A69. Il y a parfois des cadeaux dont on ne sait pas trop quoi faire.
Celui-ci fait précisément 11 millions d’euros.
Quatorze riverains de l’A69 viennent de saisir le tribunal administratif de Toulouse pour demander l’annulation de la subvention accordée par la Région Occitanie à Atosca. Une aide votée en février dernier, destinée notamment à permettre une baisse du péage.
Et là, franchement, Madame Carole Delga, c’est cadeau.
Parce que ces derniers jours, vous vous êtes exprimée sur l’A69 et avez semblé rappeler que la Région avait, elle aussi, subi certaines décisions de l’État.
Très bien.
Nous allons même vous accorder le bénéfice du doute.
Après tout, lorsqu’on explique depuis des années que l’histoire de l’A69 est avant tout celle d’une décision de l’État, il serait assez logique de ne pas vouloir en assumer toutes les conséquences.
Mais justement.
Une occasion vient de se présenter de joindre le geste à la parole.
Il suffit de retirer les 11 millions.
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Madame Carole Delga, donnez des gages
Parce que cette subvention est tout de même une merveille de poésie administrative.
Une autoroute que la Région aurait donc, historiquement, davantage subie que voulue.
Un concessionnaire privé.
Un péage dont le montant fait débat.
Et, pour arranger tout le monde, 11 millions d’euros d’argent public.
On comprend la logique.
« Nous n’avons pas choisi l’autoroute.
Mais puisque nous sommes là, envoyons quand même un petit chèque. »
C’est une conception assez particulière de la résistance.
Les opposants contestent notamment le mode de calcul de cette aide, son efficacité réelle sur le prix du péage et les hypothèses de trafic utilisées pour la justifier. Ils soutiennent également que l’aide aurait dû être notifiée à la Commission européenne. Ce sont désormais des arguments soumis au juge administratif, pas des faits définitivement établis.
Et c’est précisément pour cela que le recours est intéressant.
Il permet de vérifier.
De mettre les chiffres sur la table.
De demander si 11 millions d’euros d’argent public produisent réellement le bénéfice promis aux usagers.
Et, surtout, de demander pourquoi la collectivité devrait continuer à alimenter un projet dont elle explique par ailleurs qu’elle n’a pas toujours maîtrisé les choix fondamentaux.
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« Nous avons pris acte » : acte II
Il y a quelque chose d’assez savoureux dans cette situation.
Ces derniers temps, on a pu entendre, en substance : « Ce n’est pas nous, c’est l’État. »
Très bien.
Mais maintenant que l’État a décidé, que le concessionnaire construit et que le péage se profile, voilà que la Région met 11 millions dans la machine.
À ce stade, ce n’est plus seulement « prendre acte ».
C’est commencer à prendre part.
Et si Carole Delga veut vraiment démontrer qu’elle n’est pas simplement une spectatrice résignée de l’A69, l’occasion est assez extraordinaire.
Elle n’a même pas besoin d’une pelleteuse.
Elle n’a pas besoin d’arrêter le chantier.
Elle n’a pas besoin de refaire l’histoire depuis 1994.
Elle peut simplement retirer une subvention.
Onze millions.
C’est beaucoup plus simple.
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Les 11 millions de la rédemption
Et puis, reconnaissons-le : ce serait un geste politique particulièrement élégant.
Pas une conversion mystique à l’anti-A69.
Pas un grand mea culpa.
Pas besoin de brûler symboliquement les plans de l’autoroute sur la place du Capitole.
Juste : « Nous avons considéré que cette subvention n’était finalement pas suffisamment justifiée. Nous la retirons. »
Voilà.
Simple.
Sobre.
Républicain.
Et surtout : compréhensible.
Parce qu’à force d’expliquer que l’A69 est le résultat d’une longue succession de décisions prises ailleurs, on finit par avoir envie de demander :
« D’accord. Mais cette décision ci, les 11 millions, qui l’a prise ? »
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L’argent public au secours de l’autoroute
C’est d’autant plus savoureux que la Région s’était engagée historiquement sur une participation bien moindre : lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire en 2024, Carole Delga rappelait un engagement régional de 6,03 millions d’euros dans la subvention d’équilibre initiale, sur les 23,13 millions prévus au total.
Et voilà qu’une nouvelle enveloppe de 11 millions apparaît en 2026.
On était donc à environ six millions.
Nous voilà à onze.
La subvention aussi prend de la hauteur.
À ce rythme, l’A69 finira peut-être par devenir la première autoroute à mobilité financière douce.
Alors, Madame Carole Delga ?
On ne demande pas l’impossible.
On ne vous demande même pas de réécrire l’histoire.
On vous demande simplement de tirer les conséquences de vos propres arguments.
Si cette autoroute est tellement le résultat de décisions venues d’ailleurs…
Si la Région a si peu maîtrisé son destin dans cette affaire…
Si elle considère que l’argent public doit être utilisé avec responsabilité…
Alors retirez ces 11 millions.
Et laissez donc le tribunal examiner tranquillement le reste.
Après tout, les opposants viennent de vous offrir une occasion en or.
Madame Carole Delga, donnez des gages.
On en parle après.
Parce qu’il y a une autre idée qui mériterait peut-être d’être explorée : si 11 millions peuvent servir à accompagner une autoroute, combien pourraient servir à accompagner le vivant ?
Les arbres.
Les terres agricoles.
Les cours d’eau.
Les espaces naturels.
Les habitants qui voient passer l’infrastructure devant chez eux.
Les opérations de restauration et de compensation réellement nécessaires, qu’Atosca ne semble pas pressée de commencer.
Bref, les choses qui ne sont pas en béton, en bitume ou dans un tableau Excel.
Madame Carole Delga, vous vouliez montrer que vous n’étiez pas condamnée à subir l’A69 ?
C’est le moment.
Le bouton « retirer la subvention » existe peut-être.
Il paraît même qu’il coûte beaucoup moins cher qu’un kilomètre d’autoroute.
Et, pour une fois, il pourrait être utilisé dans le bon sens.


