CASTRES – AEROPORT : « Si on perd la ligne, on devient un boulodrome. Heu… un aérodrome. »

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À Castres, la fin de la ligne Paris menace de transformer l’aéroport en… boulodrome. Pardon, en aérodrome.

C’est officiel.

Après 35 ans de bons et loyaux services, la ligne Castres-Paris est toujours suspendue au-dessus du vide.

Et à entendre les défenseurs de l’aéroport, son éventuelle disparition entraînerait une catastrophe civilisationnelle.

« Si on perd la ligne aérienne, on n’est plus un aéroport mais un aérodrome. »

Oui.
Un aérodrome.

Ce qui, pour un aéroport qui continuerait à accueillir des avions militaires, de l’aviation d’affaires, des vols sanitaires, des appareils en déroutement et l’aéro-club, paraît tout de même légèrement moins dramatique que la chute de l’Empire romain.

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LE SCÉNARIO CATASTROPHE

Le scénario présenté est désormais parfaitement huilé.

La ligne disparaît.
L’aéroport devient un aérodrome.
Des services disparaissent.
Les horaires d’ouverture diminuent.
Certains usages deviennent plus compliqués.

Et à terme…
Castres est fichue.

Voilà.

Simple. Efficace. Imparable.

Il ne reste plus qu’à attendre le prochain communiqué expliquant que sans liaison aérienne vers Paris, les vaches du Tarn ne donneront plus de lait et que les pigeons ne retrouveront plus leur chemin.

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« Mais enfin, un aérodrome ! »

Il faut reconnaître que le mot fait peur.
Aérodrome.

On imagine immédiatement trois avions à hélice, un hangar en tôle, un type avec une casquette et une manche à air qui pendouille.

Pourtant, si l’on comprend bien les explications données aujourd’hui, le problème n’est pas que l’aéroport deviendrait soudainement inutilisable.

Il continuerait à avoir des activités.

Mais il pourrait perdre une partie des moyens et des contraintes liés à l’exploitation commerciale régulière.

Ce qui est effectivement un sujet.

Mais ce n’est pas exactement la même chose que fermer la piste et transformer le terminal en salle des fêtes.

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Et puis il y a une question légèrement embarrassante

Si la ligne Paris est indispensable à l’existence même de l’aéroport, alors comment expliquer que l’on puisse envisager de la supprimer précisément parce qu’une autre infrastructure de transport arrive ?

Parce que voilà le problème.

Pendant des années, on nous a expliqué : « Il faut l’aéroport parce que nous sommes enclavés. »

Puis : « Il faut l’A69 parce que nous sommes enclavés. »

Puis : « Attention, l’A69 ne remplacera jamais l’avion. »

Puis : « Mais l’État considère que l’A69 permet désormais de rejoindre Toulouse et donc de renoncer au financement de la ligne. »

Et maintenant : « Si vous supprimez l’avion, nous devenons un aérodrome ! »

On pourrait presque croire que quelqu’un vient de découvrir que deux moyens de transport différents… ne sont pas deux exemplaires du même moyen de transport.

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L’autoroute contre l’avion : LE MATCH DU SIÈCLE

Il paraît donc qu’il faudrait opposer l’A69 à l’aéroport.
C’est pratique.

L’autoroute contre l’avion.
La route contre le ciel.
Le bitume contre le kérosène.
Toulouse contre Paris.

Et pendant ce temps, quelque part entre Castres et Soual, le contribuable regarde le match en tribune.

Avec son portefeuille.

Parce qu’à la fin, le problème est peut-être moins de savoir si l’on doit choisir l’avion ou l’autoroute que de se demander combien d’infrastructures indispensables sommes-nous capables de financer simultanément avant de nous demander ce qu’elles rapportent réellement au territoire ?

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LA JOURNÉE PORTES OUVERTES

Samedi, justement, l’aéroport organisait ses portes ouvertes.
Succès populaire.

Des visiteurs.
Des enfants.
Des passionnés.
Une tour de contrôle complète.
Des food-trucks à court de victuailles.
Des avions.
Des animations.

Et probablement quelques milliers de photos de personnes devant des avions.

La preuve que l’aéroport possède une vraie capacité d’attraction.
Voilà peut-être une piste.

Et si, plutôt que de nous expliquer éternellement pourquoi il faut absolument maintenir exactement le même modèle économique, on réfléchissait à toutes les activités que cette plateforme pourrait réellement développer ?

Militaire.
Affaires.
Sanitaire.
Formation.
Aviation légère.
Maintenance.
Événementiel.
Tourisme.

Et même, pourquoi pas… observation astronomique.
On a déjà commencé.

Mais attention.
Ne dites surtout pas « aérodrome ».

Vous risqueriez de déclencher une cellule de crise.

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LE TARN, TERRE D’EXCEPTION

Il existe décidément une étrange habitude locale.

Lorsqu’une infrastructure publique est menacée, on ne commence pas par demander :

« Quel modèle économique viable peut-on construire autour d’elle ? »

On commence par : « Comment faire pour que quelqu’un (idéalement l’Etat) continue de payer ? »

État. Mais pas que.
Région.
Agglomération.
Contribuables.

Tout le monde est appelé à la rescousse.

Parce que, nous dit-on, « sans ça, le territoire est condamné ».

Et si, par extraordinaire, le financeur répondait : « Non. »

Alors commence le drame.

Nous, tarnais du sud, sommes-nous condamnés à rester les éternels mendiants de l’argent public, de quelque sébile qu’il vienne ?

Avons-nous perdu le savoir, l’envie ou la capacité de créer de l’argent, à développer et cultiver nos talents ?

Sommes-nous à ce point dépendant d’une seule entreprise milliardaire internationale, d’une caserne et d’un hôpital pour avoir renoncé à développer autrement notre territoire ?

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« On garde espoir »

C’est probablement la phrase la plus touchante de cette histoire.

On garde espoir.
C’est beau.

Mais il faudrait peut-être compléter : « On garde espoir… et on prépare quoi ? »

Parce qu’un territoire qui dépend éternellement d’une subvention pour maintenir une infrastructure essentielle devrait peut-être, à un moment donné, réfléchir à ce qui se passe le jour où la subvention s’arrête.

C’est ce que font normalement les ménages.
Et les entreprises.
Et même les boulodromes.

Enfin… les aérodromes.

Alors oui.

Si la ligne Paris disparaît, il faudra probablement revoir le fonctionnement de la plateforme.

Oui, cela peut avoir des conséquences sur certains services.
Oui, il faut regarder sérieusement ce que cela implique.

Mais de grâce, ne nous expliquez pas que Castres va sombrer dans les ténèbres parce qu’un avion Paris-Castres ne décollera plus.

Car sinon, la prochaine étape est connue.

L’État supprimera le financement.
L’aéroport réduira ses horaires.
Les avions se feront rares.

Les élus organiseront une conférence de presse.

Et quelqu’un finira par proposer : « Et si on installait un terrain de pétanque sur la piste ? »

Silence.
Regard inquiet.
Réunion de crise.

Puis un élu : « Attendez… on pourrait peut-être obtenir une subvention. »

Le Sidobre Enchaîné

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Journal satirique local. Toute ressemblance avec une infrastructure indispensable, une subvention indispensable ou une réunion indispensable serait parfaitement indispensable.

Et toute analogie future avec une très, très grande route reliant Castres à Toulouse serait absolument prématurée.

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