Castres vient de découvrir la grande politique jeunesse.
Attention, pas question de s’emballer : il s’agit de 27 € pour une demi-journée, trois missions maximum par an.
Soit, pour les plus chanceux, 81 € et trois demi-journées de bonheur municipal.
On pourrait presque appeler ça un emploi du temps.
Mais surtout, ne soyons pas mesquins : l’important n’est pas le montant. C’est le symbole.
Et le symbole, à Castres, c’est formidable.
Pendant qu’on distribue quelques billets contre quelques heures de petits travaux municipaux, une question légèrement embarrassante demeure : et la politique jeunesse ?
Celle qui commence avant 17 ans.
Celle qui ne consiste pas seulement à apprendre à un adolescent à tenir un râteau municipal pendant trois après-midis, mais à lui donner envie de tenir debout dans la vie.
Des accueils périscolaires accessibles et pérennes.
De l’aide aux devoirs pour éviter que les premières difficultés scolaires ne deviennent du décrochage.
Des lieux où les gamins peuvent venir après l’école, faire leurs devoirs, jouer, lire, discuter, être encadrés.
Des éducateurs, des animateurs, des adultes présents.
Des lieux républicains où l’on apprend concrètement la citoyenneté, le respect des autres, l’égalité filles-garçons, la lutte contre les discriminations, la prévention des violences et des addictions.
Bref : une politique qui accompagne les jeunes avant d’avoir besoin de leur proposer trois demi-journées de travail.
Parce qu’une municipalité peut faire beaucoup plus que distribuer de l’« argent de poche ».
Elle peut investir dans le temps de l’enfance et de l’adolescence.
Et là, curieusement, les chiffres deviennent beaucoup moins pratiques à communiquer.
Combien de jeunes bénéficient réellement du dispositif ?
Combien de places ?
Combien de demandes ?
Quels critères d’attribution ?
Premier arrivé, premier servi ?
Et surtout : quelle politique d’information pour que les familles qui en auraient le plus besoin soient réellement au courant ?
Parce qu’une politique jeunesse qui fonctionne à celui qui a vu passer l’annonce Facebook le premier, c’est surtout une politique jeunesse qui fonctionne très bien pour ceux qui sont déjà connectés.
Le problème n’est donc pas que la mairie donne 27 € à des jeunes.
Très bien.
Le problème, c’est de savoir si ces 27 € constituent une brique d’une véritable politique jeunesse… ou simplement une jolie brique de communication.
Car le risque est toujours le même : prendre une mesure ponctuelle, facile à photographier, facile à annoncer, facile à raconter… et la présenter comme une politique publique.
À ce compte-là, demain, si la mairie offre un ballon à chaque gamin de Castres, on pourra annoncer le lancement du Plan Marshall municipal pour la jeunesse.
Pendant ce temps, les vraies politiques publiques – celles qui demandent des professionnels, des locaux, du temps, de la coordination, des budgets et une présence quotidienne – sont nettement moins photogéniques.
27 € pour une demi-journée : pourquoi pas.
Mais une ville ne prépare pas sa jeunesse avec des enveloppes.
Elle la prépare avec des adultes présents, des lieux ouverts, de l’éducation, de la prévention, de la culture, du sport, de l’accompagnement et une véritable ambition républicaine.
À Castres, pour l’instant, on attend toujours de voir si les 27 € sont le début de quelque chose… ou simplement la partie émergée de l’iceberg communicationnel.
Le Sidobre Enchaîné
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Ici, même l’argent de poche doit rendre des comptes.


