérieur, il ne reste plus qu’une solution : faire modifier le ministère.
On imagine déjà la scène.
— Monsieur le ministre, j’ai une réclamation.
— Laquelle ?
— Vous m’avez mal classé.
— Vous êtes UDR.
— Non.
— Vous avez été délégué national de l’UDR.
— Oui, mais…
— Vous êtes membre de l’UDR.
— Enfin…
— Votre parti est allié au RN.
— Certes.
— Vous étiez encore dans l’organigramme de l’UDR en septembre.
— Oui mais j’ai démissionné.
— Quand ?
— Cet été.
— Très bien. Nous avons donc le choix entre « UDR » et « UDR mais il vient de démissionner ».
— Je préfère divers droite.
— Bien sûr…
Et voilà comment naquit la nuance « Bernard Carayon ».
Bernard Carayon vient de découvrir une vérité vieille comme l’administration française : on peut quitter une étiquette.
Il est beaucoup plus difficile de quitter une case.
Surtout quand on l’a déjà coché soi-même.


