CROIX CELTIQUES À CASTRES – Même un salaire décent est désormais attaquable

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Castres – Il faut reconnaître une certaine constance à la nouvelle école de la colère castraise.

Après les affiches politiques, voici donc les affiches syndicales.

Sur celle-ci, pourtant, aucune proposition de loi LFI, aucun discours de Jean-Luc Mélenchon, aucun programme électoral.

Rien de tout cela.

Juste la CGT.

Et quelques revendications apparemment particulièrement subversives…

Augmenter les rémunérations.

Améliorer les conditions de travail.

Lutter contre la précarité.

Défendre la santé.

Défendre les retraites.

Demander des moyens pour la fonction publique.

Bref, des choses susceptibles de concerner une assez large partie des Français.

Même ceux qui ne votent pas LFI.

Même ceux qui votent RN.

Même ceux qui ne votent rien.

Même, probablement, quelques personnes qui trouvent simplement qu’un salaire devrait permettre de vivre.

Et pourtant, quelqu’un est venu expliquer à cette affiche qu’elle méritait elle aussi quelques ornements idéologiques.

De grandes peintures blanches.

Des signes qui, selon leur forme et leur contexte, peuvent évoquer cette « croix celtique », symbole également récupéré depuis longtemps par certaines mouvances ultranationalistes et néonazies.

Mais rassurons-nous.

Il s’agit probablement encore de quelqu’un de très énervé.

Et, comme chacun sait, quand un Français est très énervé, il peut parfaitement trouver naturel de dessiner des symboles fascistes et néo-nazis sur une affiche qui réclame des augmentations de salaire.

C’est culturel.

C’est peut-être même celtique.

À Castres, nous découvrons donc une nouvelle branche de l’archéologie locale, le néo-druidisme salarial.

Les Celtes auraient-ils donc été les premiers à réclamer la revalorisation du SMIC ?

Vercingétorix aurait-il demandé des moyens supplémentaires pour la fonction publique ?

Brennus aurait-il négocié une prime d’ancienneté ?

Nous attendons les précisions des spécialistes.

—

Mais surtout, cette petite affiche pose une question assez embarrassante.

Lorsqu’une affiche LFI est dégradée, certains expliquent que « la colère des Français » serait à l’origine de ces manifestations d’hostilité.

Très bien.

Mais lorsque ce n’est plus LFI ?

Lorsque c’est une organisation syndicale ?

Lorsque l’affiche parle de salaires, de travail, de retraite et de santé ?

Quelle est alors l’explication ?

La CGT serait-elle elle aussi responsable de tout ?

Serait-elle devenue, elle aussi, suffisamment détestable pour que certains considèrent ses affiches comme des cibles légitimes ?

Faudra-t-il bientôt établir une liste officielle des personnes dont les affiches peuvent être dégradées sans que personne ne trouve cela particulièrement grave ?

LFI : bon, ils l’avaient bien cherché.

La CGT : bon, ils sont quand même de gauche.

Un militant écologiste : bon, il exagère avec le climat.

Un syndicaliste : bon, il bloque le pays.

Et ainsi de suite.

À partir de quel moment cesse-t-on d’expliquer la dégradation et commence-t-on à la justifier ?

C’est probablement la vraie question.

Parce qu’une démocratie ne fonctionne pas avec une hiérarchie des affiches respectables.

Une affiche peut être communiste, syndicale, écologiste, macroniste, conservatrice, libérale, RN ou LFI.

On peut la trouver stupide.

On peut la détester.

On peut la recouvrir légalement au moment prévu.

C’est ce qu’a d’ailleurs fait l’informateur qui nous a communiqué la photo, autant pour coller sa propre affiche que pour recouvrir ces tags de la Haine.

On peut écrire en dessous : « NON ».

On peut même la combattre politiquement.

Mais on ne devrait pas avoir à se demander si son propriétaire appartient ou non à une catégorie de citoyens dont l’humiliation serait devenue acceptable.

Et c’est peut-être là que Castres devrait commencer à regarder sérieusement ce qui est en train de sortir de la boîte.

Parce qu’une fois qu’on commence à expliquer que certains symboles sont « seulement de la colère », qu’ils ne visent que « les bons ennemis », et que certaines personnes sont suffisamment détestables pour qu’on comprenne ceux qui les prennent pour cible avec des symboles néo-nazis… la porte est ouverte.

Et derrière la porte, il n’y a rien de très celtique.

Il y a quelque chose de plus précisément daté, historiquement.

Et de beaucoup plus laid.

Alors, amis du RN castrais : cette fois, l’affiche est à la CGT.

On explique encore que c’est la colère des Français ?

—–

On va rappeler à certains artistes en herbe et grands admirateurs des racines celtiques castraises que l’apposition de tels symboles néo-nazis est une infraction pénale.

Et qu’un de ces quatre matins, quelqu’un sera témoin, filmera la scène, et qu’une plainte sera déposée.

Gribouiller sur les affiches, c’est déjà pas très malin. Gribouiller sur les affiches des symboles néo-nazis, c’est du pénal.

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