Il y a des dimanches électoraux où l’on apprend beaucoup de choses.
Par exemple qu’un département peut avoir vu la gauche reculer dans plusieurs scrutins populaires… et continuer à envoyer tranquillement deux socialistes au Sénat.
Bienvenue dans l’Aude.
À Carcassonne, le résultat aura été expédié avant même que le café de la préfecture ait refroidi : Sébastien Pla, 67,92 %, et Claudie Faucon-Méjean, 56,84 %. Derrière, Julien Rancoule, candidat RN, plafonne à 30,03 %. LFI atteint 2,41 %, les Écologistes 0,89 %.
Le plus intéressant n’est évidemment pas seulement le score.
C’est la mécanique.
Le PS disposait de deux candidats, d’un réseau d’élus locaux solidement implanté et surtout d’un espace politique à gauche où la concurrence était réduite au minimum. Le scrutin sénatorial, avec ses grands électeurs, ne ressemble décidément pas à une législative ou à une présidentielle.
Et quand la gauche se présente quasiment sous une seule bannière identifiable, elle peut transformer son implantation municipale en véritable machine à bulletins.
Même après les déconvenues électorales de la gauche dans plusieurs villes et circonscriptions, le vieux réseau des maires, intercommunalités et élus locaux continue donc de produire quelques effets secondaires.
On pourrait presque appeler cela la revanche du territoire.
Le fameux « pays réel » maurassien dont Pierre Archet, l’éditorialiste du Journal d’Ici chantait les louanges encore récemment.
Le pays est-il moins réel dans l’Aude que dans le Tarn ?
Pourtant, l’Aude a massivement choisi la gauche, et plus encore, le parti de la gauche dont de nombreuses personnes estiment qu’il est mort et enterré depuis des années.
Laissant le RN audois KO debout, sans même lui laisser la possibilité d’un second tour.
Malgré les bravades de l’ahurissant maire RN de Carcassonne et les appétits évidents de la formation d’extrême droite.
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ET LE TARN DANS TOUT ÇA ?
Changement complet de décor.
Dans le Tarn, aucun siège ne revient à la gauche.
Philippe Folliot obtient 453 voix, Marie-Lise Housseau 495. Tous deux divers Centre. Pour le dire autrement, très Macron compatible.
Cette mouvance que l’on promet au cimetière des mouvements politiques dès l’année prochaine.
Pourtant, les deux élus sortants ont rempilé.
Élisabeth Claverie (PS), pourtant arrivée troisième au premier tour avec 260 voix, termine à 335 au second. Bernard Carayon atteint 280.
La gauche avait fini par resserrer les rangs.
Les candidats écologiste, communiste et LFI ne figuraient plus au second tour. Mais même débarrassée de cette concurrence interne, Élisabeth Claverie ne parvient pas à transformer les désistements en siège.
Pourquoi ?
Parce que l’Aude et le Tarn ne partaient tout simplement pas du même point de départ.
Dans l’Aude, le PS disposait déjà d’un sénateur sortant et d’un maillage local conséquent, tandis que les deux sièges étaient immédiatement concentrés sur deux candidatures socialistes.
Dans le Tarn, la gauche devait encore convertir son implantation électorale en réseau sénatorial. Et cette conversion ne s’est pas faite.
La morale n’est donc pas nécessairement : « il suffisait de s’unir ».
Elle est plus cruelle pour tout le monde : il faut aussi avoir des élus.
Beaucoup d’élus.
Et des élus qui acceptent de voter pour vous.
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LE PETIT BONUS TARNAIS
Pendant ce temps, le RN Julien Bacou, arrivé à 166 voix au premier tour, s’est retiré avant le second tour. Son retrait a notamment profité à Bernard Carayon, qui termine à 280 voix.
Carayon aura donc tenté le grand écart sénatorial : droite locale, UDR, discours de campagne et, au passage, une loufoque nouvelle coloration gaulliste revendiquée à toute force.
Résultat : 280 voix et la quatrième place.
Derrière Élisabeth Claverie.
Devant seulement Muriel Roques-Étienne et Pierre-Marie Sènes.
La politique tarnaise vient donc d’offrir cette petite leçon de géométrie variable : on peut changer de famille politique affichée, multiplier les signaux à destination des grands électeurs et néanmoins finir avec exactement le même problème qu’au départ.
Le Sénat, décidément, est une institution très peu sensible au rebranding.
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LA LEÇON DE L’AUDE
Il serait évidemment excessif de transposer mécaniquement le scénario audois au Tarn.
Mais une chose saute aux yeux.
Dans l’Aude, deux socialistes ont bénéficié d’une concentration extrêmement forte du vote de gauche, sur fond d’ancrage territorial et de concurrence limitée.
Dans le Tarn, la gauche a bien fini par réduire sa concurrence interne, mais elle partait avec une base sénatoriale beaucoup plus faible et ne contrôle pas les deux principales villes du département.
Le résultat est là.
Aude : deux sièges PS dès le premier tour.
Tarn : zéro siège à gauche après deux tours.
Deux départements voisins.
Deux cultures électorales.
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Et d’ores et déjà une leçon pour l’année prochaine : n’est point mort ce qui continue d’engranger des sénateurs grâce aux élections municipales de mars dernier.
La gauche sait gagner. Elle a une base. Un ancrage réel.
Mais pour gagner, une force politique doit dominer son propre spectre politique sans partage, ou faire l’union, de manière crédible et satisfaisante pour les électeurs.
Sinon, même une union tardive conduit à l’échec.
Cette leçon sera-t-elle apprise avant la fin du printemps 2027 ?
La gauche a-t-elle encore envie de gagner ?
Dans un contexte où aucune des gauches ne pourra imposer une domination sans partage d’ici 2027 ?


