ENVIRONNEMENT – À la ferme de La Trille, Julie et Guillaume Glemot viennent de découvrir une technique agricole révolutionnaire : quand il fait trop chaud et qu’il n’y a plus assez d’herbe, ils adaptent leur exploitation.
Une méthode étonnante, presque subversive.
Pendant que certains agriculteurs expliquent qu’il faudrait surtout davantage d’eau pour continuer à faire comme avant, les deux jeunes éleveurs de Mazamet ont choisi une stratégie beaucoup plus radicale : regarder la réalité en face.
37 vaches, 45 hectares de pâturage, 5,5 hectares de maïs, du lait bio et, désormais, des abreuvoirs installés au plus près des animaux.
Bref, de la résilience. La vraie. Celle qui ne nécessite pas forcément un bassin de rétention de la taille d’un village.
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La vache aussi doit s’adapter au changement climatique
À La Trille, les vaches ne peuvent plus paître normalement lorsque le thermomètre s’affole.
Alors Guillaume augmente les rations.
Les traites sont organisées le matin à la fraîche et le soir.
Des points d’eau sont rapprochés des pâturages.
Et les éleveurs anticipent.
On notera au passage l’absence d’une étape pourtant devenue incontournable dans certains débats agricoles : réclamer que quelqu’un construise un immense trou rempli d’eau pour permettre à l’exploitation de fonctionner exactement comme avant.
Une lacune probablement due à leur inexpérience.
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« Et si on adaptait l’agriculture ? »
La proposition de Julie et Guillaume pourrait pourtant faire école.
Face à la sécheresse, ils cherchent l’autonomie, produisent une partie de l’alimentation de leurs animaux, diversifient leur activité avec les volailles et réfléchissent même à un laboratoire pour transformer leur production.
Une idée particulièrement dangereuse dans certains milieux : ne pas miser toute la survie de son exploitation sur la disponibilité éternelle d’une ressource qui devient de plus en plus rare.
À La Trille, la résilience consiste donc à modifier progressivement son système.
Ailleurs, la résilience peut parfois consister à expliquer que, puisque le climat change, il faut surtout augmenter la taille des infrastructures permettant de continuer comme avant.
C’est une autre école.
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Le maïs, lui, a droit à son traitement de faveur
Il faut toutefois rendre hommage à une plante qui bénéficie, elle, d’une remarquable stabilité climatique dans le débat public : le maïs.
Quand il fait sec, le maïs a soif.
Quand il a soif, il faut de l’eau.
Et quand il n’y a plus assez d’eau, certains expliquent qu’il faudrait donc… davantage de bassines.
La logique est imparable.
Et si le maïs doit ensuite alimenter des méthaniseurs, la boucle est bouclée : on prélève de l’eau pour faire pousser du maïs afin de produire du gaz qui permettra notamment de continuer à vivre dans un monde où il fait de plus en plus chaud et où l’eau manque de plus en plus.
Il fallait y penser.
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La Trille, laboratoire de la vraie vie
Pendant ce temps, à Mazamet, Julie et Guillaume font quelque chose de beaucoup moins spectaculaire.
Ils déplacent des abreuvoirs.
Ils changent les horaires de traite.
Ils augmentent les rations.
Ils surveillent leurs bêtes.
Ils diversifient leurs revenus.
Ils réfléchissent à transformer davantage leur production.
Et ils calculent comment continuer à produire du lait bio dans un contexte qui devient objectivement plus difficile.
Pas de grand plan de communication.
Pas de solution miracle.
Pas de bassin géant promis à la postérité.
Juste deux jeunes agriculteurs qui essaient de faire fonctionner leur ferme avec les conditions qu’ils ont réellement sous les yeux.
Alors, évidemment, leur méthode est beaucoup moins photogénique.
On ne peut pas inaugurer un abreuvoir avec une paire de ciseaux géante.
On ne peut pas poser une plaque commémorative sur une ration de foin.
Et surtout, on ne peut pas couper un ruban devant 100 000 mètres cubes d’adaptation au changement climatique.
Mais il se pourrait bien que ce soit cela, finalement, la résilience.
Pas obtenir suffisamment d’eau pour que le monde ne change surtout pas.
Mais apprendre à produire dans celui qui est déjà en train de changer.
Bon courage à Julie et Guillaume.
Et, surtout, qu’ils continuent à s’adapter.
Parce qu’à ce rythme-là, la prochaine innovation agricole pourrait bien être de faire avec ce qu’il reste.


