EXCLUSIF – Après les emprises, les centrales à enrobés, les recours, les astreintes et les retards, l’A69 vient de découvrir un nouveau terrain accidenté : le péage.
On pensait pourtant que tout était réglé.
L’autoroute allait ouvrir.
Les voitures allaient rouler.
Les automobilistes allaient payer.
Atosca allait encaisser.
Et tout le monde aurait pu rentrer tranquillement chez soi, quel que soit l’itinéraire.
C’était sans compter sur le Conseil d’État.
Selon les informations révélées ce jeudi, l’avenant qui devait permettre de réduire de 33 % pendant dix ans le péage sur les sections correspondant notamment aux déviations de Soual et de Puylaurens ne verra finalement pas le jour.
La raison ? Un petit problème juridique.
Rien de grave.
Juste suffisamment sérieux pour faire disparaître au passage les 41 millions d’euros de contribution publique qui devaient permettre de compenser la baisse des tarifs.
Une paille.
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Une autoroute, mais avec des options
Il faut reconnaître que le montage était élégant.
Vous construisez une autoroute.
Vous demandez aux automobilistes de payer pour l’emprunter.
Les collectivités trouvent que c’est peut-être un peu cher.
Elles promettent donc 41 millions d’euros supplémentaires au concessionnaire afin que les automobilistes paient moins.
Puis quelqu’un demande :
— Et juridiquement, ça tient ?
Silence dans la salle.
Un conseiller d’État tousse.
Une calculatrice tombe.
Un fonctionnaire regarde discrètement le plafond.
Et voilà comment une autoroute à plusieurs centaines de millions d’euros peut se retrouver bloquée par un problème beaucoup plus petit : un avenant.
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L’A69 : désormais livrée avec ses propres DLC
Le projet avait déjà connu les dépassements d’emprise.
Les procédures judiciaires.
Les mises en demeure.
Les centrales à enrobés qui dépassent les seuils puis reviennent sous les seuils.
Les routes qui deviennent autoroutes.
Les déviations qui deviennent autoroutes.
Les passerelles qui permettent aux cyclistes de passer au-dessus de l’autoroute qui a coupé leur voie verte.
Les villages qui redécouvrent le passage des camions.
Et maintenant, le péage qui augmente après qu’on ait promis qu’on allait le diminuer, mais sans pour autant en connaître le prix réel, quel qu’il soit, à quelques semaines théoriques de la livraison de l’autoroute.
C’est beau.
C’est même probablement la première autoroute française à produire de telles avancées conceptuelles.
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Saluons le Conseil d’État
Il faut tout de même rendre hommage à la plus haute juridiction administrative.
Depuis quelques mois, elle avait déjà eu l’occasion de se pencher sérieusement sur l’A69 et avait définitivement validé les autorisations environnementales du projet en juin.
On ne pourra donc pas sérieusement accuser le Conseil d’État d’avoir développé une allergie générale à l’autoroute.
Mais manifestement, il existe une limite.
Faire une autoroute, oui.
Faire un montage juridique compliqué pour expliquer ensuite pourquoi les automobilistes paieront moins, peut-être.
Mais pas n’importe comment.
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Le grand gagnant : le principe de réalité potentielle alternative
Dans cette histoire, il y a surtout une chose magnifique.
Les automobilistes pensaient avoir obtenu une baisse de 33 %.
Les collectivités pensaient avoir trouvé une solution.
L’État pensait avoir sécurisé le montage.
L’Autorité de régulation des transports avait déjà pointé plusieurs incertitudes sur les hypothèses de trafic et le calcul économique.
Et finalement, quelques semaines avant l’ouverture :
« Ah non. »
Le Conseil d’État vient donc de réaliser ce que tout bon conducteur de Tarn devrait savoir depuis longtemps : quand un itinéraire paraît trop beau pour être vrai, il faut vérifier les panneaux.
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Et maintenant ?
Le péage exact n’est pas encore officiellement connu.
Mais une chose est désormais certaine, il sera plus élevé que ce qui avait été promis avec cet avenant.
Et les 41 millions d’euros prévus pour compenser la baisse ne seront pas versés dans ce cadre.
Ce qui donne à l’ensemble une conclusion admirablement castraise : on avait trouvé 41 millions d’euros pour faire baisser le prix de l’autoroute.
On n’aura finalement ni les 41 millions, ni la baisse.
Mais rassurez-vous.
L’autoroute, elle, sera bien là.
Et sauf surprise, elle sera à péage.
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L’A69 : une autoroute d’avenir
Il faut maintenant regarder les choses avec philosophie.
Peut-être que l’A69 n’est pas une simple autoroute.
Peut-être est-ce une gigantesque expérience scientifique destinée à démontrer qu’avec suffisamment d’argent public, de contrats, d’avenants, de recours, de dérogations, de mises en demeure et de décisions de justice, on peut parvenir à produire quelque chose d’une extraordinaire simplicité : une grosse route où les gens paient pour rouler dessus.
Après tout, il fallait bien 30 ans pour inventer ça.
Bienvenue sur l’A69.
Merci de préparer votre carte bancaire avant de prendre la voie rapide.
Et si jamais le péage vous paraît un peu cher… pas d’inquiétude.
Une ristourne était prévue.
Mais elle aussi a pris l’autoroute. Et elle n’est jamais arrivée.


